jeudi 5 janvier 2012

Otherland





Otherland (ou Autremonde en français) est une saga de science-fiction (plus précisément appartenant au sous-genre du cyberpunk) écrite par Tad Williams (qui est également un auteur de fantasy, ayant fortement influencé Christopher Paolini, le créateur du cycle d'Eragon), de 1996 à 2001. Composée de 4 tomes en anglais (City of Golden Shadow, River of Blue Fire, Mountain of Black Glass et Sea of Silver Light), ceux-ci sont divisés en deux lors de la traduction française, pour un total de huit tomes (Autremonde, L'ombre de la cité d'or, Le fleuve entre les mondes, Les voiles d'illusion, Les exilés du rêve, La montagne de l'éternité, Le Chant des Spectres, Les Dieux de Lumière) pour former une série au total longue de plus de 2000 pages. La traduction française est de très bonne facture, malgré quelques rares anomalies et hésitations du traducteur et quelques très rares coquilles, mais ça n'a rien d'étrange compte tenu de la taille de la série. 

Otherland se passe au XXIIe siècle, dans un monde où la réalité virtuelle est absolument omniprésente et dans un contexte clairement dystopique. Pour citer la quatrième de couverture : "La réalité virtuelle s'est étendue à toute la vie sociale : elle n'a plus d'autres frontières que les limites de l'imagination de chacun. Une liberté absolue grâce à deux générations de brillants cerveaux et à des investissements fabuleux ! Mais aussi un contrôle absolu des individus par les hommes qui détiennent le pouvoir, unis dans la machiavélique Confrérie du Graal. Une utopie totalitaire. Une effroyable conspiration, fomentée par les hommes les plus puissants de la planète, menace cet univers trop lisse où tous les rêves se réalisent. En apparence ... Rares sont ceux qui ont compris cette machination diabolique. Plus rares sont encore ceux qui sont prêts à lui livrer bataille : une enseignante, un bushman, un amnésique, un ado et un vieillard se lancent à la poursuite d'une mystérieuse cité d'or ..."


Le premier des huit tomes se charge principalement d'expliquer comment fonctionne le réseau basé sur la réalité virtuelle, une sorte d'immense avancée d'Internet dans laquelle on peut s'immerger comme si l'on y vivait. La Réalité Virtuelle, ou RèV, se base sur un système de simulations qui peuvent être aussi variées que l'imagination humaine le permet, mais la connexion au réseau est payante pour l'immense majorité des simulations et le sentiment de réalisme n'est pas aussi prononcé que la réalité elle-même. La RèV s'oppose à la VTJ, la Vie de Tous les Jours qui perd de son attrait face à l'exploration de l'imagination même. Deux types d'êtres existent en RèV : les Citoyens, les humains normaux, et les Marionnettes, c'est à dire les PNJs, de simples lignes de code chargées de réagir selon des algorithmes plus ou moins complexes. Chaque Citoyen se matérialise dans une simulation sous la forme d'un Simulacre, ou plus simplement simul, qu'il peut customiser en fonction de ses moyens financiers. Ainsi, les riches et les bourgeois manifestent leur puissance financière en se créant des simuls très complexes, impressionnants ou improbables, tandis que ceux ayant moins de moyens ont bien moins de possibilités. Je dirais bien que les 3/4 de la saga se déroulent en RèV et plus particulièrement à l'intérieur du mystérieux réseau Autremonde, terrain de jeu de la Confrérie du Graal à la complexité et au réalisme inconcevables. La diversité des simulations fait que les romans offrent des environnements variés et des situations tout aussi variées. On notera de nombreuses références à la littérature, en particulier britannique, que ce soit au Magicien d'Oz, au Seigneur des Anneaux, à Alice de l'autre côté du miroir, à La Guerre des Mondes, etc.


C'est donc dans ce contexte que Renie Sulaweyo, professeure de réseau chargée d'apprendre les subtilités de la réalité virtuelle dans une école de Durban, fait la connaissance de !Xabbu, un jeune Bushman (ou Bochiman ou encore San, membre d'une population d'Afrique australe qui vit principalement dans le désert du Kalahari) perspicace et plein de la sagesse des mythes de son peuple, souhaitant être initié à l'utilisation de la réalité virtuelle. Des milliers de kilomètres plus loin, en Amérique, un adolescent du nom d'Orlando Gardiner passe tout son temps dans le Pays du Milieu, une simulation tolkien-esque conçue comme une sorte de très grande avancée dans le domaine des MMORPGs, sous les traits de Thargor, un guerrier surpuissant devenu une légende dans son monde. Dans une base militaire, un étrange vieillard demande l'aide d'une fillette du nom de Christabel Sorensen ... Dans un contexte radicalement différent, un homme du nom de Paul Jonas tente désespérément de survivre en plein milieu de la Première Guerre Mondiale et finit par grimper en haut d'un arbre qui mène jusqu'aux cieux, pour se retrouver dans un étrange château et rencontrer une femme oiseau qui lui tient des propos énigmatiques.


