samedi 14 avril 2012

De la justice

L'affaire qui a secoué Toulouse et la France toute entière a beau s'être achevée il y a un certain temps déjà, et cela dans le sang, on continue d'en entendre parler d'une façon ou d'une autre. Les nouvelles dont je m'apprête à parler me sont parvenues par les journaux et les informations disponibles sur Internet et elles m'interloquent ... Non, en fait, elles me stupéfient.

Les faits sont les suivants et concernent le corps professoral : une enseignante d'anglais a été suspendue pour avoir tenu à honorer la mémoire du feu meurtrier Mohammed Merah lors d'une minute de silence et une professeure de français a été elle aussi suspendue pour avoir proposé à ses élèves un sujet de dissertation apparemment choquant, que j'ai personnellement plutôt trouvé risible : "Est-ce une bonne chose d'avoir tué M. Merah ? 1. Je résume l'affaire. 2. Pour qui ?"

La situation est la suivante : deux enseignants, de ceux dont l’Éducation manque cruellement et auxquels l’État refuse de fournir des conditions de travail proprement correctes, se sont vus dans l'incapacité d'exercer leur profession pour des motifs largement discutables et impropres. 

Une chose que la plupart des gens oublient, et en particulier les politiciens véreux nous dirigeant, est que chaque personne est un être humain qui dispose de droits et qu'importe les actions de chacun, mérite d'être considéré ainsi, peu importe qu'untel ait été un véritable monstre. Mohammed Merah est mort, ses actions sont impardonnables et il ne méritait peut-être pas de vivre, soit. Il n'en reste pas moins un être vivant. La mort de toute chose ayant vécu est une tragédie en elle-même, et même les démons méritent de reposer en paix. Cela ne devrait pas choquer la morale que l'on honore la mémoire d'un tueur. Ce n'est pas cautionner ses actes et faire l'apologie de l'assassinat et du sang versé, c'est simplement agir avec respect, respecter la Vie elle-même, l'Essence de l'Existence, c'est savoir cautériser les plaies, oublier les rancœurs et considérer l'affaire sous son véritable jour : c'est un bain de sang qui a été versé dans les environs de Toulouse, une tragédie humaine. 

Je ne défends pas Merah pour ce qu'il a fait, je méprise ses actions et le monde est sans doute meilleur sans lui. Mais il n'en reste pas moins qu'il était un être humain, de la même espèce que nous. Chaque homme a du bon et du mauvais en lui. Même Merah n'était pas une abomination faite de haine et de violence, il devait avoir ses bons côtés. Sa mémoire mérite donc d'être honorée, en tant que celle d'un homme ayant mal tourné suite à une vie sans doute remplie d'échecs et d'erreurs, mais qui n'était pas si différent de nous. Se cacher derrière le mur fissuré de la morale pour révoquer ceux qui tiennent à respecter la valeur de l'existence humaine est une action pitoyable. J'accuse Luc Chatel et le recteur qui ont suspendu cette enseignante d'anglais ! Je les accuse d'hypocrisie, d'avoir rendu un jugement mauvais qui nie que chaque homme, peu importe ses erreurs, mérite d'être traité en tant qu'humain ! J'accuse les gens qui soutiennent cette décision ministérielle de fermer les yeux devant la complexité des caractères humains et de manquer de compassion et de bonté !

Voyons maintenant le cas de cette enseignante de français plus en détail. Je ne vais pas me borner à répondre à son sujet, je dois dire que je le trouve franchement stupidement drôle, mais là n'est pas la question. Le sujet est clairement mal formulé mais suscite une réflexion philosophique intéressante que je vais développer : "Peut-il être bon pour l'humanité que quelqu'un meure ?" Voilà la vraie question.

Et selon moi, la réponse est oui. Certes, la mort de tout être vivant est une tragédie et chacun mérite de voir sa mémoire honorée. De même, il y a du bon en chacun de même que du mauvais. Mais cela n'a rien à voir avec la question. Par les affections mentales, la folie du pouvoir, de l'argent, la soif de vengeance, la haine et toutes sortes d'attitudes destructrices pour l'Homme, ce qu'il y a de mauvais peut engendrer des actions qu'on ne saurait pardonner. Le vol, soit, il peut s'expliquer selon les circonstances. L'agression, le viol, le meurtre ou les mutilations corporelles sont en revanche bien mal défendables, qu'importe les raisons qui y ont mené. Parfois, afin de stopper ces horreurs, il est nécessaire d'agir et de tuer à son tour, pour éviter davantage de souffrance. Il faut casser des œufs pour faire une omelette, hélas. C'est ainsi que des meurtriers sont tués à leur tour, si d'autres moyens pour les mettre hors d'état de nuire ne sont pas mis en place.

Alors oui, c'est une bonne chose que Mohammed Merah soit mort. De même, personne de sensé ne regrettera Hitler, Mao Zedong, Staline ou Franco. Tous sont des meurtriers et des assassins qui devaient être mis hors d'état de nuire, par l'action humaine ou le passage du Temps, juge impartial de tout ce qui a lieu. Au risque de choquer ces soi-disant moralistes, le meurtre est parfois la seule solution à une issue inextricable, un Deus ex Machina sanglant. Je suis persuadé que les mêmes gens qui ont condamné cette professeure pour sa dissertation ont été soulagés d'apprendre la mort de certains dictateurs ou terroristes mondialement connus, preuve que leur morale et leur logique sont décadentes et incohérentes. J'accuse cette enseignante de proposer des sujets de dissertation douteux ! J'accuse ces personnages haut-placés de manquer de logique et de faire encore preuve d'hypocrisie !


Quoi qu'il en soit, le problème reste le même. La logique des politiciens est pleine de failles, leur morale est de la pure hypocrisie derrière laquelle ils se cachent, c'est un bien piètre bouclier que voilà face aux assauts de la Vérité et de la vraie Justice, celle d'Electre, celle qui n'épargne personne, celle qui est juste ! Mais le problème s'étend plus loin que ces politicards, il prend ses racines dans l'esprit même de la société. Nous sommes irrespectueux et sanguinaires, voilà la vérité. Nous aimerions arracher la tête de Merah à son cadavre, cracher dessus et la planter sur une pique pour que les esprits de ceux qu'il a tué reposent en paix. Mais que pensent ces esprits défunts lorsqu'ils contemplent la violence qui nous emplit, cette soif déraisonnée de vengeance ? Se sentent-ils mieux, sont-ils en paix ? Je parierais plutôt qu'ils soient consternés de voir que nous nous acharnons tant sur l'un de nos semblables sans avoir de pensée pour les erreurs qu'il a pu commettre ou sans savoir faire preuve de raison et de bonté. Pourquoi tant de haine chez les âmes terrestres ? Nous savons trop peu de choses sur lui pour le juger en bonne et due forme. En l'absence de certitude absolue sur chacune de ses pensées et de ses actions, n'oublions pas qu'il reste humain et qu'il avait lui aussi ses bons côtés. Que toutes ces âmes torturées reposent en paix et que les monstres soient bénéficiaires de la compassion humaine qui nous fait tant défaut.

