mardi 29 mai 2012

Les éclairs fendent le royaume céleste
De noirs nuages recouvrent le monde, présage funeste

Seul au creux de la plaine face à la colère
Des éléments, la joie emplit mon âme délétère

La foudre des cieux s'abat avec grâce autour de moi
Et la tempête, fougueuse compagne, suit mes pas

Tornades, orages et vents ravageant les alentours
La violente expression de mon amour

Subissant les affronts de la douce pluie
J'embrasse langoureusement la nuit

Ce spectacle solitaire et magnifique
Une immortelle danse poétique

Qu'à jamais perdure le mauvais-temps
Que pour toujours dure cet instant

lundi 28 mai 2012

Le Temps

Le Temps, dieu immortel et cruel,             
Observe le passage des âges infinis            
Par delà les confins de l'univers défini       
Il se délecte de la mort des mortels            

Lui, l'immonde gardien, l'immortel                       
Celui qui jamais ne connaîtra l'agonie
L'immatériel démon pour toujours impuni
Dont le monde est l'autel sacrificiel

Les Hommes sont ses jouets, ses pantins     
Il les tord et les brise jusqu'à leur fin           
D'homme vigoureux à vieillard corrompu

Le jeune homme idéaliste et vertueux
Sous l'effet du Temps, voit son serment rompu
Jeune, il meurt puis il renaît, brisé, mauvais, vieux
Bataillons célestes fendant gracieusement l'air
Armées formées d'importants missionnaires
De la fécondité, si semblables à la poussière
Ils traversent les montagnes et les mers
Pour trouver les belles qui sauront leur plaire

Le pollen virevoltant emplit l'atmosphère
En cette journée de printemps familière

vendredi 25 mai 2012

Je suis sur le fil du rasoir
A deux pas de m'effondrer
Au milieu du chemin, en équilibre instable
Risquant d'essuyer une chute impitoyable
Dois-je avancer ou reculer ?
La vie est illusoire
Le Poète, sur la terre des Hommes, exilé
De l'austère et violente société
Se nourrissant de vers d'une rare qualité
Du reste du monde, il est isolé
Par les gens communs renié, châtié, hué
C'est dans les bas-fonds où on l'a chassé
Qu'il est le plus proche des Cieux, du Sommet
Achevant son vers brisé, son sonnet
Combattre avec férocité l'ennui
A mort s'affronter, triompher de l'ennemi
Tapie dans mon cœur, cette infâme maladie
Ronge mon âme et hante mes nuits

jeudi 17 mai 2012

Des étoiles

Parmi d'autres choses, paraît-il, je suis un élève hors-normes. Oui, sans doute, ainsi que l'on me l'a répété encore récemment, c'est qu'apparemment cela n'est pas faux.  Pas que mes résultats soient absolument exceptionnels puisque d'aucuns me surpassent en ces affaires, mais c'est que mon esprit lui-même doit porter quelques particularités et spécificités qui me rendent encore différent de ceux qu'on voit habituellement en tête des classes, ces douces têtes blondes qui semblent n'étudier que par nécessité et s'y abandonner en toute perplexité dans l'espoir d'un avenir meilleur, sans vraiment éprouver d'intérêt pour la matière.

Moi, loin d'y voir une sorte de mal nécessaire et d'y faire preuve de trop de zèle déraisonné, je dois dire que c'est plutôt que je m'enthousiasme d'étudier, de comprendre, d'apprendre et de raisonner, et c'est sans doute cela qui fait ma force plutôt que la capacité à ingurgiter un cours pour le vomir et sitôt l'oublier le contrôle passé, méthode qu'on peut critiquer au possible, mais celle qu'encourage actuellement l’Éducation Nationale. Pas besoin de comprendre, il suffit d'apprendre par cœur et qu'importe qu'on ne sache pas ce que l'on fait puisque rien ne vérifie en soi le degré de compréhension de l'élève, chaque contrôle n'est qu'une évaluation secrète de la mémoire plutôt que du raisonnement. Je suis plutôt d'avis qu'il faut faire de passion et d'un vif intérêt pour ce que l'on tache de nous inculquer, et ne pas s'en cacher. De la passion, voilà ce qu'il manque aux étudiants de nos temps !

