samedi 21 janvier 2012

Ombre et lumière


« Je suis OMBRE, et ma demeure est à côté des Catacombes de Ptolémaïs, et tout près de ces sombres plaines infernales qui enserrent l’impur canal de Charon ! »
Edgar Allan Poe

 Dans la pénombre qui régnait désormais habituellement dans ma chambre, je ruminais de sombres pensées sur ma condition et mon existence depuis quelques heures déjà. J'étais assis face à mon bureau, en plein milieu de la salle caractérisée par l'absence de mobilier, plongé dans mes réflexions.

J'étais désormais condamné à la solitude, meurtri et blessé aussi bien physiquement que psychologiquement. Il ne me restait plus rien que cette austère et minuscule salle poussiéreuse. Sur le côté gauche se trouvaient quelques fenêtres brisées recouvertes par la même poussière que celle qui se trouvait partout ailleurs, et dans le coin reposait un matelas froid sur lequel j'avais pris l'habitude de passer mes nuits chargées de tremblements et rendues interminables par l'insomnie. A côté du matelas je trouvais de quoi me permettre de subsister, des vivres de mauvaise qualité et des bouteilles pleines d'une eau croupie verdâtre, à l'intérieur desquelles se formait un microcosme de diverses bactéries et champignons. Du côté droit ne se trouvait qu'une porte que je laissai toujours fermée.

Depuis ce funeste accident il y a trois mois, rien n'avait plus jamais été pareil pour moi. La nuit, je ne parvenais plus à trouver le sommeil, tout au plus passais-je parfois ces instants de repos étreint par une présence glaciale tant physique que mentale, qui inhibait mon esprit et me donnait l'impression d'être déjà mort. Le jour, je ne sortais plus de chez moi. Je n'avais plus de raison de le faire. Ma famille avait disparue et malgré le fait que j'aie survécu, mon traumatisme était tel que j'étais inapte à tout travail de quelque nature qu'il soit. Incapable de gagner le moindre revenu, j'en étais bientôt venu à perdre tout ce que je possédais jusqu'à me retrouver à vivre dans des conditions aussi misérables, constamment harcelé par le froid glacial du vent d'hiver et les chuchotements de la folie qui faisaient chavirer ma raison.

Ainsi, mon quotidien consistait désormais en une réflexion profonde sur ma vie ou ce qu'il en restait, puisque je n'avais même plus le moindre instrument de loisir ou moyen de m'occuper. Je songeais, sanglotant en silence et le cœur déchiré, aux instants de bonheur qui avaient ponctué mon existence jusqu'à ce que le destin, créature avide, envieuse et mauvaise qui se nourrit d'affliction et de peine, décide de m'ôter à jamais tout sourire et toute joie.

Ma rétrospection fut soudainement arrêtée lorsque je vis d'intenses rayons d'une lumière grise et poussiéreuse converger depuis les minces fenêtres dans ma chambre. Il en résulta une forme étrange, éclatante au point que la regarder directement plus de quelques secondes me causa une atroce douleur, semblable en certains aspects à une silhouette. Parallèlement à cela et par d'étranges effets physiques, là où la partie gauche de la salle était baignée de lumière, la porte et ce qui l'entourait étaient à peine visibles et tout ce qui n'était pas illuminé était enveloppé de minces ténèbres. Sur la porte se forma une autre silhouette, absolument noire, changeante et instable.

Le colosse de lumière entonna quelques phrases d'une voix désincarné et terne, marquée par des accents lents et empreints de lassitude, m'adjoignant de continuer à vivre et de le rejoindre pour se rendre à l'extérieur, dans un discours paradoxalement exempt de toute vie et de tout entrain.

De même, l'ombre se mit à parler, mais chuchota des paroles pleines d'émotions qui s'insinuèrent dans mon esprit et touchèrent mon âme, un désespoir parfaitement audible dans chacun de ses mots. L'effet que son discours eut sur moi fut d'autant plus renforcé que je pus déterminer dans cette voix mille accents distincts dont certains appartenaient, j'en étais persuadé, à d'anciennes connaissances, amis, amours disparus. J'entendis même pendant quelques minutes ma femme et ma famille, et réentendre ces voix provoqua un tel bouleversement dans mon cœur que je faillis défaillir et ne pus m'empêcher de pleurer de joie en les entendant dire que je leur manquais terriblement et qu'elles brûlaient de me revoir.

L'ombre, ou plutôt les ombres, puisque dans mon esprit chaque plainte incarnait un autre aspect de cette étrange entité, me sommaient de venir à leur côté afin d'enfin pouvoir les rejoindre dans un endroit qu'ils nommaient "l'autre côté" et abandonner toute l'affliction qui me rongeait depuis tant de jours. Je n'eus pas grande illusion sur la réalité de ce que cela impliquait et j'en vins à me maudire de ne pas avoir songé à me libérer de mes malheurs avant ce jour.

La lumière et l'ombre continuèrent à déclamer pour leur cause mais je n'eus pas longtemps à réfléchir pour me décider quant à qui rejoindre. Je traversai la pièce en évitant le colosse lumineux et m'emparai de rideaux que j'appliquais aux fenêtres. A chaque fenêtre à travers laquelle ne filtrait plus le moindre rayon de cette hideuse lumière, le colosse faiblissait, sa voix devenant de plus en plus inhumaine et son apparence plus morne, tandis que l'ombre gagnait en espace et se faisait plus pressante.

Lorsque toutes les fenêtres furent bouchées, le colosse disparut totalement et l'ombre emplit toute la pièce. J'avançai à travers l'obscurité désormais totale, écartant les bras afin de mieux embrasser les ténèbres qui m'étreignaient. Au bout de quelques instants, l'onde glacée sonda les profondeurs de mon âme et je me sentis défaillir, le sourire aux lèvres.

jeudi 19 janvier 2012

De la liberté bafouée

Les premières mesures évidentes du Nouvel Ordre Mondial pour brider la liberté et maintenir un contrôle total des individus viennent d'éclater au grand jour. La fin programmée de toute liberté vient de débuter en ce jour, ce funeste jeudi 19 janvier 2012 : en parallèle aux votes des lois SOPA et PIPA qui visent à étouffer toute la liberté que procure Internet, ce qui effraie bien évidemment les puissants et autres oligarques dont le but est notre asservissement, le gouvernement américain et le FBI viennent de fermer les principaux sites de téléchargement via DDL et de streaming que sont Megaupload.com et Megavideo.com, il y a moins d'une heure. Compte tenu des deux projets de lois précédemment cités et d'autres mesures déjà existantes, comme en France avec cette loi pitoyable qu'est Hadopi, ce n'est là que le début de leurs plans.