mercredi 21 mars 2012

Une exécution banale


C'était une belle journée d'été, dans une petite ville française comme il y en a tant. Une exécution devait avoir lieu l'après-midi et je devais m'y rendre. J'avais toujours cru qu'en ce genre d'occasions, il ne faisait jamais beau et que le temps devait être plutôt grisâtre et morne. En fait, il n'en était rien : le soleil resplendissait au milieu d'un ciel azuré au sein duquel seuls quelques nuages solitaires se trouvaient.  Rien ne semblait troubler les cieux, qu'importe ce qu'ils avaient à observer, ils souriaient.

 C'était moi que l'on devait exécuter, mais mon cœur était léger et je sifflotais en contemplant le ciel tandis que de rustres gardes, mal rasés et parlant un français fort approximatif et vulgaire, me tenaient enchaînés et m'emmenaient vers l'échafaud où je devais être pendu, sous les yeux d'une foule dont les regards s'emplissaient de haine à mon passage.  

Vraiment, j'observais là une métamorphose terrible de ce que l'on nommait habituellement les « honnêtes gens ». Les hommes fulminaient de rage et juraient que j'allais atrocement souffrir au cours de l'expiation de mes « crimes », la plupart de femmes me hurlaient des atrocités telles que je n'en avais jamais entendues et l'une d'entre elles me cracha au visage lorsque je passais à sa proximité, son visage déformé par la haine n'ayant plus rien d'humain. Curieusement, même les enfants étaient présents, et ceux-là, que je croyais de la plus grande pureté et innocence, poussés par leurs parents, me jetaient de toute leur force maintes pierres en s'efforçant de bien viser.  

Ah, heureusement, ils n'excellaient pas dans l'art de la lapidation et aucune des pierres ne parvint à toucher sa cible, alors que les gardes à mes côtés essuyaient tous les tirs ratés et tâchaient avec le plus grand soin d'éviter les projectiles sans trop s'éloigner de moi.  

D'ailleurs, quant à moi, mon âme s'abandonnait au fatalisme : j'étais condamné, alors à quoi bon ? J'étais plutôt occupé par mes observations de cette humanité si inhumaine, pleine de colère et agitée par une haine féroce alors que moi, je devenais à la fois cynique et serein en allant à son encontre et vers mon trépas. Bientôt, la mort m'apporterait le réconfort au sein d'une vie pleine de troubles, et je goûterai au silence majestueux de l'éternité. C'en était assez de toute cette agitation, de ces masses qui grouillaient en tous sens, bientôt, enfin, le calme, l'étreinte glacée de Son amour inconditionnel ! 

Oui, tout cela allait bientôt arriver, et du reste le monde pouvait bien s'écrouler car j'allais le quitter d'ici peu. Mais il fallait encore patienter, nous n'étions pas encore sous la potence, il restait quelques rues à parcourir sous cette pluie torrentielle de pierres, de cris bestiaux et d'injures innommables, comme si j'étais destiné à canaliser toute la haine de l'humanité et qu'après ma mort, elle serait débarrassée d'un sentiment aussi vil. Je savais cependant que ce ne serait pas le cas. La vérité, c'est que la haine est le cœur même du genre humain d'où il puise toute son essence. Je le savais, j'en étais persuadé. Autrefois, moi aussi, je huais et j'insultais de toute ma ferveur les criminels qui passaient sur le chemin que j'arpentais à mon tour aujourd'hui. J'étais maintenant l'objet de cette haine destructrice, fondement de la société humaine. 

Je réfléchissais sur ma condition tout en avançant et je voyais enfin la potence au bout de la rue. La délivrance, sous la forme de ce maudit échafaud de bois ! Il ne restait que quelques mètres avant de goûter au repos. Néanmoins, songeant sûrement à arrêter ma progression et à achever ma vie au plus tôt, je vis soudainement un homme à l'allure de géant se détacher de la foule et faire face à moi et aux gardes. Il était corpulent, possédait un corps massif qui évoquait plus un taureau qu'un être humain et il me fixait de ses yeux bovins qui brillaient de colère et de frénésie sanglante. Il brandit quelque chose que je vis briller dans sa main et que je devinai être un couteau ou une lame quelconque, dans le même temps qu'il chargeait vers moi avec toute l'énergie de ceux qui sont déterminés et persuadés de faire le bien par des actions en apparence mauvaises.  

Un garde s'interposa cependant entre moi et la bête humaine, considérant sans doute que mourir pendu ou transpercé d'un glaive faisait grande différence pour un condamné à mort. L'idiot se trompait. Je voulais mourir, j'étais trop las du monde pour continuer à vivre et j'aurais été bien aise d'être assassiné de la sorte par une créature de cette espèce, la haine incarnée ! Le destin, maître cruel, en fit autrement et ce crétin de garde se retrouva meurtrier à son tour, sa hallebarde ayant traversé de part en part l'ignoble animal. Les deux restèrent abasourdis, jusqu'à ce que le soldat reprenne ses esprits, ôte son arme du corps du trépassé, le laissant alors s'écrouler avec fracas sur le sol désormais maculé du sang d'un innocent, puis reprenne une pose stoïque et que nous continuions à avancer. 

Durant les derniers centimètres qui me séparaient de la liberté, suite à la scène qui avait eu lieu, la foule se tût précipitamment pendant quelques instants. Néanmoins, alors que je gravissais lentement les marches de l'échafaud, savourant ma libération prochaine de cette vie dénuée de sens, la frénésie reprit la masse qui recommença ses hurlements qui ressemblaient aux cris d'une bête mortellement blessée.  

J'étais enfin sur l'estrade de bois, prêt à embrasser langoureusement la Faucheuse, cette corde austère qui se balançait devant moi et que l'on m'attachait déjà autour du cou. Un prêtre maigrichon s'avança devant moi, son saint ouvrage en main et commença à débiter ses inepties sacrées. 