Donc, en vertu de cet esprit apparemment si spécial qui fait tout mon caractère, selon ces bienveillants professeurs, les uns me voient futur physicien théorique, chimiste, généticien ou biologiste, d'autres professeur ou philosophe, certains politicien, ma fibre littéraire est supposée me conduire à un avenir d'écrivain, etc. Que d'opinions diverses, et chacun tentant de m'attirer vers sa filière. Personnellement, je me vois plutôt devenir un écrivain et professeur grisonnant, affublé d'une barbe à la Marx et d'une paire de lunettes rondes, une sorte de vieux philosophe austère désillusionné.

J'ai entendu ce genre de choses, ces éloges, tant de fois que je ne saurais les compter. Il semblerait que nul ne puisse se tromper sur mon engagement vis-à-vis de mes études et d'une passion et d'un intérêt vif que je me plais à démontrer dans les matières qui me plaisent, en particulier les disciplines littéraires. Ce qui me rend différent, ce doit être ce feu intérieur qui brûle en moi, cette soif inexorable pour le savoir, cette volonté qui m'anime d'accéder à l'Illumination intellectuelle et à un entendement supérieur des réalités du monde, cette transmutation alchimique du savoir en sagesse que je vise à acquérir ... Appelez-moi Trimégiste.

Néanmoins ... J'ai le sentiment que ces professeurs faisant mon éloge ignorent aussi ce que ces élèves hors-normes peuvent ressentir. Sans doute n'est-ce pas là leur profession, évidemment, mais il est une chose à clarifier, et c'est que de l'isolement afin de profiter de la sagesse des écrits anciens, tandis que l'on voit tant de personnes batifoler joyeusement sans se perdre dans de sombres pensées ou ruminer les pensées d'austères philosophes, on a l'impression d'être en décalage avec cet univers extraverti au possible et tourné vers la consommation des plaisirs instantanés. Il en ressort une sorte de souffrance, le sentiment de ne pas tout à fait appartenir au même monde, l'impression d'être à jamais incompris. Introversion, es-tu ma bénédiction ou mon éternelle malédiction ?

 La qualité de l'esprit vient en partie de cette souffrance. L'érudition s'atteint par le sacrifice. Peut-être ne parais-je que plus intelligent que la moyenne simplement parce que cette moyenne est faite d'idiots qui ne lisent jamais et passent leur temps à regarder la télévision ou à traîner sur Facebook, qu'en sais-je ? Ou alors, vraiment, suis-je encore différent, sans que l'on prenne en compte le fait que le niveau scolaire moyen a drastiquement chuté ces dernières années et que les gens soient de plus en plus bêtes ? Je ne sais pas en juger et ce n'est pas à moi de le faire, ni à personne d'autre, d'ailleurs. J'imagine que je suis qui je suis, point.

Quoi qu'il en soit, ma culture en tous domaines surpasse si largement celle du lycéen moyen que j'ai sûrement à ses yeux plus de points communs avec une encyclopédie qu'un être humain, bien que je sois fait de chair plus que de cellulose.  Mais enfin, hélas, j'en reste donc un, et je dois dire que derrière mes apparences froides et dures, je suis sans doute l'une des personnes les plus sensibles qui soient, bien que rares soient les personnes qui puissent en témoigner, car j'ai le culte du mystère et du secret.

Cependant, je n'ai aucune aptitude sociale et mes amis se comptent sur les doigts d'une seule main. Je vis dans une solitude pratiquement ascétique et je ne ressens pas le besoin de parler avec des gens qui ne m'intéressent pas. En réalité, j'ai trouvé si peu de gens vraiment intéressants que mes contacts sociaux sont effroyablement limités. Ah, néanmoins, je suis persuadé qu'il y a en ce monde des âmes qui me sont similaires, des gens qui ressentent les choses comme moi. Exilés que nous soyons de cette société moderne et malade qui fonce sans réfléchir vers la destruction pure et simple dans une grande explosion de couleurs psychédéliques, c'est parce que nous sommes différents que nous devons nous unir. De grands esprits pris indépendamment ne sont qu'une plus grande puissance lorsqu'on les combine. 