Nos vies actuelles sont étroitement liées à Internet. Nous vivons aujourd'hui dans un monde moderne, technologique et informatisé. La liberté véritable n'existe plus que sur Internet, du moins c'était le cas jusqu'à aujourd'hui. Si Internet lui-même est maintenu sous le joug des maîtres du monde,  c'est là la véritable mort de ce splendide idéal qu'est la Liberté, une valeur pourtant fondamentale à l'humanité.

Fait amusant : le procédé utilisé par les Etats-Unis pour censurer MegaUpload et MegaVideo, le blocage DNS, procédure controversée et violente, est le même que celui dont usent l'Irak et la Chine afin de limiter les accès à certains sites. Sous couvert de libéralisme et d'inégalités sociales énormes, force est de constater que l'Amérique est bien aussi totalitaire que Mao et ses partisans. 

Nos temps sont décadents, nous vivons une période de régression sociale et culturelle profonde qu'accélèrent les mesures que prennent les oligarques. Abêtir le peuple afin de rester au pouvoir et de continuer à dominer le monde, voilà ce à quoi la plupart des gouvernements tendent aujourd'hui. De même, bien qu'on clame le contraire, nous ne sommes plus libres, et si nous le sommes, ce n'est maintenant plus encore pour très longtemps à moins que nous réagissions.

Mais heureusement, rares sont ceux qui parmi nous se laissent avoir par ces fadaises que déblatèrent les politiques et économistes sur la nécessité de stopper le piratage. Grands dieux, même les artistes se faisant pirater sont contre ces lois qui s'opposent à tout droit humain ! L'union face au NWO et à sa politique n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui. Ce que le gouvernement américain a fait en ce jour n'est jamais que prouver que les théories du complot sont dans le vrai. C'est une terrible vérité, mais nos gouvernements n'ont toujours cherché qu'à exercer un contrôle total sur nous dans le but de conserver le pouvoir et de se gaver de richesses.  Toutes les politiques vont dans ce sens, le plus souvent implicitement, bien évidemment. Ce que l'on clame être pour le bien public, c'est ce qui fait en réalité la fortune de quelques riches multimilliardaires, ministres et autres présidents directeurs généraux !

En effet, des lois telles que SOPA, PIPA ou Hadopi ne sont même pas là simplement des tentatives de récupérer de l'argent supposément perdu en grandes quantités, bien que quelle que soit sa provenance l'Etat le dilapide rapidement pour des intérêts futiles et ne servant non pas le peuple mais les puissants ; non, le fait est que ces lois sont en effet de véritables atteintes à toute notion de liberté, la pseudo-perte d'argent n'étant rien de plus qu'un prétexte !  

Cependant, là, fou est celui qui nie que les gouvernements ne veillent pas à notre bien, car là où toutes les autres mesures prises par ces conseils secrets et ces alliances de puissants aux machinations sophistiquées, ces êtres abjects qui forment ce que l'on nomme le Nouvel Ordre Mondial (ou NWO, New World Order), toutes ces mesures ayant été effectuées de manière implicite et camouflées en autres choses voire laissées dans le plus grand secret (quid de la vérité sur le 11/09, si ce n'est là qu'un infâme plan fomenté pour provoquer la guerre en Irak et mettre main basse sur ses ressources en or noir ?), nous avons là véritablement le premier assaut direct et brutal contre la liberté.

Si aujourd'hui MegaUpload ferme, qu'en sera-t-il demain de RapidShare, MediaFire, FileSonic et autres sites permettant le partage communautaire ? Et une fois ce pseudo-piratage éradiqué, qu'est-ce qui les empêchera de censurer d'autres sites supposés contestataires ? Rien ne sépare le petit pas du grand voyage, si ce n'est le temps pour l'effectuer, et celui-ci n'est jamais qu'une suite de petits pas effectués progressivement.

Ainsi, si nous cédons du terrain aujourd'hui, nous sommes perdus. Autant nous avouer vaincus directement, autant accepter nos vies de servitude camouflée et se préparer à vivre des heures sombres si nous ne combattons pas. Une guerre pour la liberté est sur le point de s'engager. Elle a en réalité déjà commencé. Il n'appartient qu'à nous de la remporter et de faire triompher nos nobles idéaux sur les projets gangrenés des oligarques corrompus. 

Nul ne peut tenter d'assassiner la liberté impunément. Nul ne saurait jamais le faire. Quiconque se frotte à un tel projet doit se préparer à subir une révolution internationale et à essuyer les plus violents assauts qui soient. Si certains restent endoctrinés, la majorité est bien consciente que sa liberté est son bien le plus fondamental : c'est ce qui permet à l'individu de s'exprimer et de s'épanouir, de se former et même tout simplement d'exister. 

Cette action des États-Unis est un coup de poignard à tous les hommes politiques et aux intellectuels engagés ; enfin, à tous les Hommes libres ! Supposément le premier d'une longue série, il est de notre devoir de protéger notre individualité et notre liberté en désarmant l'adversaire.

C'est précisément ce que font les groupes actuellement en guerre, fiers combattants de la Liberté face aux oppresseurs qui tentent de nous déposséder de tous nos droits et de notre condition même. Ceux-là, on les connaît, ce sont Anonymous et d'autres activistes connus pour leurs opérations contre tout ordre qui cherche à faire de l'humanité son esclave servile. A l'heure où j'écris ces lignes, le site d'Universal Music et celui de la justice américaine ont été les cibles de leurs assauts informatiques.


La guerre pour la liberté commence. Le combat doit continuer ! Il faut se battre pour préserver nos droits face à ceux qui tentent de les détruire, par quelque moyen que ce soit. Celui qui n'est pas pirate informatique, qu'il manifeste, qu'il s'oppose à ces lois liberticides et à ces mesures qui ne sont que des démonstrations d'esbroufe censées nous impressionner, nous intimider, créer un climat de terreur. Lors d'une révolte, c'est la somme des actions des révolutionnaires et dissidents qui mène à l'échec ou à la victoire : que l'on s'oppose à ces mesures par la plume, par la parole, par les armes ou simplement en relayant des informations, tout est acte de dissidence et tout est appréciable.