 « Halte-là, l'ami, lui dis-je en l'arrêtant, c'est là un langage que je ne parle pas. Tais-toi et laisse-moi plutôt mourir en paix, je n'ai pas de compte à rendre à ta divinité et ma conscience est tranquille. » 

Le religieux, confus, entreprit de prononcer une autre parole mais se ravisa et se contenta d'effectuer un signe de croix avant de partir. Le bourreau prit alors sa place, et tout en serrant fermement la corde autour de mon cou, s'adressa à moi : 
« Une dernière volonté, condamné ? prononça-t-il avec la lassitude d'un homme qui avait passé sa vie à écourter celle des autres. 
- Oui. Tue-moi, et promptement. C'est que je perds mon temps de mort à vivre, là, mon brave ! » 

Il serra alors une dernière fois la corde et fut sur le point de m'expédier dans l'au-delà ad vitam aeternam conformément à mon souhait, lorsqu'un grand bruit se fit entendre parmi la foule qui se pressait autour de l'échafaud. Je voyais trois hommes montés sur des chevaux, armés de longues épées, qui se ruaient à mon encontre et sautèrent promptement de leurs montures pour me rejoindre. Ils tuèrent machinalement le bourreau et les gardes avant de s'adresser à ma personne en défaisant la corde :

 « Bonjour à toi, homme injustement mis à mort ! Nous sommes venus pour te sauver ! entonna-t-il d'une voix fluette et avec de joyeux accents, ce qui eut le don de profondément m'agacer. Je suis Athos, et voici Porthos et Ara-
 - Ecoute, je me fiche de vos identités et même de l'injustice dont j'ai pu être victime. Ce que j'ai vu au cours de cette journée, toute cette haine et cette bestialité insensée, cela suffit à m'ôter le goût de vivre et à vouloir rencontrer mon Créateur plus tôt que prévu pour lui expliquer à quel point Sa création est effroyable. Si tu es aussi valeureux que tu le prétends, mets fin à mes jours en cet instant. 
 - Mais- !
- Tue-moi, pousse-toi ou donne-moi ton épée si tu n'oses pas, couard ! »


 Je n'attendis pas sa réponse et arrachai l'arme de ses mains. La foule se taisait, maintenant, confuse par la tournure que prenait la scène. Je levai l'arme en l'air et lui hurlai :

 « Je suis Alceste, retenez ce nom ! Vous êtes lâches, couards, pleins de haine et méprisables au possible, vous êtes une humanité qui n'a rien d'humain et de bon, vous jugez les gens sans les connaître et souhaitez leur mort sans même savoir rien de la réalité de leur culpabilité ! Vous êtes des bêtes stupides qui vous repaissez dans la fange ou qui tentez de jouer les grands héros idéalistes en désespoir de cause ! Apprenez plutôt à faire preuve de discernement et acquérez le sens de la justice ! Moi, je suis fatigué de vous et malade de cette société ignoble. Adieu, la nuit tombe, c'est le crépuscule de mon existence qui s'annonce ! » 

Alceste s'éventre puis s'écroule sur l'estrade, inondée de sang. Les justiciers contemplent la scène, abasourdis, dépités et choqués.La foule reste silencieuse pendant plusieurs dizaines de minutes, sans oser bouger, fixant le cadavre du condamné.



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A la mort, j'étais condamné. « A la mort, le scélérat ! A l'échafaud, l'assassin ! », c'était ce que la foule scandait en chœur, comme pour me rapprocher de la potence par une incantation magique, comme si cette formule provoquait la fureur divine et qu'en réponse aux appels populaires, un éclair allait s'abattre sur moi. Mourir, rejoindre l'abysse, c'était mon triste destin. Un horoscope ironique et cruel, en somme. « Ah, vos planètes ne sont pas alignées. Désolé, mais vous mourrez aujourd'hui, les étoiles le disent. »

Enchaîné, j'avançais d'un pas lent et maussade, essayant de ne pas songer à ma mort à venir, à ces visions où je me voyais agonisant au bout d'une corde, pris de convulsions …  et mon esprit étant cependant complètement absorbé par ces pensées. Bon sang, j'allais mourir. J'allais mourir ! Qu'est-on censé penser en ces occasions ? Rien ne me venait à l'esprit, je ne le savais pas.

Je ne pouvais pas simplement me faire à l'idée de cesser d'exister et une partie de moi était persuadée que je survivrai. Je l'entendais, elle me chuchotait : « Tu ne peux pas mourir aujourd'hui, c'est impossible, ne t'inquiètes donc pas, tu vas vivre. »

Au cours des longues minutes de marche vers ma mort, encerclé par la brume et des gardes insensibles et froids, la voix de l'espoir se faisait plus pressante encore, et en l'écoutant je m'imaginais un moyen de m'échapper. Après avoir considéré toutes mes options, cependant, j'en revenais à ma conclusion première : ah, hélas, j'allais mourir. Si l'espoir est une chose bien sotte en général, elle est immonde pour un condamné à mort qui n'a plus aucune chance, c'est une voix qu'il faut taire d'urgence.

La voix du désespoir qui grandissait en moi fut forcée de se taire lorsqu'à ma plus grande surprise, je vis que pendant que j'étais préoccupé par mes propres pensées, un homme massif s'était détaché de la foule pour bloquer mon cortège funèbre. Allons, du respect, place au mort, pousse-toi donc ! Le colosse ne bougeait pas, inflexible qu'il était. Il semblait considérer ses options. Son expression amorphe changea alors que je vis une lueur démente briller dans ses yeux tandis qu'il sortait un hachoir du tablier qui lui servait de vêtement.

Il voulait me tuer, c'était évident. Mais enfin, j'étais condamné à mort ! A quoi bon écourter ma vie de ta main si je dois de toute façon mourir d'ici très peu de temps ? Que se passe-t-il dans ton esprit, maraud ? Es-tu encore maître de toi-même ou plus bête sauvage qu'homme ? Sais-tu réfléchir ou te contentes-tu maintenant de rugir, aveuglé par la folie et la haine ? La seule réponse aux questions que je me posais, c'était ce sourire dément et cette posture menaçante qu'il arborait.

La vengeance, alors, peut-être ? Tant de gens avaient dû être victimes de mes exactions, ce ne serait pas étonnant que l'une d'entre elles souhaite sa vengeance personnelle en tranchant ma gorge. Mais alors, tu ne vaux pas mieux que moi, homme de haine, et tu perds ton humanité au profit de ce goût pour la chair et le sang que tous les assassins ressentent. Tu perpétues le cercle vicieux du crime et bientôt, ce sera toi qui sera à ma place, condamné, après que tu m'aies tué, et un autre idiot plein d'idéaux se présentera pour faire justice en t'assassinant. Aussi, si mon exécution est publique, c'est pour que tous ceux auxquels j'ai nui puissent se satisfaire de ma mort : en me tuant par toi-même, tu fais injustice aux autres qui eux aussi veulent sentir cet ignoble goût du sang dans leur bouche alors que je pousserai un râle d'agonie.

