dimanche 30 octobre 2011

Sinistre réflexion

Sinistre réflexion

Mon réveil fut soudain. Je ressentai une sensation profondément désagréable tandis que je me relevai péniblement. Un mal de crâne, dû à je ne sais quoi, ainsi que je présumai. J'étais dans une position inconfortable, comme couché sur un amas de bosses. Je me levai lentement et dépoussiéra machinalement mon imperméable et ramassai mon chapeau. Quelque chose me frappa alors. J'observais la salle tout autour de moi, tandis que l'horreur emplissait lentement mon âme. Ces bosses ... ces amas de bosses ... Ciel ! C'étaient des cadavres ! Il émanait d'eux une profonde et désagréable odeur d'infecte pourriture mêlée à celle du sang et je dus me retenir pour ne pas vomir. Couvrant mon nez via mon imperméable, je scrutais les corps sans vie avec un profond dégoût. Des gens d'âge divers, hommes comme femmes, dans divers états de décomposition ... Grand Dieu ! Il y avait même des ossements visibles sur certains corps et des rats dévoraient les malheureux. J'étais habitué aux cadavres, travaillant en tant qu'inspecteur de police, mais enfin, je n'avais jamais vu une pareille montagne de corps sans vie et dans de tels états ! Tous avaient un point commun, malgré leurs différences, et qui était même visible sur ceux dont il ne restait plus que les os recouverts d'un peu de chair. Un trou de taille moyenne situé au milieu du front, qui devait correspondre à l'impact d'une balle d'un revolver de calibre moyen, peut-être 21 ou 23, à vue d'oeil.

Perturbé et agité par ces nouvelles, je m'apprêtai à quitter la salle quand mon regard fut attiré par un miroir poussiéreux et endommagé. Soudain, mon cœur s'arrêta. A travers le reflet du miroir, je voyais derrière moi la silhouette d'un homme, dont les vêtements étaient débraillés et entaillés par endroits, avec de longs cheveux bruns ébouriffés et le visage en sueur, comme s'il venait d'accomplir quelque exploit sportif. Il posa ses yeux profonds et sombres sur moi et le temps sembla s'arrêter. J'avais l'impression que cet instant durait éternellement. Je fixais les yeux, complètement stupéfait et affolé, ne sachant que faire, et les obscurs ténèbres qu'ils semblaient contenir paraissaient sur le point de m'engloutir. Il brisa soudainement le silence en éclatant de rire, un rire aigu, fou, strident, le genre de rire qui ne pouvait pas exister chez une personne saine d'esprit. Puis il disparut.

Complètement paniqué et affolé, je courus vers la porte et l'ouvris rapidement. Le reste du bâtiment s'étendait en une sorte de grand manoir et je me trouvai au premier étage. J'aperçus l'assassin au rez-de-chaussée, me défiant de son regard pénétrant, face à la porte principale, et je m'engageai à sa poursuite. Il ouvrit les deux portes massives avec une rapidité et une force que je ne crus pas possible et sortit du manoir. Il pleuvait dehors et une légère brume régnait, tandis que la pleine Lune surplombait le ciel sans étoiles. Courant aussi vite que je pouvais malgré l'humidité du sol et manquant de glisser par deux ou trois fois, je suivais l'homme à travers la ville pavée de dalles de pierre. Il n'y avait quasiment personne au dehors. En réalité, il n'y avait personne, seuls moi et lui étions à l'extérieur et la course en devint plus intense encore. L'homme semblait ne jamais s'épuiser, mais malgré la fatigue que je commençais à ressentir je continuais à courir, poussé par ma détermination à arrêter le criminel.

Il tourna vers une ruelle sombre et je le suivis. Mes pieds glissèrent sur une dalle après avoir tourné et je laissai tomber mon chapeau à terre. Je n'avais pas le temps de le reprendre, je devais reprendre ma course, quand des silhouettes surgirent à l'entrée d'un autre passage et me bloquèrent le chemin. Le criminel continuait à courir et je le voyais disparaître lentement de ma vue. Je me débattais pour passer et vis qu'elles me retenaient et ne bougeaient pas. Je sursautai en voyant que les Silhouettes n'avaient pas de forme, que des contours sombres et qu'ils étaient aussi noirs qu'une nuit sans lune. Elles n'avaient pas non plus de visage. Effrayé et affolé, poussé par une sorte d'irrépressible instinct, je sortis mon arme et tirai. Une d'entre elles s'écroula à terre et les deux autres se penchèrent vers elles, me libérant le chemin. Je n'avais pas le temps d'observer ce spectacle, et je continuais à courir, encore plus rapidement, repoussant encore plus loin ma fatigue, si bien que je sentis mon coeur battre à un rythme incroyablement élevé à travers ma poitrine, dont j'avais l'impression qu'elle allait éclater.

Je rattrapai l'infâme scélérat et accélérai encore, encore davantage, ignorant les risques que j'encourais. Davantage de Silhouettes s'approchaient de moi et tentaient de me bloquer. Je les abattais, je ne pouvais pas les laisser me retarder, il allait s'enfuir ! Les Silhouettes se faisaient de plus en plus nombreuses, elles couraient même maintenant vers moi et je dus tirer en arrière dans ma course pour les ralentir, je ne pouvais pas me permettre que ces créatures me stoppent !

Enfin ! Au bout d'une impasse, le criminel se tenait face à moi, incapable de fuir désormais. Il était dans la même posture que lorsque je l'avais observé à travers le reflet du miroir, avec son imperméable couvert d'entailles, son visage en sueur, ses cheveux ébouriffés et il me fixait avec un air victorieux, comme s'il venait d'accomplir un exploit. Je portai la main vers ma poche et sortit mon revolver, un calibre 22. Et je riai sans pouvoir m'arrêter, hilare et imbu de mon écrasante victoire sur cet énergumène fou. Lorsque je parvins finalement à me contrôler, j'orientai mon arme en sa direction et pressai la détente.

Un bruit strident déchira l'air. Des éclats de verre volèrent. Le miroir se brisa en morceaux.

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