Mais enfin ! Que sont ces pathétiques financiers et hommes d'Etat face à la révolte de toute l'humanité ? Qu'importe leur puissance, l'humanité ne saurait jamais être asservie tant qu'un homme sera debout pour protéger ses droits et s'opposer aux esclavagistes ! Nous sommes Légion, ils ne sont rien face à la force des peuples, montrons-leur que nous ne pouvons être vaincus !

Le pendule, le puits, le gouffre de l'enfer

C'est en retournant à ma lecture de quelques nouvelles d'Edgar A. Poe que je n'avais encore pas eu le loisir d'étudier que j'eus une fois de plus à constater l'infinie maîtrise du maître absolu du fantastique et de la terreur littéraire, surpassant à ce sujet tous les Lovecraft et tous les King, bien qu'on n'eût pas de raison de les dénigrer pour autant, leur œuvre étant pour autant tout à fait respectable, évidemment.  

Une nouvelle qui m'a tout particulièrement frappée est 'Le Puits et le Pendule', formant une sorte de quintessence de tout ce qu'il y a d'admirable chez le poète macabre. Ses nouvelles et contes présentant un narrateur touché par quelque affliction ou trouble psychologique, le conduisant finalement à commettre l'irréparable et à s'adonner à la débauche, au vice et même au meurtre, celles-là ne m'ont jamais parues les plus exaltantes que l'homme eût écrit malgré toutes leurs qualités. Bien entendu, de telles nouvelles comme 'Le Chat Noir', 'William Wilson' ou 'Le Cœur Révélateur' restent parmi mes préférées, mais j'ai toujours considéré que tout le talent de l'auteur résidait dans le fait non pas de dépeindre de simples scènes de folie et de crimes indicibles, mais plutôt de savoir mystifier le lecteur, de le transporter dans un autre monde et d'être capable de lui faire ressentir la peur et la vibration de chacune de ses fibres nerveuses dans le moindre de ses membres.

De tels écrits sont révélateurs de tout l'incroyable génie de l'auteur : 'La Chute de la Maison Usher', 'Le Corbeau' et enfin, 'Le Puits et le Pendule' sont à mon goût à classer parmi les meilleurs écrits de Poe, bien qu'il s'agisse là d'une opération semblable à celle d'effectuer le classement des mets les plus raffinés d'un des plus grands et reconnus restaurants qui soient.

Mais enfin, assez de cette digression, je ne suis pas là pour rédiger une étude détaillée de Poe mais plutôt pour offrir mes impressions suite à la lecture de cette nouvelle si remarquable.

Le narrateur est un condamné à mort de l'Inquisition Espagnole, pour quelque crime inconnu dont on ignorera toujours la nature si ce n'est qu'il eût suscité l'intervention des dévots religieux, bien qu'on pût se douter qu'il fut particulièrement insipide en regard des mœurs et de la sensibilité exacerbée de ces ignobles fanatiques. Caractérisé par cette sensibilité accrue que l'on ressent à travers tous les écrits du grand Edgar et qui est la clef de voûte permettant l'installation de la peur littéraire, l'homme s'évanouit suite à son jugement après quelques étranges hallucinations et visions d'esprits fantomatiques qui tour à tour lui insufflent espoir et calme. 

Lors de son réveil, il se retrouve dans un des cachots de l'Inquisition, un lieu qui semble situé hors du plan terrestre, aux limites indéfinies, un lieu sombre à cause de l'absence totale de la moindre luminosité, où il tâtonne lentement jusqu'à son épuisement.

S'ensuivent ensuite nombre de découvertes et d'effrois au cours desquels le personnage fait connaissance avec le puits et le pendule d'où la nouvelle tire son nom, la peur étant principalement suscitée par ce pendule tranchant qui ne cesse de se balancer, symbole-même du temps qui ne fait que nous approcher de la mort. 

Lorsque la lumière entre finalement dans la morne cellule, force est de constater que cela ne dissipe pas pour autant cette impression de se situer dans un véritable enfer : les murs sont couverts de tant de signes et de visages démoniaques qu'elle n'a pas grand chose à envier aux neuf cercles que Dante et Virgile parcoururent en chemin vers le Paradis ; les tortionnaires de l'Inquisition Espagnole étant même à plusieurs reprises explicitement référés comme étant des démons sadiques.

Un autre élément intéressant et qui souligne l'étrangeté de l'endroit est ce fameux puits, ce gouffre. Bien que l'on ignore ce qui se trouve tout à fait au fond, la seule certitude qui reste est amplement suffisante et est peut-être la seule chose qui nous sauve des insomnies et de la folie : quoi que ce soit, il s'agit d'une horreur indicible et je suis d'avis que nous ne devrions pas trop réfléchir sur un tel sujet.

La lenteur de l'action et le manque de repères principalement temporels contribuent à accentuer la peur et la tension nerveuse que ressentent à la fois le narrateur, et, à travers lui, le lecteur : nul ne sait précisément si des jours ou des semaines passent et combien de temps ce maudit croissant homicide se mit à osciller jusqu'à se retrouver si proche du condamné !

Vous l'aurez compris : 'Le Puits et le Pendule' est une des nouvelles fantastiques les plus remarquables que j'aie jamais lu et c'est un impératif que de la lire si vous vous estimez en admirateur du poète, conteur et nouvelliste sans que vous ne l'ayez déjà lue.

mardi 17 janvier 2012

Battlestar Galactica

Battlestar Galactica


Un petit air de Cène, n'est-ce pas ?


Battlestar Galactica est une série de science-fiction dramatique, longue de 73 épisodes auxquels s'ajoutent quelques films et petites miniséries annexes, créée par Ronald D. Moore, diffusée de 2004 à 2009. Elle s'inspire de Galactica, une série de science-fiction née en 1978 et créée par Glen A. Larson. Fort heureusement et sans vouloir offenser les fans de la série originelle, je dois dire que les deux sont au final très différentes même si elles partagent des personnages et un plot similaire. La série des années 70 est bien moins dramatique, sérieuse et beaucoup plus manichéenne que la nouvelle série née en 2004, ce qui en fait au final une série moyenne là où Battlestar Galactica est l'une des meilleures séries de science-fiction qui soit.

Pour étayer mon propos, voici ce qu'était la série originelle :



Notez enfin que tous les personnages masculins ont de profonds airs de Han Solo.