Enfin, il ne servait à rien d'exposer ces arguments à la créature que j'avais face à moi. C'était de toute évidence plus une bête qu'un homme, il ne devait plus rien entendre à la logique et à la raison et était l'incarnation de tout ce que l'Homme a de hideux et d'infâme. La colère, la haine, la vengeance, peut-être même un peu d'envie et de jalousie en constatant que j'ai vécu en homme libre de mes choix alors que tu n'as vécu qu'en homme encadré par des lois, dans la prison de la pseudo-justice décadente qui règne dans le monde, voilà ce que tu devais ressentir, monstre.

Oui, en tueur que j'ai été et suis toujours, je suis libre. La société réprouve l'acte de tuer et le goût du sang, elle le considère comme malsain alors qu'elle s'y adonne sans s'en cacher ! Peuple romain, que n'aimais-tu voir des gladiateurs décapités et des fauves éviscérés avant d'aller déjeuner ! Peuple d'aujourd'hui, que n'aimes-tu pas voir les criminels souffrir, se tordre de douleur, brûler dans les flammes de la Géhenne comme les pires suppliciés, à l'image même de ces pauvres martyrs ! Que l'on me condamne et que je paie, soit. La liberté est un bel idéal que j'ai su explorer, je ne regrette rien. A vrai dire, je le referais, si je pouvais ! Cette vie pleine d'émotions, de tensions et de sentiments exacerbés fut tellement plus belle que celle de ce pauvre idiot submergé par la haine !

Va donc, tue-moi, affirme ton choix, échappe-toi des chaînes de la société. Le meurtre est le tabou ultime, il n'y a pas de meilleure manière d'exprimer son refus et d'extérioriser sa colère. Tue-moi, nous nous reverrons en Enfer et je pourrai te faire le tour du propriétaire, comme Virgile a montré le chemin au poète ! Emprunte la voie de la liberté, celle du sang, affirme ta véritable nature, toi le Surhomme ! Montre-toi meilleur que les moralistes en jupes longues, les femmes enfermées dans leurs maisons à s'occuper de proches qu'elles détestent, les hommes idiots qui se contentent de mener leurs vies sans jamais remettre le monde en question et vivent de bien tristes existences.

C'est cela, je vois que tu captes mes pensées, approche ce maudit hachoir et achève mon existence ! Oui, oui ! Deviens ma haine, sois libre, je t'offre ma bénédiction dans ta nouvelle vie de meurtres et de crimes, car il est sûr que tu ne sauras t'arrêter, c'est un fruit délicieux dans lequel tu viens de croquer ! ...

jeudi 15 mars 2012

Du vide, de l'ennui, du besoin d'autrui

Malgré tous mes propos au sujet du besoin de rechercher le bonheur et la joie et d'éviter la mélancolie, je suis moi-même tout particulièrement sujet à la tristesse et à la contemplation cynique du passé et des futurs potentiels, et s'il n'est de lecteur pour partager mes états d'âme et toutes mes considérations philosophiques et politiques, ces écrits remplissent au moins l'office d'un purgatoire et me permettent de développer la réflexion philosophique sur la condition humaine et d'acquérir un semblant de sagesse à travers mes tourments.

Le fait est qu'il m'arrive fréquemment de ressentir un puissant sentiment d'ennui, de vide intérieur, alors que je ne suis pas entièrement plongé dans mes lectures ou dans la réflexion concernant tel ou tel sujet et que je n'écris pas. Je passe ma vie dans une solitude ascétique qui, si elle est bonne pour l'esprit et permet mon épanouissement intellectuel, est meurtrière pour mon âme trop sensible. J'ai déjà dû tenir des propos semblables mais je ressens le besoin d'aborder encore une fois ces points. 

Bien que je ne regrette pas la plupart du temps d'être très solitaire et indépendant et que je sois plutôt enclin à me féliciter de me tenir à l'écart d'une société qui me paraît incompréhensible, insolente, virulente et irréfléchie, je ressens aussi occasionnellement un profond désespoir et l'impression d'être prisonnier de ma condition : mon âme est piégée derrière les barreaux de mon esprit et de la réflexion, et elle me hurle de la libérer enfin au moins un temps. 

Mon esprit va tout à fait bien, quoi qu'on entende par cela, mais mon âme souffre, c'est un fait, et j'ai l'impression de ne pouvoir la soulager et la laisser apparente au grand jour. A travers les cris de mon cœur, et en dépit de ma raison, c'est tout mon être qui tremble du malheur d'être trop solitaire et réservé : j'en suis venu à théoriser que si la solitude est excellente pour l'esprit, elle est néfaste à l'âme. 

Doit-on donc se résoudre à choisir entre un esprit éclairé et perceptif mais un cœur malheureux, et un cœur plein de joie malgré un esprit moins évolué ? Est-ce là un immonde combat entre l'intelligence et l'aspiration au bonheur ? Ne peut-on pas et philosopher dans la solitude, et mener une vie heureuse ? L'instinct grégaire et l'extraversion doivent-ils donc tant s'opposer à l'introversion et à l'anticonformisme,  pour que l'on souffre tant de trop réfléchir  ? Ainsi, la réflexion conduit-elle au malheur, et les simples d'esprit ne sont-ils pas les bien-heureux ? 

Si tel est le cas, je me considère encore mieux loti au sommet de ma tour d'ivoire et à l'intérieur de mon esprit qu'au sein de la foule, mais je me refuse à croire que les choses soient si simples et manichéennes. 

Non, Caligula, tu as tort d'être si nihiliste, les hommes, s'ils meurent, peuvent mener d'heureuses vies, tu es dans l'erreur de ne pas penser ainsi. Meursault, apprends à ressentir les pertes que ton esprit te refuse à considérer. Sisyphe, cesse de pousser ce rocher, ton entreprise est vaine : révolte-toi plutôt et change ta condition !

Il doit y avoir autre chose que cet abîme et ce vide oppressant, sans que l'on ait à sacrifier en intellect pour atteindre au bonheur, car sinon le monde est un endroit bien immonde dans lequel on ne pourrait vivre, et pourtant bien des gens même parmi les plus éclairés s'en accommodent. Je me refuse à considérer le monde d'un point de vue totalement nihiliste. 