Il ne s'agit là cependant que d'un très petit nombre de protagonistes même s'ils sont les plus importants, car leur nombre grandira au fur et à mesure de l'avancement de l'intrigue, qui se révèle absolument excellente et gagne sans cesse en complexité. Chaque chapitre commence par les Inforésos, l'équivalent de nos journaux télévisés, qui s'ils n'ont la plupart du temps rien à voir avec l'intrigue en elle-même, apportent un peu de profondeur à l'univers des romans de Tad Williams, ce qui est appréciable car les passages détaillant le monde lui-même dans la VTJ ne sont que trop rares et ils sont pour le moins pessimistes. Le contenu de chaque chapitre en lui-même est le point de vue d'un personnage, à la 3ème personne cependant, bien que pour un personnage en particulier la narration soit à la 1ère personne du singulier ou la 1ère du pluriel, pour des raisons liées au personnage. Certains chapitres sont par ailleurs composés de plusieurs points de vue, soit car les personnages en question sont secondaires et qu'un seul point de vue ne ferait qu'un maigre chapitre, soit pour renforcer l'intensité des évènements tandis qu'on voit clairement que des évènements sont parallèles à deux personnages et qu'ils le vivent de deux manières différentes. Certains points de vue sont ceux des antagonistes, comme les membres de la Confrérie du Graal dont on découvre les sombres projets ... ou encore de Terreur, l'assassin à la solde d'Osiris, le fondateur et le membre le plus puissant de la Confrérie. Les chapitres finissent d'ailleurs souvent par des cliffhangers, donnant terriblement envie de connaitre la suite. L'alternance des points de vue est cyclique et la plupart du temps suit un rythme plus ou moins défini.


Le nombre des personnages est au total faramineux et chacun a son importance, au moins ne serait-ce qu'à un seul point de l'histoire. Retirez-en un seul et plus rien n'est pareil. Le plus intéressant est encore que chaque personnage est lié à un ou plusieurs autres, ce qui fait qu'au final on peut dessiner un gigantesque schéma et relier par divers liens chaque personnage à d'autres, les liant même aux antagonistes. Il est très intéressant de voir un personnage en croiser un autre dans un contexte que l'on aurait pas imaginé, parfois même seulement très brièvement mais cela donne l'impression très juste que "le monde est petit", comme on dit. Les personnages en eux-mêmes sont très développés et ces développements ne cessent de devenir meilleurs jusqu'à la fin, chacun ayant sa raison d'agir comme il le fait, ses motivations, son passé, ses espoirs, ses amis, sa famille, ses doutes ... Quasiment chaque personnage a ses révélations, parfois extrêmement surprenantes.


Pour finir, je dois dire que j'ai eu quelques appréhensions jusqu'à la toute fin concernant certains points, pour finalement découvrir que la fin est extrêmement satisfaisante et que mon seul regret est d'avoir fini de lire cette saga, très certainement la meilleure série que j'aie jamais lu. Il est par ailleurs outrageant qu'Otherland ne soit pas plus connu, surtout en France. De mon point de vue, si vous n'aviez qu'une seule chose à lire, ce serait cette série. Ne vous laissez pas effrayer par la longueur, elle est nécessaire pour mener jusqu'au bout une telle saga et tout développer. Je l'ai personnellement découvert grâce à cette chanson de Blind Guardian, excellent groupe soit dit en passant. Et notons enfin qu'un MMORPG sur l'univers d'Otherland est prévu. Maintenant, si vous avez lu ceci jusqu'au bout, vous savez ce que je vous recommande de lire le plus tôt possible et je peux vous promettre que vous ne serez pas déçu.

lundi 2 janvier 2012

Cela est bien, mais il nous faut cultiver notre jardin.