La nouvelle série de 2004 reprend le synopsis de base et un grand nombre de personnages mais les modifie grandement : au final l'histoire des deux est extrêmement différente et de nombreux personnages n'ont plus grand chose à voir avec leur modèle de Galactica. On passe par exemple d'un Starbuck homme, cousin germain de Han Solo à une femme dont le surnom est Starbuck et qui, si elle a toujours ce côté intrépide et guerrier, n'a plus vraiment ce côté plaisantin face au danger. De même, le Comte Baltar, principal antagoniste de Galactica, se retrouve dans Battlestar Galactica (renommé Gaius Baltar) à être l'un des personnages les plus complexes jamais vus, à la fois un héros, un antagoniste et un personnage neutre qui subira de profonds changements.


L'un a un air de poisson-chat mutant, l'autre a la classe.


En réalité, là où l'ancienne série est très manichéenne et est un simple divertissement plutôt sympathique, la nouvelle série est quant à elle un drame sombre, profondément teinté de philosophie, de théologie et de psychologie humaine, ce qui fait que tout le monde saura y trouver son compte, sauf ceux qui s'attendent à de la science-fiction américaine classique à la Stargate. Après tout, même si Battlestar Galactica a des combats spatiaux et se place dans un contexte de guerre meurtrière, ceux-ci sont au final très rares et laissent la part belle aux développements relationnels et personnels des personnages tandis que l'intrigue avance.


Cette image est très représentative de la nouvelle série, qui se déroule principalement à bord du Galactica.


Mais assez parlé des différences entre la série originelle et cette nouvelle série, car c'est exclusivement cette dernière qui nous intéresse. Il y a longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, après une trêve signée il y a une quarantaine d'années, les Cylons, des robots humanoïdes créés par les humains qui se sont rebellés et avaient déclenché une guerre contre leurs créateurs, se sont retirés par-delà l'univers connu. Persuadés que les conflits ont définitivement cessé avec cette trêve, les humains sont retournés à leurs vies au sein des Douze Colonies de Kobol, douze planètes habitées par les humains avec chacune ses caractéristiques culturelles, avec une certaine insouciance face au futur. Néanmoins, les Cylons réapparaissent, dotés non plus seulement de corps cybernétiques mais également désormais de certains modèles humains, indissociables des véritables êtres humains, dont ils se sont servis pour infiltrer les Colonies et en particulier la plus prestigieuse d'entre elles, Caprica. C'est ainsi sur Caprica qu'un Cylon humanoïde, qu'on connaîtra sous le nom de Number Six, a pu séduire le Dr. Gaius Baltar, éminent scientifique, et obtenir de lui qu'il fournisse l'accès aux défenses centrales des Colonies, sans qu'il sache lui-même dans quel but véritablement, faisant de lui le malheureux traître de l'humanité.


Caprica, autrefois havre de la science et de la technologie, désormais ruines radioactives.


Ainsi, les Cylons lancèrent une attaque nucléaire sur les colonies, détruisant la quasi totalité de la race humaine, tandis que de très rares survivants tentent de s'organiser et qu'au sein de la flotte humaine seuls de rares vaisseaux ont survécu au brutal assaut, parmi lesquels le Battlestar (plus gros croisé de combat humain) Galactica qui était sur le point d'être démilitarisé et transformé en musée. Le Galactica est dirigé par le Commandant William Adama, un homme endurci par les conflits et militaire depuis suffisamment d'années pour savoir comment réagir dans une telle situation. A ses côtés se trouve le Second, le Colonel Saul Tigh, un vieux militaire alcoolique et très déplaisant et méprisable au premier abord mais qui saura se montrer plus attachant au fil des épisodes. En fait, quasiment chaque membre du Galactica est un personnage traité à part qui aura son développement personnel et relationnel et par conséquent il me serait difficile de parler de chacun d'entre eux. On notera cependant qu'il y a une dizaine ou une quinzaines de personnages qui sont eux présents à quasiment chaque épisode et qui ont une importance plus grande que de simples pilotes, même si de même, on apprendra à connaître ces derniers. La même chose concernant les mécanos, les politiques et tout le personnel militaire. C'est ainsi que notre Battlestar Galactica et la petite flotte survivante, bien loin d'être capable de rivaliser avec les centaines de Basestars cylons et leurs milliers de chasseurs Raiders et de Centurions, se met en quête d'une terre promise que des manuscrits religieux désignent comme la Treizième Colonie, une planète mythique appelée la Terre. Néanmoins, ce voyage ne sera pas de tout repos puisque les Cylons ne comptent pas renoncer et qu'ils possèdent des agents dormants au sein de la flotte, des Cylons humanoïdes croyant être humains jusqu'à ce que leur programmation soit activée.


Voilà un petit aperçu de la flotte humaine. Vraiment un petit aperçu.


Cette tragédie va profondément bousculer la vie des survivants, bien évidemment. Le nombre des survivants, parfois annoncé au début de l'épisode dans l'intro ou sur un tableau blanc, est au début de la série à peu près égal à 50 000. Avec quelques variations bien souvent naturellement plus négatives que positives, ce nombre va évoluer au fur et à mesure que le Galactica et l'humanité feront face à de nouveaux périls, fussent-ils des attaques des cylons, des problèmes de ravitaillement, des mutineries, des trahisons ... Le voyage vers la Terre sera pavé d'embûches et la survie de la race humaine est incertaine. Il est d'ailleurs rare de ne pas voir un épisode avec la mort d'au moins un personnage, fut-ce t-il mineur ou important et dû à des conflits extérieurs ou intérieurs. On verra ainsi des mouvements terroristes apparaître le temps d'un épisode ou deux avant d'être mâtés ou l'apparition d'un marché noir. En fait, certains épisodes semblent parfois inventer des problèmes pour le Galactica et les sortir du néant sans que rien ne les annonce, ces épisodes étant qualifiables de "fillers". Malgré ces quelques désagréments, même ces épisodes fillers sont très bons et au final approfondissent un peu l'univers et les relations humaines, principale caractéristique de la série.


Number Six est certainement le Cylon le plus connu et mémorable.