Ainsi, il doit être possible de sortir de ce carcan de cynisme et de pessimisme et d'atteindre la joie sans avoir à rien sacrifier des capacités de l'esprit, et je suis d'avis que c'est là pourquoi les Hommes se lient et forment la société : nous ne sommes pas faits pour pleinement vivre seuls, et même les plus solitaires d'entre nous doivent apprendre à aimer leurs semblables pour échapper au tourment et pouvoir embrasser la beauté du monde. 

Il me faut donc apprendre à être davantage sociable, mais un tel objectif me paraît difficile d'atteinte, tant je suis habitué à faire peu cas de ce qui m'entoure et plutôt à raisonner et à philosopher. En vertu de ma réserve, je pense donc ne nécessiter que peu de relations sociales, mais j'en recherche de profondes et d'enrichissantes, je ressens enfin le profond besoin de ressentir un lien intellectuel avec quelque intelligence qui ne soit pas la mienne et qui ne soit pas aussi froide et inerte qu'un penseur disparu, une Idée ou une Théorie. Celles-ci sont bien belles : je les embrasse, je les chérie et je dédie ma vie à les développer, mais elles sont d'une terrible froideur et paient bien mal en retour de l'amour qu'on leur voue, quoi que puisse en dire Platon. 

Hélas pour moi, j'ai grandement du mal à parvenir à l'entretien d'une telle connexion, en particulier dans le monde des affaires matérielles, car mon caractère est tel que je ne suis pas de ceux qui initient les conversations à moins de me sentir particulièrement à mon aise et de bien connaître la personne : en l'attente, je ne suis que passif, attendant d'être contacté sans parvenir à prendre l'initiative, n'étant prolixe et entreprenant qu'à travers les échanges épistolaires ; réservé et plus taciturne lorsqu'on me fait face dans l'univers tangible.

Cela nuit à mon but, car bien que je ressente le besoin de me confier à autrui et d'engager une profonde et intense connexion avec un esprit qui me plaise, je n'ai guère le courage d'initier les contacts qu'à distance et la plupart du temps je n'ose même pas, et je suis condamné simplement à rêver d'un meilleur futur qui puisse soulager mon âme sans léser mon intellect, futur que je m'idéalise en compagnie d'une dame de qualité qui aurait toute la mesure de mon appréciation et correspondrait à quelqu'un d'aussi intéressant. 

Si j'ai eu l'occasion de croiser telles personnes, je suis encore cette fois bloqué par mon détachement naturel et la solitude est pour le moment la seule compagne qui daigne jeter un regard vers moi ; mais de par sa présence-même, je ne suis que seul, ô cruelle ironie. Je travaille néanmoins à forger mon caractère de sorte que je puisse davantage capter les esprits qui me plaisent, mais j'ai là encore sans doute bien du travail à accomplir et je ne vois pas les fruits de mes efforts. Sans doute sont-ils à venir, qu'en sais-je, mais je nourris l'espoir que mes entreprises ne sont pas vaines, malgré tous les échecs que je peux essuyer. 

Le fait est que les rites sociaux quant à la formation de liens entre les personnes me paraissent nébuleux et artificiels au possible : quel est ce jeu de manipulation auquel l'on s'adonne alors que l'on cherche à faire chavirer un cœur en sa puissance ? Car oui, la séduction est avant tout de la manipulation des apparences : combien donc sont les jeunes couples se formant sans trop se connaître et que le sort mène à la rupture dès lors que les masques tombent et que chacun apprend à voir toute la noirceur de l'âme d'autrui ? 

Je me sens vil de seulement vouloir manipuler de la sorte une jeune et douce âme, aussi ai-je tendance à faire preuve d'une extrême franchise au regard des affaires de l'Amour, cela-même néanmoins m'amenant à être éconduit tant ces jeux manipulateurs sont incrustés dans la psyché humaine : les gens n'apprécient pas le trop-plein de passion et de franchise, il semblerait qu'il soit préférable de bassement s'adonner à détourner d'autres esprits vers soi par de longues fréquentations qui, relevant en apparence du désintérêt et de la simple volonté d'amitié, sont en réalité on ne peut plus intéressées.

Ami(e), toi qui me lis, libre à toi de partager ou non ma peine, je te sais déjà gré de m'avoir écouté, moi, d'ordinaire si discret à mon égard, évoquer les tourments qui agitent mon âme, et je te laisse sur une note musicale qui résume bien mon sentiment. Vale.



mercredi 7 mars 2012

De la sensibilité de l'âme

  J'avais déjà précédemment traité le thème de la sensibilité, plus particulièrement en relation avec le cynisme dans un cadre d'engagement politique, lorsqu'on s'aperçoit que bien peu de gens s'intéressent réellement à la manière dont le monde fonctionne et sont plutôt occupés à mener leurs propres vies.

  Je désire désormais aborder la sensibilité de l'âme dans un contexte de relations humaines plutôt que par rapport à la conscience politique. Les personnes sensibles, voire hypersensibles, sont habituées à ressentir des émotions intenses et à percevoir tout ce qui peut leur arriver ou leur être dit comme déclencheur de telles émotions, bien qu'elles soient généralement cachées sous un masque de froideur ou de dureté. Mais il n'en est rien, et l'homme sensible ne fait que cacher sa sensibilité, persuadé qu'il est incompris et qu'il serait blessé en se dévoilant. Compte tenu des mœurs de notre époque, peut-être cette attitude n'est-elle pas si fausse ...

  Le fait est qu'en vertu de cette sensibilité si exacerbée, la personne sensible est en proie à de grandes fluctuations émotionnelles, allant facilement de l'exaltation au cynisme, passant de l'idéalisme au nihilisme au gré des changements du cœur et suivant la course des évènements : ces personnes-là sont constamment changeantes et inconstantes. Ainsi, elles sont à même de s'exalter et de percevoir des signes d'affection marqués là où en réalité il n'y a qu'un sourire de circonstance ou une marque d'amitié. 

  Cela mène à un grand danger pour la personne sensible, car elle s'abandonne dès lors à un monde de rêveries et de contemplations fantasmagoriques sans pleinement prendre la mesure de la réalité, persuadée de ces signes qu'elle interprète mal en réalité, et la chute ne saurait qu'en être plus douloureuse. Les gens sensibles ont tendance à facilement ressentir de l'amour pour d'autres personnes à partir du moment où ils croient percevoir ces signes et remarquent un intérêt marqué dans une activité ou l'autre ; en vertu de leur sensibilité et de leur capacité à percevoir ou imaginer des 'signes' cachés, ils ont généralement tendance à ne pas faire grand cas du physique mais plutôt à considérer la beauté intérieure et la capacité à comprendre leurs émotions.