Les masses me sont des marées incessantes d'ombres et de ténèbres qui hurlent dans la nuit. Où êtes-vous, brillantes étoiles, au milieu de toute cette cacophonie et de cet enfer, au milieu des autres ? Je brûle du désir de m'envoler à vos côtés dans le firmament, mais je ne trouve pas la force de décoller de ce sol putride que j'exècre pourtant. Je languis de brillantes rencontres avec des esprits captivants, mais le sort me condamne à ne vivre pratiquement qu'aux côtés de crétins simples d'esprit. Encore combien d'années dois-je passer au milieu des ténèbres ? Combien de temps encore avant de m'échapper vers des espaces plus éclatants ? Par quelle cruauté du sort dois-je rester pour l'éternité dans l'ombre ? Qu'ai-je fait pour mériter mon sort ? Dois-je continuer d'espérer avant d'être mort ? Où trouver les étoiles ? Le ciel est obscurci, je n'y vois pas d'astre. Les rares comètes qui y passent et que je tente d'attraper dans un élan d'impétuosité me renvoient violemment sur la terre des Hommes après avoir brûlé mes ailes, au point que j'en souffre davantage que si je n'avais jamais rien tenté.

Y a-t-il seulement d'autres étoiles prisonnières de la gravité, comme moi ? Les trouver, si elles existent, m'aiderait sans doute à m'enfuir de ces masses grouillantes régies par la pensée unique et les médias télévisés. Mais où les trouver, enfin ? Les ombres sont si denses et si nombreuses, comment entrevoir la lumière dans cet océan de ténèbres ? Chaque fois que je crois apercevoir une lueur dans cette noirceur et que je l'approche avec un mélange d'espoir et de peur, je ne touche que du vide. Ce vide si oppressant, je crois lentement m'y noyer. Ce monde aura ma peau, il devient insoutenable d'y vivre, même en pleine autarcie, surtout en pleine autarcie, car ma tour d'ivoire menace d'être lentement inondée par les vagues de l'ignorance et ma réclusion condamne la solution de la fuite. Plutôt que d'être transporté vers des sphères intellectuelles supérieures aux côtés de gens de la même qualité que moi, c'est ma sanité qui lentement s'envole, laissant une carapace vide se remplir lentement de la noirceur des ténèbres qui touchent la globalité de l'Humanité. J'ai fini par le réaliser : seul, je finirai par dépérir, ce n'est plus qu'une question de temps. Je suis face à une digue qui menace de s'effondrer. Les flots sont sur le point de me submerger et d'emporter avec eux ce qu'il me reste de raison. Combien de secondes encore avant que je finisse par tant souffrir que mon esprit en vienne à se briser ?

Qu'importe ma supériorité intellectuelle, je ne peux rien face aux vicissitudes de la vie et à l'oppression que me suscitent les gens inintéressants, si je reste seul. La solitude, bien qu'elle soit la seule déesse à laquelle je prie, et de ce point de vue mon culte est l'un des plus fervents, bien que je l'adore, la cultive et la remercie de m'accorder son intangible compagnie, seule maîtresse de mon âme qu'elle puisse être, la solitude est autant un poison pour mon cœur qu'elle est un don pour mon esprit. Ne m'en veux pas, solitude, de vouloir te délaisser, mais si je pouvais te remplacer par une seule personne qui me soit similaire, une seule personne qui me comprenne, une seule personne qui ait ce même goût pour les choses de l'esprit, pour l'art, les sciences, les langues, la littérature, la musique, tout domaine d'expression et de connaissance, je le ferais sur-le-champ. Je suis persuadé que s'il vaut mieux être seul que mal accompagné, il vaut également mieux être bien accompagné que seul. Vivre seul, j'ai connu ça pendant toute ma vie. C'est d'ailleurs le seul moyen de vivre que je connaisse. Mais ce mode de vie, bien que mon esprit lui doive son salut, il me détruit tout en m'élevant.