« Pangloss disait quelquefois à Candide : “Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de mademoiselle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches.
– Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.” » 

Telle est la fin de Candide ou l'Optimisme. Je n'en suis qu'à ma première lecture de l’œuvre mais j'en suis pleinement imprégné, œuvre qui plus est fascinante et riche d'apprentissage s'il en est une, écrite dans le style le plus simple afin de mieux suggérer les réflexions les plus profondes.

De cette fin, de cette véritable morale, je tire deux ou trois principales interprétations, une littérale et les autres plus figurées. 

L'interprétation vraiment littérale s'inscrit dans le contexte de la fin de l’œuvre.  Candide et ses compagnons d'infortune, après avoir souffert tous les maux imaginables et voyagé aux confins du monde, pour le meilleur mais surtout pour le pire, décident finalement de mener une vie simple au sein d'une ferme, exempte de réflexion philosophique dont Pangloss est friand ou d'un constant constat de la déchéance du monde qui est là la caractéristique de Martin. A ce sujet, la morale serait plutôt que la réflexion trop profonde empêche de trouver le bonheur puisqu'on se retrouve à débattre de questions métaphysiques n'ayant aucune réponse figée. 

C'est de là que vient la réaction du sage musulman, qui, devant les présomptions de Candide et de Pangloss de débattre de principes tels que ceux énoncés dans la Théodicée de Leibniz et de sujets tels que l'âme, ne fait que les mettre face à leur propre égarement en leur fermant la porte au nez. Il est des questions dont débattre est inutile et cela ne peut mener qu'à la frustration de l'esprit et de l'âme. 

Un homme fort simple, peu au courant des choses de son temps, ne s'occupant qu'avec ses enfants de ses terres, se retrouve à être bien plus heureux que Candide, Pangloss et tous les savants de la terre qui s'interrogent sur le monde. On retrouve une telle vision des choses dans l'Histoire d'un bon bramin, autre petit conte philosophique de Voltaire. 

Face à des questions qui peuvent paraître absurdes et alambiquées et ne peuvent qu'à la frustration conduire, le travail manuel et la culture du jardin occupent l'esprit et l'éloignent des maux qui peuvent affecter les philosophes et gens d'esprit. "Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin."  En effet, l'homme qui travaille la terre et vit de ses propres produits par ses propres moyens, ressentant la satisfaction du travail accompli et disposant d'un cadre chaleureux et familial, celui-là, pourvu qu'on le laisse en paix et qu'on ne le saigne pas alors qu'il s'agit du plus innocent des hommes, celui-là est le plus heureux des hommes, fût-il le plus ignorant. 

C'est là une première interprétation de la morale de Candide, mais considérant le fait que Voltaire soit un philosophe des Lumières et qu'il tient tout de même en considération la culture de l'esprit, je doute qu'il puisse être entièrement en accord avec une philosophie à certains égards si nihiliste et si proche d'une sorte de primitivisme. Bien qu'une société où les hommes courent les forêts en quête d'amour ainsi que se le représentait métaphoriquement Werther mourant du besoin de sa Charlotte ; sans se livrer de guerres et ne vivant que des fruits de la Nature soit plus enviable à notre monde actuel, je suis d'avis que la culture et l'esprit sont une bonne chose. Ce qui ne l'est pas, c'est la corruption humaine qui tend depuis toujours à avilir l'humanité. 

C'est ainsi que vient la seconde interprétation, légère variation de la première, faisant quant à elle l'éloge de la culture, et selon moi le véritable message de Voltaire. L'abandon primitif de toute culture ne saurait être bénéfique à l'humanité sans qu'il fût consenti par l'intégralité de notre espèce ; dans le cas contraire nous serions tout à fait manipulables et à même d'être soumis au joug de quelque tyran ou État totalitaire. 

Ainsi, je suppose que la culture du jardin soit davantage une métaphore de la culture de l'esprit qu'une culture physique de la terre. Cela fait bien entendu écho à la fin de Claude Gueux de Victor Hugo, quelques temps plus tard : "Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper." 

