Sinistre réflexion
Mon
réveil fut soudain. Une sensation profondément désagréable
m'envahissait progressivement alors que je me relevais. Un étrange mal
de crâne, sans que je sache à quoi je le devais. Ma position était
inconfortable, j'étais comme couché sur un amas de bosses irrégulières.
Une douleur lancinante accompagnait chacun de mes mouvements mais je
parvins à me relever, en prenant appui sur une de ces bosses molles dans laquelle mon bras
s'enfonçait, à dépoussiérer mon imperméable que je voyais désormais
incrusté d'étranges taches et à ramasser mon feutre, lui aussi dans un
piteux état.
C'est alors que quelque chose frappa mon attention. En observant plus attentivement cette salle obscure dont l'air fétide, je le reconnaissais maintenant, devait être la source de ma douleur, je fus saisi de terreur et l'horreur s'engouffrait dans mon âme. Il ne s'agissait pas de simples bosses, non ... Ciel ! Je m'étais réveillé sur un tas de cadavres ! La profonde et atroce odeur d'infecte pourriture mêlée à celle du sang, une odeur de rouille, qui émanait d'eux, le bourdonnement d'ignobles mouches qui semblaient en arracher la chair avec une avidité contre-nature, le grouillement de ces vers vainqueurs qui ruisselaient sur ces corps, fleuve infernal, des rats aux dents énormes qui arrachaient çà et là un doigt sur lequel se trouvait encore une bague, un œil vitreux ... Je ne pus me retenir de vomir face à un spectacle aussi démoniaque. Couvrant mon nez de mon imperméable, je scrutais malgré moi les corps sans vie, quoi que j'eus préféré m'enfuir. Mais mon devoir en tant que dirigeant des forces de l'ordre m'imposait de rester imperméable au dégoût, ainsi avec lenteur j'en vins à me pencher sur ces monticules inhumains.
Il s'agissait de personnes diverses, mortes à différents intervalles, si je dus en juger selon leurs états de composition, leur délabrement, le nombre d'animaux infâmes qui s'acharnaient sur eux ... Certains n'étaient plus réduits qu'à l'état d'ossements sur lesquels pendaient des lambeaux de chair que s'arrachaient les rats à la suite de singuliers duels ; d'autres, à peine souillés par ces abominations, auraient pu sembler dormir paisiblement, si leurs visages n'étaient figés dans un immonde rictus de terreur et leur crâne percé, sans doute d'un impact de balle. Hommes et femmes, même de plus petites figures qui me semblaient être des enfants, tous morts ... Grand Dieu ! J'étais habitué aux cadavres, ayant travaillé en tant qu'inspecteur de police, mais enfin, jamais je n'avais été confronté à une scène aussi macabre !
Pour refouler l'horreur qui s'emparait de moi, je m'intéressais à cette particularité qui leur était commune. Le trou de taille moyenne situé au milieu du front, qu'on retrouvait sur chaque cadavre, devait correspondre à l'impact d'une balle d'un revolver de calibre moyen, à vue d’œil, quoique je n'aie jamais été expert balistique. Néanmoins, j'en avais une sorte d'étrange intime conviction qui me troublait et me poussa à regarder ma propre arme de service. Un revolver qui n'avait encore jamais servi, du moins pas que je sache. Un rapide examen m'assura que le barillet était plein et j'en ressentis un certain soulagement : si quelque chose devait arriver dans ces lieux sordides, j'avais de quoi me défendre.
Il était clair aussi que toutes ces personnes avaient été assassinées, sans doute par la même personne qui entreposait ensuite ici ses victimes. Que quelqu'un puisse être assez perverti pour se livrer à de telles exactions me mit dans une fureur d'autant plus grande que la police, que *je*, n'avais pu empêcher cela. Il fallait trouver le meurtrier au plus vite et l'arrêter. La colère amplifia mon mal de crâne et m'empêcha de m'interroger sur la raison même de ma présence, que j'attribuais spontanément à une tentative ratée ou reportée de m'assassiner.
C'est alors que quelque chose frappa mon attention. En observant plus attentivement cette salle obscure dont l'air fétide, je le reconnaissais maintenant, devait être la source de ma douleur, je fus saisi de terreur et l'horreur s'engouffrait dans mon âme. Il ne s'agissait pas de simples bosses, non ... Ciel ! Je m'étais réveillé sur un tas de cadavres ! La profonde et atroce odeur d'infecte pourriture mêlée à celle du sang, une odeur de rouille, qui émanait d'eux, le bourdonnement d'ignobles mouches qui semblaient en arracher la chair avec une avidité contre-nature, le grouillement de ces vers vainqueurs qui ruisselaient sur ces corps, fleuve infernal, des rats aux dents énormes qui arrachaient çà et là un doigt sur lequel se trouvait encore une bague, un œil vitreux ... Je ne pus me retenir de vomir face à un spectacle aussi démoniaque. Couvrant mon nez de mon imperméable, je scrutais malgré moi les corps sans vie, quoi que j'eus préféré m'enfuir. Mais mon devoir en tant que dirigeant des forces de l'ordre m'imposait de rester imperméable au dégoût, ainsi avec lenteur j'en vins à me pencher sur ces monticules inhumains.