Je serai sans doute bientôt digne ou en tout cas semblable à un visionnaire capable d'éclairer ce siècle et de mener l'humanité vers un avenir plus brillant, j'ai toujours voulu tendre vers cette sagesse et cette perception supérieure des choses dans un intérêt humaniste, mais quel en sera le prix ? Pourrais-je seulement atteindre ce but avant de succomber à la folie ou mourrais-je avant ? Il me faut trouver quelqu'un qui me soit similaire, une âme-sœur, quelqu'un qui connaisse mes souffrances en les ayant connues par elle-même, et que je parvienne à me lier avec cette personne. A deux, les choses seront tolérables. Seuls, elles nous briseront individuellement, et les ténèbres continueront à régner. J'ai connu des gens qui m'étaient semblables, mais essentiellement par échanges épistolaires et numériques. Jamais de rencontre physique. Et cependant, aussi intéressant que cela soit, cela n'est pas suffisant, bien que j'aie eu le tort de le croire. Aristote avait raison.

L'Homme est effectivement un animal social, il a un besoin désespéré de contact physique et non pas d'une simple proximité intellectuelle, l'amour platonique est une chimère fantasmagorique. Les Idées sont froides et ne valent pas la chaleur du contact humain. Je ne fais pas exception, je n'ai pas la prétention et la force nécessaires pour m'élever au-dessus de ces lois élémentaires qui forment l'instinct humain, j'ai déjà épuisé tout mon courage à maintenir mon mode de vie jusqu'à ce jour alors que je n'ai pas encore vingt ans. Je n'ai pas l'arrogance de m'élever contre les lois de la Nature et de vivre dans la solitude absolue, loin de tout contact humain, dans la calme quiétude d'un paisible refuge que l'humanité n'aurait pas encore souillé. Je ne peux plus vivre seul ou tout ce que j'ai tenté de construire sera détruit car mon potentiel sera gâché par la folie qu'aura suscité en moi la solitude.

 Il me faut quelqu'un, mais quelqu'un qui ait de la qualité. Pas l'un de ces idiots congénitaux qu'on trouve par milliards dans ce monde décadent, non. Il me faut étreindre une étoile, et ce passionnément. Une de ces étoiles qui sont, comme moi, enchaînées sur la Terre par les cruels liens de la société. Je dois commencer ma quête pour trouver ces magnifiques astres qui languissent eux aussi de toucher le royaume des Cieux, en désespoir de cause. Inutile d'observer le ciel avec envie pour le moment, je dois me concentrer sur la façon de traverser la marée des ténèbres pour trouver ce fabuleux trésor pour lequel je languis, et qui vaut tout l'or du monde. Je dois ralentir ma quête de l'absolu intellectuel et me concentrer davantage sur le monde physique pour mener à bien cette mission que je m'impose.

Alors, ma détermination qui s'effrite au passage du temps et mes convictions qui sont ébranlées par le contact avec la lie de l'humanité, ces forces qui me maintiennent en vie et qui perdent de leur substance alors que j'écris ces mots, et dans le fond, ils sont écrits avec mon sang, celles-là retrouveront tout leur éclat et la flamme de l'espoir qui menace de s'éteindre s'embrasera soudainement pour dégager une chaleur formidable inconnue à ce jour, ce sera un brasero ardent dans mon cœur qui élèveront mon âme et mon esprit vers des jours meilleurs.

Voilà ce à quoi j'aspire. Maintenant, excusez-moi mais je vais commencer à chercher les étoiles, à la manière de Diogène de Sinope qui déambulait en plein jour au cœur d'Athènes avec sa lanterne à la main en recherchant "l'Homme". Me voilà, cherchant l'étoile propice à m'élever et je ne m'arrêterai pas avant de l'avoir trouvée.