Le message de Voltaire serait ainsi plutôt celui-ci : il s'agit non pas de renoncer à toute culture mais plutôt d'élever la culture de l'humanité plutôt que de vivre dans l'oisiveté et d'en souffrir comme Pococurante le faisait. De même, mener des réflexions sans intérêt sur des principes philosophiques complexes voire absurdes et n'ayant pas cours dans la réalité, comme la philosophie leibnizienne entre autres, mène à la souffrance. Au contraire, afin d'éviter la souffrance de l'oisiveté ou de la réflexion inutile, il convient de forger son esprit et son âme par l'étude et l'érudition, par la détention du savoir et de la connaissance, afin de forger un monde meilleur et d'en détenir la véritable sagesse et d'avoir une vision plus juste des choses, à même de faire avancer les choses. Cela recoupe tout à fait le message des philosophes des Lumières. Et bien que ce furent là des pensées du XVIIIe siècle, je suis d'avis que ce message n'a jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui, en des temps où la culture semble davantage régresser que progresser. 

Mais encore, le jardin pourrait tout simplement être une métaphore du monde : ainsi, cultiver notre jardin, le jardin collectif, reviendrait à améliorer l'état du monde. Il s'agit de passer des réflexions théoriques sur l'existence du mal et du bien à une action promulguant ce bien.

Cultiver nos jardins, voilà ce que nous devons faire. 

dimanche 1 janvier 2012

Un appel aux lecteurs

Il est un sentiment qui règne en mon âme au caractère d'ordinaire si volatil et changeant, et il s'agit d'un véritable besoin d'écrire et d'une frustration qui découle de ce besoin. 

La jeunesse est l'un des traits qui me caractérisent mais je ressens cependant cette impression d'avoir des pensées, des idées, des concepts, une vision des choses et des états d'âme à dévoiler au monde, et en cela un besoin de les exposer par écrit avec une certaine hâte afin de sortir de l'ombre dans laquelle je me tapis depuis si longtemps. Les points de vue sur divers sujets et les idées de nouvelles et de romans que je rumine depuis des années, les accumulant au point d'avoir matière à écrire pour encore bien longtemps me paraissent nécessaires à être développées et rédigées. Il s'agit notamment de laisser une empreinte sur le monde, une trace de mon existence, sujet que j'ai déjà dû développer précédemment.

Les idées me viennent continuellement sans que je trouve la motivation de détailler ma pensée outre que par quelques notes nerveusement griffonnées sur un carnet, d'où provient chaque chose que j'ai jamais écrite. Il s'agit là d'un remarquable paradoxe, puisque là où je ressens ce puissant besoin d'écrire et d'exposer mon âme, l'indécision et le manque de retours réduisent ma motivation et ma volonté. A cet égard, je suis convaincu que disposer d'avis clairs et nets, certainement construits et développés, fussent-ils critiques ou flatteurs, ne ferait que me permettre de mettre en place un certain rythme de production littéraire, sans qu'il fut particulièrement effréné.

Hélas, en la demeure, je me retrouve présentement sans disposer d'autres choses que quelques avis que des connaissances et amis veulent bien me donner, et je soupçonne que leur proximité avec ma personne entache leur objectivité et leur sens critique. Curieusement, l'idéal dont j'aurais besoin de disposer serait un afflux de lecteurs n'ayant la moindre idée de mon identité et de ma personnalité, aux yeux desquels je ne serais qu'un ambitieux inconnu. Dans la mesure où un flux de telles personnes ne saurait, je le pense, être continu pendant une longue période et puisque je doute que pareille chose arrive, il me reste cependant à demander à mes rares lecteurs de bien vouloir me rédiger leur avis ou de m'en faire part d'une quelconque manière dès lors que j'en viens à les croiser.

Et là encore, il ne s'agit pas de faire preuve de manichéisme en qualifiant mes rares créations littéraires de 'bonnes' ou de 'mauvaises', de tels qualificatifs étant inutiles dans une optique d'amélioration de l'écrit. Ils ne sont bons qu'à flatter l'ego, et un ego trop démesuré n'est jamais bon de quelque manière que ce soit.  Non, en cela je préférerais simplement qu'on m'énonçât les points forts ainsi que les points faibles de mes écrits, sans même qu'on ressente le besoin de juger la qualité de l'écrit elle-même. Faîtes-le bien évidemment si cela vous chante, mais ne faîtes pas que cela, de tels avis si brefs et tranchés ne sont pas de la moindre aide.

En revanche, une chose en laquelle je ne vois pas la moindre objection est la diffusion de mes écrits et j'entends par là le fait de montrer ce blog (Dieu, ce qualificatif m'irrite) à vos connaissances et proches, me connaissent-ils d'une quelconque manière ou non. Le fait de ne pas me connaître serait sans doute encore meilleur, à vrai dire.