  Évidemment, après un temps passé à la contemplation de douces rêveries aux allures fantomatiques, il leur vient le besoin d'apprécier la réalité de leurs impressions, et c'est là que le danger se trouve : ils peuvent mal interpréter et se croire appréciés ou aimés d'une personne qui, en réalité, ne leur voue pas de tels sentiments. Face à une telle révélation, les illusions s'estompent et la souffrance règne dans leur âme, renforçant encore davantage leur sentiment d'incompréhension et pouvant jusqu'à les pousser à l'isolement, cela étant s'ils ne se bercent pas d'illusions et de fols espoirs.

  Étant moi-même très sensible, je mets en garde contre de telles poussées de cynisme, de misanthropie et de nihilisme : rien de bon n'en ressort et l'on ne saurait qu'en ressortir amer, brisé et attristé. Aussi dur puisse le choc être, il est nécessaire de le relativiser et d'exhorter tout son esprit et toute son âme à passer à autre chose : il ne faut pas se figer dans la contemplation mélancolique d'un futur qui aurait pu avoir lieu quand il n'a plus de chances de se réaliser, il est mauvais d'espérer un retour impossible de même qu'il est néfaste de faire preuve de trop de véhémence et d'une passion trop forte : soyons modérés, calmes et n'en attendons jamais trop, car la vie est prompte à nous mener à de cruelles désillusions. 

A l'espoir déraisonné, préférons la sérénité et le contentement : efforçons-nous de relativiser chaque évènement qui nous paraît terrible : nous continuons à vivre et nul homme ne peut souffrir indéfiniment. Aussi, face à la douleur, il est naturel de brider ses émotions : si cela peut paraître bien immonde et artificiel, c'est encore le moyen de moins souffrir.

  De même, ce sont par de telles expériences et échecs que l'on se construit : des refus, même nombreux, ne sauraient vous détruire, et il est nécessaire de bien comprendre qu'une personne qu'on s'imaginait faite pour soi pourrait ne l'avoir absolument pas été, de même que l'on interprétait mal ses sentiments et actes, peut-être s'est-on trompé sur sa personne-même. Il y a une leçon à tirer de chaque échec, car "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts", disait Nietzsche. C'est par l'expérience personnelle et de telles leçons que l'on vient à progressivement augmenter ses chances, par ailleurs, et il n'y a pas à être profondément abattu par un refus, sous peine de finir sa vie à se morfondre sans jamais avoir su avancer. 

  Il y a un temps pour tout : aussi y-a-t-il un temps pour pleurer et un temps pour sécher ses larmes et avancer. Je recommande de ne pas passer trop de temps à verser des larmes sur un amour perdu ou impossible et d'aller de l'avant à nouveau le plus rapidement possible : nos vies sont courtes, il ne faut pas les gâcher par la tristesse, hâtons-nous plutôt de goûter à la joie et au bonheur, car eux aussi sont éphémères. 

mardi 7 février 2012

Apologie du libertin souffrant

Tandis que je ne parvenais pas à trouver le sommeil et que j'errais au beau milieu du château dans l'espoir que Morphée m'appelle à ses côtés, ne craignant point la froideur de la nuit en vertu de la douceur du climat sicilien en cette saison, j'en vins à entr'apercevoir mon maître à travers l'une des fenêtres, il était assis sur un banc. Une telle attitude aussi tard dans la nuit m'interloqua puisque ce n'était guère dans ses habitudes, mais c'est alors que je pus avoir un meilleur aperçu de la scène, sans me faire repérer, que je fus réellement choqué et bouleversé :  mon maître, d'ordinaire si insensible et dur, se tenait la tête entre les mains, dans un air de profond abattement et de désespoir malgré son silence, et des larmes coulaient le long de ses joues habituellement empourprées par le vin et la chaleur de son caractère.

Ah ! mais quelle vision est-ce que de voir se lamenter si pitoyablement celui qui laisse habituellement transparaître une telle assurance et qui charme si aisément toutes demoiselles ! 

Lui qui se faisait défier par les hommes courroucés de la perte de leurs promises et acceptait le duel avec un air arrogant et les flammes de la certitude brûlant à travers ses prunelles, qui eût pu deviner qu'il était intérieurement si fragile et sensible, trop sensible !

Le masque grotesque dont il s'agit, la souffrance intérieure qu'il doit en réalité cacher !

Et de le voir, ici, sanglotant en silence, lui en apparence si cruel et égoïste, posséder à la vérité un coeur aussi pur, je sentis tout le ressentiment que j'ai jamais pu lui vouer se muer en une tendre compassion et en infinie empathie, car les apparences ne sont jamais que des façades, des murs en trompe-l'oeil qui ne donnent qu'une idée inexacte d'un homme, et je comprenais à présent que celui qui agit d'une manière détestable peut tout aussi bien le faire par pure vilainie, certes, que pour cacher les blessures de son coeur, et que celui qui condamne un être aussi sensible sans connaître véritablement les profonds et intenses flux d'émotions dans son âme, c'est lui le fripon, l'insensible, le sans-coeur, le démon, jugeant les autres sans rien connaître de ce qui les agite réellement, se bornant à ses stupides préceptes et à son éthique qui prône la négation de la vie elle-même et l'étouffement de la liberté !

Mon maître connaissait le vide de l'âme, le néant intérieur de ceux qui sont agités par trop de sentiments, et il n'a jamais cherché qu'à l'éviter de manière frénétique par les moyens qui étaient à sa disposition, c'est à dire par le charme et la séduction : la compagnie des dames et le fait de gagner une damoiselle à sa cause savaient réchauffer son âme souffrante, et afin d'excuser son comportement indécent selon les normes de notre époque, il en était venu à se forger une personnalité détestable, se donner des airs arrogants, toujours afin d'éviter la souffrance !

Dans la chaleur de la couche, il cherchait à donner un sens à sa vie et à la vivre pleinement d'une manière plaisante qui savait ravir sa sensibilité exacerbée, sans se soucier des gens bien-pensants ou de ceux qui cherchent à enclaver les libertés, monstres de nihilisme qui vident l'existence de tout sens et de toute substance, faisant de l'être humain une carapace sans émotions, réglée telle une horloge morne au cliquetis infâme. De par la violence des duels, il exaltait son courage et se sentait pleinement vivre, libéré de toute emprise. 

