S'il est un évènement marquant au cours de mon existence récente et même de l'intégralité de mon existence ; plus précisément, une période que jamais je n'oublierai et qui à jamais marquera ma vie, ce sont les dix ou onze derniers mois. Ah, presque une année, mais pas tout à fait ...
Elle correspond également à celle de mon silence littéraire ; et avec son achèvement, au moins je peux espérer que peut-être l'envie d'écrire revienne, à vrai dire elle semble revenir puisque présentement j'écris ces lignes ... En effet, il semble que le bonheur soit un mauvais terreau pour une œuvre littéraire de qualité ; tout au plus j'ai écrit des poèmes d'amour dont le simple souvenir est source d'une ineffable douleur mais que je conserve malgré tout ; et cette dernière élégie qui a annoncé de manière remarquable les choses funestes à l'origine de mon désarroi actuel.
Effectivement, c'est d'amour que je vais parler : non plus dans son sens métaphysique en tant que chose recherchée, désir primaire que je ressentais, souffrance de l'âme qui se languit d'une chose qui lui soit plus grande, mais plutôt en tant qu'expérience vécue au cours de ces dix derniers mois.
Je ne ferai pas l'affront de revenir sur toute ma première et peut-être plus intense et plus illusoire relation amoureuse, car tout est encore source de souffrance et mon expérience ne sert qu'à tirer quelques enseignements que je vais tenter de découvrir, inutile donc de la décrire dans ses détails.
La chose qui me frappe en premier l'esprit, avec une pointe de sarcasme, c'est que la phase de l'amour dans laquelle on se trouve semble colorer l'entièreté du monde :
pendant la naissance de l'amour et avant sa confirmation, tout est langueur ;
pendant l'amour, tout est volupté, tout est bonheur ;
après l'amour, tout est douleur.
En effet, il ne se passe pas un jour sans que je ne repense à cette personne qui m'a été si chère, même avec le temps qui passe, elle hante même mes rêves, je me surprends à refaire des cauchemars d'amour comme j'en faisais auparavant et tout est véritablement douleur : tout ce qui était source de joie est désormais un douloureux rappel de la rupture et de la souffrance, la musique, les mots, certaines expressions, les objets, les pièces elles-mêmes, les odeurs et les films, tout ce qui a un lien indéfectible avec elle et me faisait autrefois sourire amène maintenant ma gorge à se serrer et mon cœur à se comprimer dans ma poitrine ; et ces choses sont si nombreuses et hélas ma mémoire de toute cette histoire encore si fraîche que tout m'évoque cette souffrance, même si elle vient à se calmer ...
Elle reste toujours présente, elle me marque psychologiquement, il est des actes que je n'accepterai plus d'accomplir qu'envers la personne que j'aime, par un étrange mélange de respect et de nostalgie.
Mais ce n'est qu'une des conséquences de la rupture ; quant aux causes, je les ai suffisamment examinées pour en venir à la conclusion que cette personne n'était finalement pas celle qui me convenait, du moins pas le mieux, et qu'au final un tel dénouement, peut-être, était inévitable ... En tout cas, c'est ce qui est arrivé, rien ne peut plus changer ça. Cette expérience, qui a été la plus heureuse, la plus profonde et actuellement paradoxalement la plus triste de mon existence, elle me sert de riche enseignement pour mieux me découvrir et me connaître moi-même : car elle a révélé des pans de ma personnalité que je ne connaissais pas et des erreurs qu'il ne me faut plus commettre à nouveau.
J'en viens désormais à autre chose : une de mes principales erreurs a été de croire qu'une rupture n'arriverait jamais, que de telles choses étaient impossibles, de nous croire au-delà des déboires qui arrivent habituellement aux couples et aux gens de notre âge. J'étais dans l'erreur de croire à l'âme-soeur, à l'amour unique, que malgré toutes les tempêtes le navire continuerait de voguer ; car à vrai dire il a sombré et l'équipage a emporté tous les canots de sauvetage. Bah ! Ulysse a bien réussi à revenir à Ithaque, alors pourquoi pas moi ?
Cette erreur peut s'expliquer par le fait qu'il s'agissait de ma première expérience de l'amour et peut-être ainsi de la plus forte : ma confiance et mes émotions étaient pures, pas encore entachées par le cynisme et une rude expérience. Désormais, je ne m'imaginerai pas à l'abri des catastrophes ; plutôt que d'ignorer le vent qui se lève et cette vague qui se précipite vers moi, j'essayerai de changer de cap ou de m'enfuir, pas de fermer les yeux en me couvrant les oreilles.