Ainsi, si vous souhaitez me voir écrire davantage et lire mes écrits, je vous prierais de bien vouloir contribuer à mon amélioration de par la rédaction et l'émission de quelque avis construit quant à mes œuvres. Si possible par ailleurs, que cet avis soit spécifique à chaque écrit et non pas global quant à l'intégralité de ce qui est publié ici. Je vous en saurai gré.

A cet égard, usez de la fonction spécifique aux commentaires, à moins que pour une raison ou pour une autre vous souhaitiez me contacter directement, auquel cas je vous redirige vers l'adresse mail suivante :

geddoe@hotmail.fr


Quoi qu'il en soit, sachez qu'il est tout particulièrement important à mes yeux d'avoir des avis. Je peux constater de rares flux de visiteurs de diverses régions du globe, causés par les aléas de l'archivage des moteurs de recherche et de la redirection automatique de certains services répertoriant les blogs. Je remarque cependant que des gens vont délibérément sur mon blog en le recherchant sur Internet et que ceux-ci proviennent principalement de France, je peux constater leurs accès et suivre les statistiques relatives à ces faits. Mais qu'il est frustrant de voir qu'aucun d'entre eux ne songe à laisser le moindre commentaire qui soit ! Ayez un peu de compassion à l'égard de mon art et commentez-le, dussiez-vous le critiquer férocement ou argumenter avec raison. Qu'importe, mais commentez au moins, s'il vous plaît.

vendredi 30 décembre 2011

De la décadence morale, culturelle et artistique

Il est un fait qui caractérise notre siècle plus qu'un autre : après que nous soyons sortis d'un âge de ténèbres et que nous ayons revisité notre héritage antique sous la Renaissance, nous nous trouvons désormais dans un âge caractérisé par l'ignorance et une décadence des mœurs telle qu'elle ne dispose même pas de la beauté et de l'extase des sens qui est le propre de l'hédonisme, qui bien que je la considère comme une doctrine avilissante, se révèle encore bien plus sophistiquée et raffinée que la débauche immorale et obscène de plus en plus présente au fil des générations en nos temps.

Notre époque n'est même plus caractérisée par de simples plaisirs libertins pratiqués dans une certaine élégance mais par une véritable dépravation jusque là rarement connue, tandis que les artifices intellectuels et artistiques qu'elle produit sont loin d'équivaloir la qualité et la beauté des génies des siècles passés. Le véritable amour est en exempt.

Prenons l'exemple de la musique. Évidemment, il existe toujours de grands orchestres et l'on joue toujours des symphonies de Beethoven, des œuvres de Wagner, Mozart, Chopin ou Bach, pour ne citer qu'eux. De même, et bien heureusement, la poésie existe toujours et l'humanité n'a pas encore perdu le sens de la beauté des choses, sans quoi nous serions bien damnés. Non, en effet, la splendeur musicale existe toujours et des génies de l'harmonie sonore savent encore recréer ce sentiment et cette majesté qui caractérise les œuvres des grands compositeurs et qui émeut l'âme. Là n'est pas la question, mais le fait est que de telles créations sont noyées dans la masse de pseudo-créations insipides et sans âmes qui sont pourtant si populaires de nos jours. Nous vivons une sombre époque où les génies demeurent majoritairement dans l'ombre tandis que brillent les adeptes d'une poésie hideuse et fade, quand du moins l'on peut nommer cela de la poésie, compte tenu du fait qu'il s'agit encore souvent d'une prose insensée. C'est un triste fait, mais la musique, qui existe depuis l'aube des temps et est un instrument sacré pour l'élévation de l'esprit et de l'âme, subit elle-même cette déchéance et flétrit de par la recrudescence de pseudo-musiciens sans talent qui ne font que déprécier leur art.

Concernant le cinéma, on peut là aussi noter un soudain engouement pour des films creux et sans message, sans style propre, sans âme, sans symbolisme ou même intérêt que ce soit, bien des films n'étant qu'une infâme poudre qu'on vous jette aux yeux, des images stupides défilant à toute allure sur un écran, mettant en scène une intrigue pitoyable écrite sur un post-it une après-midi pluvieuse. Là encore, l'espoir existe toujours et de nombreux réalisateurs excellent dans leur art avec cette fois très souvent le succès qu'ils méritent, mais j'en viens à me demander si l'on reverra un jour un Kubrick ou un Hitchcock. 