Qu'y a-t-il de mal dans le fait de chercher la pleine liberté, d'être en quête de l'absolu ? Rien, voilà la réponse ! Le Dom n'était qu'un oiseau qui cherchait à s'échapper de la cage de la société, enfermée et enserrée qu'elle est par les barreaux de l'éthique et de la morale religieuse, faut-il le condamner pour rechercher la Beauté, certes avec zèle ?

samedi 21 janvier 2012

Ombre et lumière


« Je suis OMBRE, et ma demeure est à côté des Catacombes de Ptolémaïs, et tout près de ces sombres plaines infernales qui enserrent l’impur canal de Charon ! »
Edgar Allan Poe

 Dans la pénombre qui régnait désormais habituellement dans ma chambre, je ruminais de sombres pensées sur ma condition et mon existence depuis quelques heures déjà. J'étais assis face à mon bureau, en plein milieu de la salle caractérisée par l'absence de mobilier, plongé dans mes réflexions.

J'étais désormais condamné à la solitude, meurtri et blessé aussi bien physiquement que psychologiquement. Il ne me restait plus rien que cette austère et minuscule salle poussiéreuse. Sur le côté gauche se trouvaient quelques fenêtres brisées recouvertes par la même poussière que celle qui se trouvait partout ailleurs, et dans le coin reposait un matelas froid sur lequel j'avais pris l'habitude de passer mes nuits chargées de tremblements et rendues interminables par l'insomnie. A côté du matelas je trouvais de quoi me permettre de subsister, des vivres de mauvaise qualité et des bouteilles pleines d'une eau croupie verdâtre, à l'intérieur desquelles se formait un microcosme de diverses bactéries et champignons. Du côté droit ne se trouvait qu'une porte que je laissai toujours fermée.

Depuis ce funeste accident il y a trois mois, rien n'avait plus jamais été pareil pour moi. La nuit, je ne parvenais plus à trouver le sommeil, tout au plus passais-je parfois ces instants de repos étreint par une présence glaciale tant physique que mentale, qui inhibait mon esprit et me donnait l'impression d'être déjà mort. Le jour, je ne sortais plus de chez moi. Je n'avais plus de raison de le faire. Ma famille avait disparue et malgré le fait que j'aie survécu, mon traumatisme était tel que j'étais inapte à tout travail de quelque nature qu'il soit. Incapable de gagner le moindre revenu, j'en étais bientôt venu à perdre tout ce que je possédais jusqu'à me retrouver à vivre dans des conditions aussi misérables, constamment harcelé par le froid glacial du vent d'hiver et les chuchotements de la folie qui faisaient chavirer ma raison.

Ainsi, mon quotidien consistait désormais en une réflexion profonde sur ma vie ou ce qu'il en restait, puisque je n'avais même plus le moindre instrument de loisir ou moyen de m'occuper. Je songeais, sanglotant en silence et le cœur déchiré, aux instants de bonheur qui avaient ponctué mon existence jusqu'à ce que le destin, créature avide, envieuse et mauvaise qui se nourrit d'affliction et de peine, décide de m'ôter à jamais tout sourire et toute joie.

Ma rétrospection fut soudainement arrêtée lorsque je vis d'intenses rayons d'une lumière grise et poussiéreuse converger depuis les minces fenêtres dans ma chambre. Il en résulta une forme étrange, éclatante au point que la regarder directement plus de quelques secondes me causa une atroce douleur, semblable en certains aspects à une silhouette. Parallèlement à cela et par d'étranges effets physiques, là où la partie gauche de la salle était baignée de lumière, la porte et ce qui l'entourait étaient à peine visibles et tout ce qui n'était pas illuminé était enveloppé de minces ténèbres. Sur la porte se forma une autre silhouette, absolument noire, changeante et instable.

Le colosse de lumière entonna quelques phrases d'une voix désincarné et terne, marquée par des accents lents et empreints de lassitude, m'adjoignant de continuer à vivre et de le rejoindre pour se rendre à l'extérieur, dans un discours paradoxalement exempt de toute vie et de tout entrain.

De même, l'ombre se mit à parler, mais chuchota des paroles pleines d'émotions qui s'insinuèrent dans mon esprit et touchèrent mon âme, un désespoir parfaitement audible dans chacun de ses mots. L'effet que son discours eut sur moi fut d'autant plus renforcé que je pus déterminer dans cette voix mille accents distincts dont certains appartenaient, j'en étais persuadé, à d'anciennes connaissances, amis, amours disparus. J'entendis même pendant quelques minutes ma femme et ma famille, et réentendre ces voix provoqua un tel bouleversement dans mon cœur que je faillis défaillir et ne pus m'empêcher de pleurer de joie en les entendant dire que je leur manquais terriblement et qu'elles brûlaient de me revoir.

L'ombre, ou plutôt les ombres, puisque dans mon esprit chaque plainte incarnait un autre aspect de cette étrange entité, me sommaient de venir à leur côté afin d'enfin pouvoir les rejoindre dans un endroit qu'ils nommaient "l'autre côté" et abandonner toute l'affliction qui me rongeait depuis tant de jours. Je n'eus pas grande illusion sur la réalité de ce que cela impliquait et j'en vins à me maudire de ne pas avoir songé à me libérer de mes malheurs avant ce jour.

La lumière et l'ombre continuèrent à déclamer pour leur cause mais je n'eus pas longtemps à réfléchir pour me décider quant à qui rejoindre. Je traversai la pièce en évitant le colosse lumineux et m'emparai de rideaux que j'appliquais aux fenêtres. A chaque fenêtre à travers laquelle ne filtrait plus le moindre rayon de cette hideuse lumière, le colosse faiblissait, sa voix devenant de plus en plus inhumaine et son apparence plus morne, tandis que l'ombre gagnait en espace et se faisait plus pressante.

Lorsque toutes les fenêtres furent bouchées, le colosse disparut totalement et l'ombre emplit toute la pièce. J'avançai à travers l'obscurité désormais totale, écartant les bras afin de mieux embrasser les ténèbres qui m'étreignaient. Au bout de quelques instants, l'onde glacée sonda les profondeurs de mon âme et je me sentis défaillir, le sourire aux lèvres.

jeudi 19 janvier 2012

De la liberté bafouée

Les premières mesures évidentes du Nouvel Ordre Mondial pour brider la liberté et maintenir un contrôle total des individus viennent d'éclater au grand jour. La fin programmée de toute liberté vient de débuter en ce jour, ce funeste jeudi 19 janvier 2012 : en parallèle aux votes des lois SOPA et PIPA qui visent à étouffer toute la liberté que procure Internet, ce qui effraie bien évidemment les puissants et autres oligarques dont le but est notre asservissement, le gouvernement américain et le FBI viennent de fermer les principaux sites de téléchargement via DDL et de streaming que sont Megaupload.com et Megavideo.com, il y a moins d'une heure. Compte tenu des deux projets de lois précédemment cités et d'autres mesures déjà existantes, comme en France avec cette loi pitoyable qu'est Hadopi, ce n'est là que le début de leurs plans.