Dans l'idée que demain n'arrivera peut-être jamais, l'équipage du Galactica tente néanmoins de subsister. Des relations d'amitié et d'amour se créeront entre les personnages et chacun d'entre eux connaîtra ses passages à vide, ses moments de faiblesse et de doute et son évolution psychologique, morale et même parfois physique. Le meilleur exemple pour illustrer cette évolution profondément humaine est le Dr. Gaius Baltar. Traître malgré lui, homme dont les principaux intérêts ne servent que lui, narcissique, opportuniste et homme de science, il est néanmoins extrêmement troublé et torturé et évoluera au fil de la série, devenant plus démagogue et politicien mais regrettant également d'avoir été profondément égoïste. Les personnages en eux-mêmes ont des personnalités très variées, allant du dur militaire parfois en proie à ses émotions au politicien manipulateur secrètement avide de pouvoir malgré un certain idéal et ancien criminel en passant par une pilote tentant d'oublier son passé et j'en passe. Chaque personnage a plusieurs facettes, des côtés qu'on aurait pas soupçonné, même un certain nombre des antagonistes ne sont au final pas mauvais. Ainsi, Battlestar Galactica n'est pas semblable aux séries de science-fiction habituelles : le drame humain en est la principale caractéristique, ce qui est diamétralement opposé à la plupart des séries de science-fiction qui laissent la part belle aux combats spatiaux et autres gunfights sur des planètes hostiles. Enfin, on notera également que bon nombre de situations dans la série font écho à des évènements historiques ou à des situations ayant déjà eu lieu, comme la Résistance face à l'occupation ennemie (notamment une grande référence à la situation en Irak), la guerre contre le terrorisme et j'en passe.


Les Centurions cylons sont pour le moins impressionnants.


Cela m'amène à la seconde mais non la moindre caractéristique de la série : son non-manichéisme. Tandis que le pilote est vraiment manichéen, la série le devient de moins en moins, même si elle a son antagoniste méprisable et intriguant, qui se révèle assez tardivement. Les épisodes qui se focalisent sur la perspective cylonne nous offrent un point de vue totalement différent qui nous amène à remettre en question les évènements qui ont eu lieu et donnent un aspect moins contrasté de la quasi annihilation de la race humaine. Au final, certains Cylons sont peut-être plus humains que certains vrais êtres humains. Une telle vision des choses est de plus en plus suggérée au fil de la série tandis que les différences viennent à se creuser dans les rangs des Cylons. L'apogée de ce non-manichéisme est peut-être visible à travers le film The Plan, à ne voir qu'après avoir fini toute la série, et qui présente la perspective cylonne depuis l'attaque des Colonies, ce qui nous donne effectivement un éclairage nouveau, plus complet. Battlestar Galactica est une série absolument non-manichéenne, et c'est ce qui fait à mes yeux l'une de ses principales forces.


Les raiders cylons sont menaçants, eux aussi.


Le dernier aspect principal de Battlestar Galactica est, étonnamment, sa dimension théologique. On notera que les Colonies ont une religion polythéiste basée sur la culture grecque tandis que les Cylons croient en un Dieu unique. La recherche de la Terre par les survivants humains se base sur des manuscrits anciens écrits par un oracle nommé la Pythie, ce qui est sans aucun doute un écho à la Pythie de Delphes. De même, les humains vouent une sorte de culte aux dieux grecs comme Aphrodite, Zeus, Poséidon, etc, qu'ils appellent les Seigneurs de Kobol. Cet aspect théologique est prédominant dans toute la série et notamment marqué d'un côté par ces manuscrits de la Pythie qui décrivent le voyage des humains vers une nouvelle terre d'accueil de manière allégorique et de l'autre par les références des Cylons au plan de leur Dieu, une sorte d'instrumentalisation des évènements par le divin dans un but que seul lui sait.


Dans ce cas, Dieu aime bien les batailles spatiales et les génocides.


La musique est un autre aspect fondamental de la série. Composée par Bear McReary, elle est toute entière un chef d’œuvre. Et en disant cela, je pèse mes mots. Elle offre un aspect onirique, magique, calme et doux, une sensation très inhabituelle pour une série de science-fiction mais qui colle parfaitement avec l'ambiance globale de la série. En un mot comme en cent, nous avons atteint la perfection musicale.

Faisons maintenant le point sur l'ordre des épisodes. Tout d'abord, il y a le pilote, aussi appelé télésuite ou miniseries, de deux épisodes qui dure au total 3 heures. Puis viennent les deux premières saisons. Entre la fin de la saison 2 et la saison 3 il y a une petite série annexe appelée The Resistance avec une dizaine d'épisodes durant quelques minutes chacun. De même, entre la saison 3 et la saison 4 il y a une série de petits webisodes appelée Razor mais il est inutile de la voir puisque le film annexe éponyme reprend ces scènes en question. Et enfin, au milieu de la saison 4, il y a une série de webisodes appelée The Face of the Enemy qu'il est tout particulièrement intéressant de regarder pour comprendre les changements chez un certain personnage.


En conclusion, Battlestar Galactica est une série exceptionnelle, semblable à aucune autre et que même les personnes n'appréciant habituellement pas la science-fiction apprécieront sûrement. Elle est à l'origine de deux séries spin-offs : Caprica qui remonte à l'origine des Cylons et qui a été malheureusement annulée après une saison de 18 épisodes et Blood and Chrome qui devrait prendre place lors de la 1ère guerre cylonne.

All of this has happened before, 
and it will happen again. 




The Devils





The Devils (ou Les Diables) est un film de Ken Russell, sorti en 1971.
Se basant sur des évènements historiques survenus en France dans les années 1630 et connus sous le nom d'Affaire des démons de Loudun , il analyse ces faits d'un point de vue très profondément inspiré par
Les Diables de Loudun, étude d'histoire et de psychologie, récit d'Aldous Huxley qui interprète les évènements non pas comme un cas de possession démoniaque mais plutôt comme une machination menée par les puissants (et principalement le cardinal Richelieu) pour évincer Urbain Grandier, personnage central de cette affaire mené au bûcher après des accusations de sorcellerie et de possession à son encontre par les sœurs d'un couvent d'Ursulines et en particulier la mère supérieure, Jeanne des Anges.