 La littérature est peut-être l'art le moins touché par cette décadence puisqu'il existe encore bien des romanciers, essayistes, philosophes et autres nouvellistes n'ayant point renoncé à l'art de l'écriture. On remarque là aussi néanmoins l'apparition, notamment dans le genre romanesque, d’œuvres ridicules élevées au rang de chefs d’œuvre, le même genre de créations littéraires qu'on porte ensuite sur le grand écran et qui rencontrent encore le même succès effronté qui n'a pas raison d'être, sinon qu'il fût bien plus modéré au regard de la qualité de l’œuvre. 

La peinture est un art fortement touché par cette popularisation de l'art, qui d'une certaine manière l'abâtardit. Nous sommes passés de courants artistiques aux productions sublimes, comme l'Impressionnisme, l'Expressionnisme, même le Cubisme et le Fauvisme, tiens, avec des noms aussi éternels que Rembrandt, Renoir, Cézanne, Delacroix, Picasso, Monet, Manet ... à des productions dénuées de toute beauté, que l'on nomme Art Abstrait. Enfin, il est tellement abstrait qu'il n'a plus rien d'artistique dans la majorité des cas. Certains peintres comme Kandinsky ont su faire de l'art abstrait intéressant, des créations légèrement surréalistes sans rien avoir d'un Dali pour autant, mais tant de ces toiles ne sont que des assemblages difformes de formes géométriques colorées et de lignes, comme si les mathématiciens s'essayaient à la peinture. J'ignore ce qu'il en est, et comment on peut considérer cela de l'art, mais je sais que cela me paraît bien laid et sans chaleur, du pseudo-art qui n'a rien de Beau, au point que quiconque barbouillant hasardeusement sa toile dans un état confus d'ébriété peut désormais s'auto-proclamer artiste et être considéré comme tel par les masses et les pseudo-critiques.

Et ironiquement, tandis que l'on élève en génies des personnes sans talent, nous oublions de contempler les créations du passé, alors que c'est bien dans le passé que l'on puise l'inspiration pour modeler l'avenir. Ce n'est pas un hasard si les plus grands génies des arts avaient pour la plupart une grande connaissance des auteurs antiques et une érudition remarquable : il n'y a que par la connaissance des œuvres passées de son art que l'on peut tirer de quoi briller réellement et avec tout le mérite dû. Rares sont les exceptions, les personnes capables de briller par leur talent sans avoir eu le loisir d'étudier leurs prédécesseurs, bien qu'ils existent bel et bien et qu'ils soient souvent les grands précurseurs d'une évolution majeure. Et qui plus est, si de telles personnes déjà remarquables de par leur simple esprit parviennent à tirer le meilleur de leurs études, nous obtenons là des gens exceptionnels qui brillent tels des flambeaux, des exemples qui éclairent leurs siècles. 

Enfin, le talent dans l'art est sans doute inné : n'est pas écrivain ou musicien doué qui veut, la pratique aidant simplement à forger ce talent déjà préexistant. Néanmoins, nos temps font que bien des gens ne disposant pas de ce talent inné s'essaient aux arts. S'il n'est rien de mauvais en soi en cela, bien entendu, cela pose néanmoins le problème du surplus d'informations. Les génies et gens talentueux finissent noyés dans cette masse de gens communs. De même, puisqu'une certaine part de l'humanité a perdu le goût de la littérature, de l'érudition et de la connaissance, c'est à travers notre ignorance que nous élevons en chefs d’œuvre des gens ne le méritant en réalité pas : ne connaissant que trop mal notre passé artistique, nous vénérons ce que nous connaissons le mieux, c'est à dire une époque moderne caractérisée principalement par cette médiocrité commune, d'où des standards de qualité remarquablement bas. 

Pour remédier à cela et redonner aux arts leur splendeur, il est sans doute nécessaire de passer par une éducation efficace et profonde par l'étude des écrits anciens. De même que les Lumières ont éclairé un Moyen-Âge décadent et que la Renaissance a redonné le goût pour l'Antiquité, il est de notre devoir de promouvoir la connaissance et l'érudition afin que nous nous échappions de la pauvreté artistique et culturelle dans laquelle nous ne faisons que nous enfoncer. La constatation de cet état de fait est très simple : étudiez les romans les plus vendus, en particulier ceux dédiés à la jeunesse, et comparez-les à leurs modèles plus anciens, ceux dont ils inspirent vaguement parfois même sans le savoir ; de même, écoutez les chansons et autres musiques de notre époque les plus populaires : il est rare qu'il s'agisse de chefs d’œuvre, et en réalité ils témoignent encore là de cette insipidité que nous devrions exécrer et que pourtant nous idolâtrons.

mercredi 28 décembre 2011

La Chute (en cours d'écriture)

Voilà un nouveau début de roman, que j'espère cette fois peut-être finir. Quelques éléments sont sans doute propices au changement et je ne suis pas pleinement satisfait, mais pour l'heure, je le poste tel quel, la fatigue ne me permettant pas d'être un bon juge.