Cette découverte, le fait qu'à vrai dire il n'existe pas d'âme faite sur mesure pour moi et seulement un certain nombre d'individus dont les qualités surpassent à mes yeux les défauts et que je suis susceptible d'aimer et avec lesquels j'aimerais passer ma vie ; si je la refusais auparavant, elle s'impose maintenant comme une évidence.
D'où j'en viens au point suivant : je croyais ne pas pouvoir survivre à la rupture, que je ne cesserai jamais d'aimer, qu'il valait plutôt mourir ou me laisser dévorer par le vide subséquent que de continuer à vivre dans un monde devenu gris. Et si je souffre, qu'un véritable chaos agite mon âme, qu'elle est secouée de mille mouvements contraires et en proie à une agitation titanesque que je ne lui avais jamais connue, je n'en meurs pas pour autant. Je me rends compte que je disais cela par désespoir, en y croyant faussement : face à la réalité, je vois bien que je vis toujours, et peut-être avec davantage de force qu'avant.
Il n'y a donc pas d'amour si fort que sa disparition puisse me tuer ; quant à savoir si résister à la perte de l'amour et ne pas se suicider, au contraire de Roméo et Juliette, par exemple, est force ou faiblesse, c'est un autre sujet. Je suis plutôt tenté de considérer cela comme une force, même si on me rétorquerait que le véritable amour est unique.
Alors, dans ce cas, je demande encore à le connaître, mais je pensais avoir déjà connu des sentiments d'une extrême profondeur, même si désormais je ne sens plus que du vide, autour de moi comme dans mon âme, si tant est que j'en suis doté d'une.
Ainsi, à mon avis, l'amour n'est pas éternel, il finit par s'éteindre lorsqu'on le malmène assez mais pas éternellement non plus : bien vite il se rallume et se voue à d'autres dieux.
Si je tiens à disserter sur l'amour, à l'instar d'Ovide ou de Stendhal, ou même à ne plus souffrir et à être heureux, c'est aussi dans cette direction que je dois m'orienter : si une personne a su m'aimer ou croire m'aimer pendant de longs mois, assurément cette personne n'est pas seule, et des âmes similaires à la sienne voire même totalement différentes sauraient aussi m'aimer ; j'en viens à me dire que nul n'existe qui ne puisse être aimé par autrui, car nul n'est exempt de qualités qui savent faire chavirer tel ou tel cœur selon sa sensibilité propre. Toute âme sait faire naître et entretenir l'amour.
Finalement, j'en viens également à cette dernière découverte : lorsque j'aime et que je suis en couple, je suis heureux mais émotionnellement instable ; je rayonne de joie tout en étant la proie à la fois d'un immense amour et d'immenses doutes, d'une terrible inquiétude, et sans arrêt je fais l'ascenseur entre ces deux mouvements contraires.
A l'inverse, lorsque je n'aime pas, je suis malheureux mais stable : c'est le vide dont j'ai si souvent parlé qui est ma seule compagnie mais au moins je ne souffre pas de redoutables vertiges au-dessus de précipices inconnus.
Néanmoins, je n'aspire pas à une vie stable et malheureuse ; j'aime mieux vivre sans stabilité réelle mais en ayant connu une longue joie, quitte à beaucoup souffrir, et c'est pour cela que je recommence ma quête pour trouver d'autres âmes, d'autres étoiles, qui sauront m'aimer.
J'en ai déjà trouvé une : peut-être vivent-elles en troupeaux !
Ou alors peut-être que mon expérience rendra bien plus facile les prochaines rencontres, je ne puis que l'espérer.
Content de voir que tu ai repris en main ton site, le lire a toujours été un plaisir pour moi :)
RépondreSupprimerMerci, c'est un réel plaisir de voir que je suis lu, même si j'ignore par qui !
RépondreSupprimerPuisque mes vacances ne se passeront pas en charmante compagnie comme je l'avais initialement prévu, j'imagine que je vais me remettre à écrire et à lire ...
Nous attendons tous le prochain article avec impatience !
RépondreSupprimerNaturellement, tous, c'est la LS1 ?
RépondreSupprimerSi je dois écrire, bien que j'aie le temps et que ça puisse me sortir de cette torpeur propre aux vacances, il me faut de la matière. Voyons, il paraît que de la contrainte naît la créativité ; alors des suggestions ?
Un bel article sur nos chers professeurs?
RépondreSupprimerSplendide idée !
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