Une chose est à noter : ce film n'est assurément pas pour tout le monde. Si on le classera en soit dans la catégorie dramatique, il fait preuve d'un réalisme brutal et est une critique profonde du fanatisme religieux et de la France du XVIIe siècle, il va donc de soit que je doute que les croyants apprécient ce film. Et même si vous êtes agnostique ou athée, il y a un autre facteur qui fait que le film pourrait vous déplaire : il se montre en effet très perturbant et violent, comptant des scènes assez sanglantes ou grotesques qui démontrent une intense horreur physique et un certain érotisme qui flirte avec le blasphème. En raison de ces faits, le film fut censuré un nombre incalculable de fois et banni d'un certain nombre de pays. Même à l'heure actuelle, il est pratiquement introuvable en DVD. Si vous parvenez à supporter cette horreur physique et à apprécier la frénésie grotesque qui se dégage de certaines scènes toutes particulièrement marquantes du film et qui servent délibérément le message du film, très clairement en faveur d'Urbain Grandier, alors vous aurez face à vous l'un des meilleurs films jamais réalisés et l'un des plus méconnus également.

Vous êtes prévenu.


Mais revenons au scénario du film en lui-même. S'il se permet quelques libertés au regard de la vérité historique, il reste néanmoins très fidèle par rapport à la réalité des évènements qui se sont déroulés à Loudun en ces temps troublés. 


Nous sommes à l'époque du règne de Louis XIII. Richelieu tente de le manipuler en le convaincant que les murailles de chaque ville de France doivent être détruites pour éviter que des protestants s'y cachent (oui, la corrélation entre les deux m'échappe aussi un peu). Si l'efféminé (et ce n'est pas peu dire) monarque acquiesce, il se refuse néanmoins à toucher aux remparts de la ville de Loudun pour respecter la promesse qu'il avait faite à son gouverneur.

Oui, c'est ça qui dirige la France à cette époque.


Pendant ce temps, à Loudun, ledit gouverneur a été emporté par la peste et le prêtre jésuite Urbain Grandier dispose désormais du contrôle de la cité. Grandier a une certaine fierté et est plutôt débauché mais reste très populaire et apprécié, principalement en regard de son intelligence et de sa beauté. Son manque de scrupules et son goût pour le plaisir de la chair l'amènent à coucher avec des femmes qu'il refuse de fréquenter sitôt qu'elles tombent enceinte mais malgré ces écarts de conduite, il reste un homme éclairé qui tient au bien-être de sa cité et parvient à voir par-delà ses remparts les machinations qui se trament et qui a sa propre vision des choses bien plus éclairée que celle de ses contemporains. Malheureusement pour lui, sa chute est amorcée dès lors que Jeanne des Anges, mère supérieure d'un couvent, déformée et névrosée, s'éprend éperdument de lui au point d'en avoir des fantasmes pratiquement blasphématoires et de faire tout pour l'approcher. Sa désillusion et sa déception lorsque Grandier se mariera secrètement, après avoir réussi à justifier auprès de sa compagne qu'un prêtre catholique se mariant n'avait rien de sacrilège aux yeux de Dieu, et qu'elle l'apprendra, la conduiront vers une folie et une hystérie qui touchera tout le couvent et qui ne pourra que le condamner.

Dans ses fantasmes, Jeanne des Anges voit Grandier comme le Christ.


Dès lors que la folie de Jeanne des Anges et sa déception la mèneront à calomnier Grandier, pourtant innocent, l'horreur véritable commencera et ne fera que croître, grâce à l'arrivée du Père Barré, un exorciste zélé dont les actions semblent n'être que la preuve du plus grand fanatisme religieux qui soit. Ses pseudo-méthodes d'exorcisme violentes, dépravées et barbares, comme l'introduction d'enemas ou le viol, se révèlent en soit inefficaces mais par la force du complot serviront à trouver des preuves grotesques pour condamner le jésuite. Par ironie, les seules personnes à être du côté de Grandier et considérant l'exorcisme de Barré comme grotesque sont un boulanger et un aubergiste. Pourtant, face à cette violence menée par l'exorciste, Grandier fait preuve d'un calme et d'une froideur exemplaires tandis qu'il sera accusé à tort de toutes les ignominies.

Le Père Barré est de loin le personnage le plus inquiétant de tout le film.


A travers l'exemple de la chute d'Urbain Grandier, qui est certainement le plus éloquent que nous ayons, le film dresse la critique très virulente du fanatisme religieux et de ses conséquences mais également des machinations politiques orchestrées par le cardinal Richelieu, véritable responsable de la condamnation à mort du jésuite pour ses propres intérêts, camouflés sous prétexte de sorcellerie et de soi-disante possession démoniaque. La scène du tribunal de l'Inquisition démontre parfaitement tout ceci : Grandier se défend de manière exemplaire et son argumentation, exposée calmement et avec raison, n'a pas la moindre faute mais face aux critiques violentes et infondées des alliés de Richelieu il se retrouve condamné à la torture et à la mort.

Le Ku Klux Klan a déjà décidé du sort de Grandier.


Au final, je ne saurais que vous conseiller de voir ce film que j'ai découvert par pur hasard.
Vous l'adorerez ; vous le détesterez ; mais il ne vous laissera pas indifférent.

lundi 16 janvier 2012

Les Mésaventures d'Eugène le bien-né

Il était un jeune homme d'une remarquable beauté, prince de son état, fils d'un roi régnant sur un empire tel qu'aucun autre monarque n'eût jamais pu l'égaler, ayant asservi bien la moitié du monde, au sein d'une île où tout était abondance. Les richesses qu'on y pouvait trouver avaient tôt fait d'attirer la convoitise de tous les envieux et des concupiscents, aussi étaient-elles jalousement gardées au sein d'un palais fait d'or et de diamant qui semblait éclipser le soleil lors du crépuscule. Les conflits avec d'autres puissances, fussent-elles des ennemies de toujours ou des nations tombées sous la coupe de l'empire d'Atlantide, étaient si nombreux que l'armée insulaire était rapidement devenue la plus entraînée du monde tout entier. 

C'est dans ce cadre agité par des conflits, dont on entendait jamais que la rumeur, bien loin du palais, dans de petits villages pauvres qu'il était inutile de protéger, situés au bord de côtes rocailleuses, austères et accidentées, que grandit le jeune prince, qu'on avait nommé Eugène en raison sa grâce et de sa splendeur toute somme royales. Ayant vécu dans le luxe au sein de paradis de pierres précieuses, éloigné de tout ce qui pouvait s'apparenter à la plèbe, il avait bientôt acquis le dédain de ses parents pour le peuple et ce goût pour le pouvoir. Les constants compliments sur sa magnificence le rendirent arrogant et orgueilleux, méprisant quiconque ne reconnaissait pas l'harmonie de ses traits.