Nos vies actuelles sont étroitement liées à Internet. Nous vivons aujourd'hui dans un monde moderne, technologique et informatisé. La liberté véritable n'existe plus que sur Internet, du moins c'était le cas jusqu'à aujourd'hui. Si Internet lui-même est maintenu sous le joug des maîtres du monde,  c'est là la véritable mort de ce splendide idéal qu'est la Liberté, une valeur pourtant fondamentale à l'humanité.

Fait amusant : le procédé utilisé par les Etats-Unis pour censurer MegaUpload et MegaVideo, le blocage DNS, procédure controversée et violente, est le même que celui dont usent l'Irak et la Chine afin de limiter les accès à certains sites. Sous couvert de libéralisme et d'inégalités sociales énormes, force est de constater que l'Amérique est bien aussi totalitaire que Mao et ses partisans. 

Nos temps sont décadents, nous vivons une période de régression sociale et culturelle profonde qu'accélèrent les mesures que prennent les oligarques. Abêtir le peuple afin de rester au pouvoir et de continuer à dominer le monde, voilà ce à quoi la plupart des gouvernements tendent aujourd'hui. De même, bien qu'on clame le contraire, nous ne sommes plus libres, et si nous le sommes, ce n'est maintenant plus encore pour très longtemps à moins que nous réagissions.

Mais heureusement, rares sont ceux qui parmi nous se laissent avoir par ces fadaises que déblatèrent les politiques et économistes sur la nécessité de stopper le piratage. Grands dieux, même les artistes se faisant pirater sont contre ces lois qui s'opposent à tout droit humain ! L'union face au NWO et à sa politique n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui. Ce que le gouvernement américain a fait en ce jour n'est jamais que prouver que les théories du complot sont dans le vrai. C'est une terrible vérité, mais nos gouvernements n'ont toujours cherché qu'à exercer un contrôle total sur nous dans le but de conserver le pouvoir et de se gaver de richesses.  Toutes les politiques vont dans ce sens, le plus souvent implicitement, bien évidemment. Ce que l'on clame être pour le bien public, c'est ce qui fait en réalité la fortune de quelques riches multimilliardaires, ministres et autres présidents directeurs généraux !

En effet, des lois telles que SOPA, PIPA ou Hadopi ne sont même pas là simplement des tentatives de récupérer de l'argent supposément perdu en grandes quantités, bien que quelle que soit sa provenance l'Etat le dilapide rapidement pour des intérêts futiles et ne servant non pas le peuple mais les puissants ; non, le fait est que ces lois sont en effet de véritables atteintes à toute notion de liberté, la pseudo-perte d'argent n'étant rien de plus qu'un prétexte !  

Cependant, là, fou est celui qui nie que les gouvernements ne veillent pas à notre bien, car là où toutes les autres mesures prises par ces conseils secrets et ces alliances de puissants aux machinations sophistiquées, ces êtres abjects qui forment ce que l'on nomme le Nouvel Ordre Mondial (ou NWO, New World Order), toutes ces mesures ayant été effectuées de manière implicite et camouflées en autres choses voire laissées dans le plus grand secret (quid de la vérité sur le 11/09, si ce n'est là qu'un infâme plan fomenté pour provoquer la guerre en Irak et mettre main basse sur ses ressources en or noir ?), nous avons là véritablement le premier assaut direct et brutal contre la liberté.

Si aujourd'hui MegaUpload ferme, qu'en sera-t-il demain de RapidShare, MediaFire, FileSonic et autres sites permettant le partage communautaire ? Et une fois ce pseudo-piratage éradiqué, qu'est-ce qui les empêchera de censurer d'autres sites supposés contestataires ? Rien ne sépare le petit pas du grand voyage, si ce n'est le temps pour l'effectuer, et celui-ci n'est jamais qu'une suite de petits pas effectués progressivement.

Ainsi, si nous cédons du terrain aujourd'hui, nous sommes perdus. Autant nous avouer vaincus directement, autant accepter nos vies de servitude camouflée et se préparer à vivre des heures sombres si nous ne combattons pas. Une guerre pour la liberté est sur le point de s'engager. Elle a en réalité déjà commencé. Il n'appartient qu'à nous de la remporter et de faire triompher nos nobles idéaux sur les projets gangrenés des oligarques corrompus. 

Nul ne peut tenter d'assassiner la liberté impunément. Nul ne saurait jamais le faire. Quiconque se frotte à un tel projet doit se préparer à subir une révolution internationale et à essuyer les plus violents assauts qui soient. Si certains restent endoctrinés, la majorité est bien consciente que sa liberté est son bien le plus fondamental : c'est ce qui permet à l'individu de s'exprimer et de s'épanouir, de se former et même tout simplement d'exister. 

Cette action des États-Unis est un coup de poignard à tous les hommes politiques et aux intellectuels engagés ; enfin, à tous les Hommes libres ! Supposément le premier d'une longue série, il est de notre devoir de protéger notre individualité et notre liberté en désarmant l'adversaire.

C'est précisément ce que font les groupes actuellement en guerre, fiers combattants de la Liberté face aux oppresseurs qui tentent de nous déposséder de tous nos droits et de notre condition même. Ceux-là, on les connaît, ce sont Anonymous et d'autres activistes connus pour leurs opérations contre tout ordre qui cherche à faire de l'humanité son esclave servile. A l'heure où j'écris ces lignes, le site d'Universal Music et celui de la justice américaine ont été les cibles de leurs assauts informatiques.


La guerre pour la liberté commence. Le combat doit continuer ! Il faut se battre pour préserver nos droits face à ceux qui tentent de les détruire, par quelque moyen que ce soit. Celui qui n'est pas pirate informatique, qu'il manifeste, qu'il s'oppose à ces lois liberticides et à ces mesures qui ne sont que des démonstrations d'esbroufe censées nous impressionner, nous intimider, créer un climat de terreur. Lors d'une révolte, c'est la somme des actions des révolutionnaires et dissidents qui mène à l'échec ou à la victoire : que l'on s'oppose à ces mesures par la plume, par la parole, par les armes ou simplement en relayant des informations, tout est acte de dissidence et tout est appréciable.


Mais enfin ! Que sont ces pathétiques financiers et hommes d'Etat face à la révolte de toute l'humanité ? Qu'importe leur puissance, l'humanité ne saurait jamais être asservie tant qu'un homme sera debout pour protéger ses droits et s'opposer aux esclavagistes ! Nous sommes Légion, ils ne sont rien face à la force des peuples, montrons-leur que nous ne pouvons être vaincus !