Il s'agissait de personnes diverses, mortes à différents intervalles, si je dus en juger selon leurs états de composition, leur délabrement, le nombre d'animaux infâmes qui s'acharnaient sur eux ... Certains n'étaient plus réduits qu'à l'état d'ossements sur lesquels pendaient des lambeaux de chair que s'arrachaient les rats à la suite de singuliers duels ; d'autres, à peine souillés par ces abominations, auraient pu sembler dormir paisiblement, si leurs visages n'étaient figés dans un immonde rictus de terreur et leur crâne percé, sans doute d'un impact de balle. Hommes et femmes, même de plus petites figures qui me semblaient être des enfants, tous morts ... Grand Dieu ! J'étais habitué aux cadavres, ayant travaillé en tant qu'inspecteur de police, mais enfin, jamais je n'avais été confronté à une scène aussi macabre !
Pour refouler l'horreur qui s'emparait de moi, je m'intéressais à cette particularité qui leur était commune. Le trou de taille moyenne situé au milieu du front, qu'on retrouvait sur chaque cadavre, devait correspondre à l'impact d'une balle d'un revolver de calibre moyen, à vue d’œil, quoique je n'aie jamais été expert balistique. Néanmoins, j'en avais une sorte d'étrange intime conviction qui me troublait et me poussa à regarder ma propre arme de service. Un revolver qui n'avait encore jamais servi, du moins pas que je sache. Un rapide examen m'assura que le barillet était plein et j'en ressentis un certain soulagement : si quelque chose devait arriver dans ces lieux sordides, j'avais de quoi me défendre.
Il était clair aussi que toutes ces personnes avaient été assassinées, sans doute par la même personne qui entreposait ensuite ici ses victimes. Que quelqu'un puisse être assez perverti pour se livrer à de telles exactions me mit dans une fureur d'autant plus grande que la police, que *je*, n'avais pu empêcher cela. Il fallait trouver le meurtrier au plus vite et l'arrêter. La colère amplifia mon mal de crâne et m'empêcha de m'interroger sur la raison même de ma présence, que j'attribuais spontanément à une tentative ratée ou reportée de m'assassiner.
Perturbé et agité, en proie à la douleur, c'est en chancelant et en me tenant le front que je balayais la salle d'un dernier regard avant de la quitter par la porte qui était restée grande ouverte, comme si le bourreau n'avait pas encore fini son office. Néanmoins, mon regard fut attiré par un objet dont je n'avais absolument pas remarqué la présence au premier coup d’œil, sûrement trop préoccupé par les autres horreurs. C'était un
miroir poussiéreux et endommagé. Soudain, mon cœur s'arrêta. A travers
le reflet du miroir, je voyais derrière moi la silhouette d'un homme,
dont les vêtements étaient débraillés et entaillés par endroits, ses longs cheveux bruns ébouriffés et le visage en sueur, comme s'il venait de courir un marathon. Il posa ses yeux sombres et profonds sur moi. Le temps sembla s'arrêter. J'avais l'impression que cet instant durait éternellement. Je fixais les yeux, plus que stupéfait, en proie à la terreur, ne sachant que faire, et les obscures ténèbres qu'ils semblaient contenir paraissaient sur le point de m'engloutir. L'autre brisa soudainement le silence en éclatant de rire. Un rire lancinant, strident, machiavélique, fou. Ce rire ne pouvait exister chez une personne saine d'esprit. Puis il disparut de mon champ de vision.
En proie à un mélange de terreur et à une colère qui trouvait son fondement dans la justice divine, je courus vers la porte et faillis trébucher en dépassant le seuil alors que les rats se jetaient massivement autour de mes chevilles, apercevant l'intérieur de la bâtisse en son ensemble. Le bâtiment s'étendait en une sorte de grand manoir lugubre et délabré : partout régnait la poussière, les lustres et candélabres étaient depuis longtemps éteints et les rats dévalaient désormais les escaliers. Je
me trouvais au premier étage. J'aperçus l'assassin au rez-de-chaussée,
me défiant de son regard pénétrant, face à la porte principale, et je
m'engageai à sa poursuite. Il ouvrit les deux portes massives avec une
rapidité et une force que je crus surhumaines et sortit du manoir. De violentes averses s'écoulaient au dehors et une légère brume envahissait l'air. La pleine Lune surplombait le ciel, seul corps céleste visible à travers les épais nuages.