Lorsqu'il atteint sa majorité, il connaissait déjà la plupart des vices et des plaisirs que causaient l'opulence et l'excès de ceux qui possèdent trop de tout, marqué par une profonde avarice et un goût prononcé pour la débauche qu'induisait souvent la consommation démesurée de toutes sortes de spiritueux et d'opiacés. 

Parallèlement à son goût du pouvoir se formait en lui l'esprit de conquête. Fort de quelques entraînements militaires pour en faire un jeune homme robuste, il s'était découvert une prédisposition pour le commandement militaire et l'implacabilité. Il nourrissait déjà des désirs de souveraineté sur le monde tout entier et se voyait à la place de son père, un univers à ses pieds, priant sa grandeur et louant sa beauté.

En raison de son caractère qui se forgeait d'une détestable manière pour un simple mortel, de son impiété et de celles de ses pairs qui n'avaient plus goût que pour l'argent et les plaisirs matérialistes, ces affronts répétés provoquèrent le courroux des dieux, qui eurent tôt fait de déchaîner toute leur fureur sur l'île merveilleuse qui abritait des âmes si abjectes. Les eaux se soulevèrent dans des torrents d'écume mortels qui formaient des vagues monstrueuses, les cieux se fendirent en deux pour laisser échapper leur impitoyable jugement céleste, enfin la terre même se rebella, de sorte que d'innombrables volcans parsemèrent rapidement l'île, crachant fumées toxiques et coulées de lave ardente à foison, réduisant à néant l'ancien paradis.

jeudi 12 janvier 2012

Des valeurs du Siècle

  Bien des gens en nos temps vantent les mérites de la sensibilité, en particulier dans une époque telle que la nôtre où d'aucuns semblent se complaire dans l'exercice de la cruauté et de la méchanceté, semblant tout à fait insensibles et dépourvus de conscience ou d'âme. 

  Cependant, je pense pouvoir affirmer que si la sensibilité est une chose nécessaire à toute âme pure, à toute fibre artistique, enfin, à tout être vivant digne de ce nom, cela afin de pouvoir reconnaître la véritable beauté là où elle se trouve (ce qui n'est pas forcément dire là où elle semble être, bien loin de là) et de savoir l'apprécier ; une âme trop sensible, quant à elle, est fragile d'un point de vue émotionnel et est facilement brisée par l'indifférence, rude maîtresse de notre société individualiste. Au sujet de telles affaires, quelqu'un d'insensible est en effet mieux loti qu'une personne trop sensible car lui, il a l'avantage de ne pas souffrir ou tout au moins de ne pas ressentir l'intensité de la souffrance induite par trop de sensibilité.

  En étant trop sensibles, nous devenons parfois même cyniques et désabusés lorsque l'affliction laisse sa noire empreinte sur nos cœurs. Nos temps ne sont pas faits pour la sensibilité ; ils sont durs, insolents, violents et font du 'culte du moi', de l'individu seul et non pas de la collectivité et de celui de la beauté physique des normes dans notre monde. Toute personne qui en vient à combattre cette société insoutenable s'expose à la souffrance induite par l'incompréhension d'un peuple hébété par les médias et les politiciens, qui n'ont que tout à perdre dans un monde plus égalitaire et juste où règnent les principes de fraternité et d'égalité.

  S'ensuit alors le cynisme et la misanthropie : face au manque de réponse d'un peuple rendu stupide par les images qu'on lui lance avec une insolence frénétique et par un débit d'informations incompréhensibles organisé de manière à le rendre débilitant et à lui mentir sans qu'il s'en aperçoive, on ne peut que s'insurger. Mais même le plus grand révolutionnaire, lorsqu'il se retrouve seul et qu'il se rend compte que personne ne le suit ou n'écoute son message, aussi déterminé soit-il, finit par baisser les bras et abandonner son but, le monde ne lui inspirant plus rien que du mépris et du dégoût.

   Si certains se laissent corrompre d'une manière ou d'une autre, d'autres sombrent dans la dépression ou décident de mener une vie dirigée par l'instinct grégaire comme le font la majorité des gens en nos temps, écrasés par le gant de fer qu'arborent nos politiciens sans cœurs ni intérêts pour ceux qu'ils considèrent comme venant de la plèbe ; n'ayant plus goût que pour l'argent, la gloire, le sacro-saint pouvoir qui sont les seules valeurs de ceux ayant vendus leurs âmes.

  C'est là la triste constatation de notre époque : d'aucuns se plaignent mais n'aiment pas le changement. En l'état actuel des choses, nous n'avançons pas, la morale stagne, les mœurs s'avilissent, l'éducation s'effondre, le peuple souffre, nos politiques se moquent ouvertement de nous ; nous n'embrassons rien, nous n'étreignons que du vide en menant respectivement nos vies. Le peuple doit s'unir pour faire changer les choses et mettre un terme à ce nouvel ordre mondial dont on aperçoit déjà la lente élévation, un ordre financier et gouvernemental international implacable n'ayant d'autre but que le contrôle des individus dans l'optique de rester au pouvoir et de continuer à provoquer la déchéance du monde et de la planète. Nous vivons une époque décadente qui n'a pas grand chose à envier à celle dépeinte par Pétrone dans son Satyricon. Les choses ne peuvent continuer ainsi, il est nécessaire d'ouvrir les yeux !

  Mais rares sont ceux qui le constatent et plus rares encore sont ceux qui l'acceptent et l'admettent. La fierté fait que l'on rejette le fait de devoir défaire tout ordre établi, bien que ce soit là la seule manière de créer une société juste et non pas un simulacre grotesque de société. Du chaos naît l'ordre. De la révolution naîtront donc la Liberté, l’Égalité et la Justice.

  C'est là la pensée de nous autres : anarchistes, marxistes et socialistes jaurésiens, camarades de toutes sortes, tous unis et tendus vers un seul but : faire revivre la Commune, créer un monde égalitaire, juste et libre, non enclavé par un système financier et marchand étouffant et dominé par des politiciens véreux !

  Mais nos temps, ah, nos temps... Qu'ils sont remarquables de par la décadence qu'ils ont induits ! De nos jours, rares sont ceux à se rappeler de la Commune de Paris, plus rares encore sont les révolutionnaires et il est difficile de ne pas se laisser aller au désespoir quand on constate l'inactivité de la population face à des situations qui pourtant sont insoutenables. Il semblerait que l'humanité se contente de sa vie oisive et se fiche de son exploitation, lovée qu'elle est devant sa télévision, occupée à s'engraisser et à s'abrutir.