La Chute

Il était assis face à son bureau, le visage éclairé par les lueurs mourantes d'un cierge, réfléchissant déjà depuis plusieurs heures. Il s'agissait d'une habitude ancrée depuis de si nombreuses années qu'il ne pourrait plus jamais s'en défaire et qu'il ne comptait pas d'ailleurs abandonner, en sa qualité d'écrivain, bien qu'il peina à trouver quelque idée depuis quelques temps. Ah, les nombreuses heures qui passèrent déjà sans qu'il n'obtint de ses réflexions autre chose que des feuilles froissées et un grand mécontentement ! Cette nuit ne serait pas différente des autres, cela il pouvait le sentir. Quelques concepts et idées lui étaient bien venus, mais il ne parvenait pas à les exprimer comme il le voulait, le laissant empreint d'un grand sentiment de frustration.

Cet homme, c'était Léon Wojzac, un auteur autrefois célèbre et mondialement reconnu. Enfant lors de la Seconde Guerre Mondiale, il était un rescapé de l'Insurrection de Varsovie au cours de laquelle ses parents avaient trouvé la mort. Immigré polonais résidant en France, il avait connu le succès après avoir publié son autobiographie dans laquelle il détaillait tout particulièrement le combat de ses parents face à l'horreur du stalinisme et sa vie dans la France d'après-guerre, au milieu d'un pays meurtri et en ruines. Sa soudaine ascension sur le devant de la scène sociale l'avait amené à une vie plus qu'aisée où les soirées mondaines étaient monnaie courante. On trouvait parfois le succès grâce à un seul ouvrage. C'est à l'occasion de l'une d'entre elles qu'il rencontra sa future femme, Eva Collins, la rédactrice en chef d'un grand journal parisien.

Durant cette période, il ne cessa d'écrire, ou du moins de tenter d'écrire, car l'inspiration semblait l'avoir abandonnée après un temps. Il parvint encore à publier un essai et un roman, mais ceux-ci reçurent des critiques pour le moins mitigées et le succès semblait s'en aller. Sa femme, qui s'intéressait en réalité plus à son argent et à sa réputation qu'à sa personne, voyant que sa popularité déclinait, eut bien tôt fait de divorcer après quelques années de mariage, l'abandonnant seul à l'amère contemplation de sa chute. Il lui semblait avoir été abandonné de tous et il ne faisait que devenir de plus en plus aigri en essayant en vain de produire quelque chose de valable, et ce depuis désormais de nombreuses années.

Aux yeux du monde, Léon Wojzac n'était rien de plus qu'un vieil écrivain ayant connu un simple succès éphémère et ayant désormais pour seul loisir le fait de songer à ses années passées, le coeur lourd.

Ce soir-là, cependant, tard dans la nuit, après des heures passées à ruminer son passé tout en tentant désespérément de trouver un sujet, il lui semblait avoir enfin une véritable idée, pour la première fois depuis des années. Il se mit à écrire frénétiquement, couchant ses idées sur le papier tandis qu'elles semblaient se déverser d'elles-mêmes de son stylo. Après tant de temps passé à l'inaction, il se dit qu'il se relirait plus tard et qu'il ne fallait pas laisser disparaître cette soudaine inspiration. Il continua d'écrire pendant quelques heures jusqu'à obtenir une dizaine de pages et un début d'intrigue qui lui semblait satisfaisant. Il l'avait baptisé 'La Chute', titre curieux en vertu du fait que cette ébauche d’œuvre faisait naître en son cœur une douce lueur d'espoir.

Les yeux brûlants, enfin un tant soit peu satisfait de lui-même, il se coucha et s'endormit avec le sourire aux lèvres, reposant d'un sommeil tranquille.

Lorsqu'il rouvrit les yeux le lendemain, il ne put rien voir d'autre que le néant. Ses pupilles étaient blanches. Léon Wojzac était soudainement devenu aveugle, frappé par la cécité.

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