Courant aussi vite que je pouvais malgré l'humidité du sol et manquant
de glisser par deux ou trois fois, je suivais l'homme à travers la ville, foulant ses dalles de pierre. Il n'y avait quasiment personne au dehors. En fait,
il n'y avait absolument personne, seuls moi et lui étions à l'extérieur
et la course en devint plus intense encore. L'homme semblait ne jamais
s'épuiser, mais malgré la fatigue que je commençais à ressentir et mon
mal de tête qui se faisait de plus en plus violent à mesure que je
m'approchais du meurtrier, je continuais à courir, poussé par ma
détermination à arrêter le criminel.
Mu par je ne sais quelle force surnaturelle, ses projets m'étant obscurs, il tourna soudain vers une ruelle sombre et je le suivis. Mes pieds glissèrent sur une dalle et mon chapeau tomba. Je n'eus pas le temps de le reprendre, je devais reprendre ma course. C'est alors que surgirent des silhouettes à l'entrée d'un autre passage qu'il
venait d'emprunter et me bloquèrent le chemin. Le criminel continuait à
courir et je le voyais disparaître lentement de ma vue. Je me débattais
pour passer, les poussant avec force, mais mes efforts furent vains :
elles ne bougeaient pas d'un pouce et j'en vins à les distinguer plus
clairement.
Les Silhouettes n'avaient pas de caractéristiques particulières, pas même de visage : elles n'étaient que des contours sombres, vaguement humanoïdes, emplis par un abîme plus sombre encore, véritables ombres sorties des Enfers. Effrayé, affolé, ma tête bourdonnant, poussé par une sorte d'irrépressible instinct, je sortis mon arme que je collai contre l'une d'elles et pressai la détente. De sombres éclaboussures jaillirent de l'endroit où j'avais touché la silhouette et souillèrent mon imperméable et mon visage. Elle s'écroula à terre et les deux autres se penchèrent vers elles, me libérant le chemin. Je n'avais pas le temps d'observer ce spectacle, d'ailleurs je m'en moquais, elle l'avait bien cherché ! Je continuais à courir, toujours plus rapidement, repoussant encore plus loin ma fatigue, envoyant au diable mes effroyables maux de tête ; mais je me sentais près de défaillir.
Les Silhouettes n'avaient pas de caractéristiques particulières, pas même de visage : elles n'étaient que des contours sombres, vaguement humanoïdes, emplis par un abîme plus sombre encore, véritables ombres sorties des Enfers. Effrayé, affolé, ma tête bourdonnant, poussé par une sorte d'irrépressible instinct, je sortis mon arme que je collai contre l'une d'elles et pressai la détente. De sombres éclaboussures jaillirent de l'endroit où j'avais touché la silhouette et souillèrent mon imperméable et mon visage. Elle s'écroula à terre et les deux autres se penchèrent vers elles, me libérant le chemin. Je n'avais pas le temps d'observer ce spectacle, d'ailleurs je m'en moquais, elle l'avait bien cherché ! Je continuais à courir, toujours plus rapidement, repoussant encore plus loin ma fatigue, envoyant au diable mes effroyables maux de tête ; mais je me sentais près de défaillir.
Ignorant les risques que j'encourais, je vis que je rattrapais rapidement l'autre et cela me donna un sursaut de courage qui me poussa à accélérer encore ma foulée. Davantage de Silhouettes s'approchaient de moi et tentaient de me bloquer, sortant de tous côtés et même des maisons que nous passions dans notre course folle. Ne pouvant les laisser me retarder, car il allait s'enfuir ! je les abattais, une à une, visant leur "tête" si ces choses en avaient une, pour être sûr qu'elles ne se relèvent pas. Mais elles se faisaient malgré tout de plus en plus nombreuses, elles couraient même maintenant après moi, sans doute folles de colère que j'eus tué leurs affreux semblables. Je dus tirer en arrière dans ma course pour les ralentir, je ne pouvais pas me permettre que ces créatures m'arrêtent alors que j'allais résoudre une affaire aussi importante !
Enfin ! Au bout d'une impasse, le criminel se tenait face à moi, désormais incapable de s'enfuir. Elles avaient aussi cessé de me poursuivre. L'autre
était dans la même posture que lorsque je l'avais observé à travers le
reflet du miroir, avec son imperméable couvert d'entailles, son visage
en sueur, ses cheveux ébouriffés et il me fixait de son air victorieux,
comme s'il venait d'accomplir un exploit. Des deux mains, j'empoignais
mon revolver encore fumant qui devait n'avoir plus qu'une balle
désormais. Et je riais sans pouvoir m'arrêter, hilare et imbu de mon
écrasante victoire sur cet énergumène fou. Lorsque je parvins finalement à me contrôler, j'orientai mon arme en sa direction et pressai la détente.
Un bruit strident déchira l'air.
La détonation provenait de mon revolver. Le miroir se brisa en dizaines
de fragments qui volèrent à travers la pièce. Chacun me renvoyait mon
image.
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