  C'est ainsi que d'aucuns d'entre nous s'offrent à la misanthropie et à la négation de l'humanité et de la vie elle-même. Incapables d'accepter leurs vies intolérables et les réactions de leurs semblables, ils s'enferment en attendant que la mort les délivre. Ce n'est cependant pas une solution, cela n'en a jamais été une, et de tels états de faits sont consternants. Néanmoins, je ne peux que trop comprendre de tels sentiments, les ayant ressenti et les ressentant épisodiquement, souhaitant parfois voir une espèce aussi invasive et nuisible que la nôtre disparaître.

  Si nous n'agissons pas, notamment concernant la situation politique, économique, sociale et écologique de notre société, il est même probable que notre humanité elle-même en vienne à disparaître : être humain n'a jamais signifié vivre de manière égoïste, replié sur soi, ne pensant qu'à sa propre vie, sans se soucier de son prochain, sans être sensible à ses cris de détresse, sans rien faire pour l'aider ; se fichant en réalité profondément de son sort ! Non, là sont les défauts de notre société, nous devenons égoïstes, individualistes, matérialistes ; remplaçant nos âmes par le superflu ; nos esprits par l'instinct grégaire, des émissions stupides, des sujets de conversation insipides, de la littérature infâme et décadente, de la poudre aux yeux que l'on nous lance au visage ; enfin, nos corps devenant des ersatz d'immondes larves graisseuses se tortillant vulgairement face à leur nourriture corrompue. Voilà ce que sont nos temps ! Voilà l'avenir de l'humanité ! Voilà ce que nous sommes et que nous devenons.

  Nous devons revenir à des valeurs plus saines, c'est là l'impératif de notre génération. Cesser le carnage de la nature, revenir auprès d'elle, réapprendre à aimer son prochain, à faire preuve d'une générosité inconditionnelle, reconnaître le sens de la justice, distinguer le bon du vil et faire preuve d'un esprit éclairé par le savoir, la connaissance et surtout, la morale. L'Amour, la Morale et le Savoir sont les seules choses dont nous ayons jamais besoin, tâchez de ne jamais l'oublier.

jeudi 5 janvier 2012

Otherland





Otherland (ou Autremonde en français) est une saga de science-fiction (plus précisément appartenant au sous-genre du cyberpunk) écrite par Tad Williams (qui est également un auteur de fantasy, ayant fortement influencé Christopher Paolini, le créateur du cycle d'Eragon), de 1996 à 2001. Composée de 4 tomes en anglais (City of Golden Shadow, River of Blue Fire, Mountain of Black Glass et Sea of Silver Light), ceux-ci sont divisés en deux lors de la traduction française, pour un total de huit tomes (Autremonde, L'ombre de la cité d'or, Le fleuve entre les mondes, Les voiles d'illusion, Les exilés du rêve, La montagne de l'éternité, Le Chant des Spectres, Les Dieux de Lumière) pour former une série au total longue de plus de 2000 pages. La traduction française est de très bonne facture, malgré quelques rares anomalies et hésitations du traducteur et quelques très rares coquilles, mais ça n'a rien d'étrange compte tenu de la taille de la série. 

Otherland se passe au XXIIe siècle, dans un monde où la réalité virtuelle est absolument omniprésente et dans un contexte clairement dystopique. Pour citer la quatrième de couverture : "La réalité virtuelle s'est étendue à toute la vie sociale : elle n'a plus d'autres frontières que les limites de l'imagination de chacun. Une liberté absolue grâce à deux générations de brillants cerveaux et à des investissements fabuleux ! Mais aussi un contrôle absolu des individus par les hommes qui détiennent le pouvoir, unis dans la machiavélique Confrérie du Graal. Une utopie totalitaire. Une effroyable conspiration, fomentée par les hommes les plus puissants de la planète, menace cet univers trop lisse où tous les rêves se réalisent. En apparence ... Rares sont ceux qui ont compris cette machination diabolique. Plus rares sont encore ceux qui sont prêts à lui livrer bataille : une enseignante, un bushman, un amnésique, un ado et un vieillard se lancent à la poursuite d'une mystérieuse cité d'or ..."


Le premier des huit tomes se charge principalement d'expliquer comment fonctionne le réseau basé sur la réalité virtuelle, une sorte d'immense avancée d'Internet dans laquelle on peut s'immerger comme si l'on y vivait. La Réalité Virtuelle, ou RèV, se base sur un système de simulations qui peuvent être aussi variées que l'imagination humaine le permet, mais la connexion au réseau est payante pour l'immense majorité des simulations et le sentiment de réalisme n'est pas aussi prononcé que la réalité elle-même. La RèV s'oppose à la VTJ, la Vie de Tous les Jours qui perd de son attrait face à l'exploration de l'imagination même. Deux types d'êtres existent en RèV : les Citoyens, les humains normaux, et les Marionnettes, c'est à dire les PNJs, de simples lignes de code chargées de réagir selon des algorithmes plus ou moins complexes. Chaque Citoyen se matérialise dans une simulation sous la forme d'un Simulacre, ou plus simplement simul, qu'il peut customiser en fonction de ses moyens financiers. Ainsi, les riches et les bourgeois manifestent leur puissance financière en se créant des simuls très complexes, impressionnants ou improbables, tandis que ceux ayant moins de moyens ont bien moins de possibilités. Je dirais bien que les 3/4 de la saga se déroulent en RèV et plus particulièrement à l'intérieur du mystérieux réseau Autremonde, terrain de jeu de la Confrérie du Graal à la complexité et au réalisme inconcevables. La diversité des simulations fait que les romans offrent des environnements variés et des situations tout aussi variées. On notera de nombreuses références à la littérature, en particulier britannique, que ce soit au Magicien d'Oz, au Seigneur des Anneaux, à Alice de l'autre côté du miroir, à La Guerre des Mondes, etc.


C'est donc dans ce contexte que Renie Sulaweyo, professeure de réseau chargée d'apprendre les subtilités de la réalité virtuelle dans une école de Durban, fait la connaissance de !Xabbu, un jeune Bushman (ou Bochiman ou encore San, membre d'une population d'Afrique australe qui vit principalement dans le désert du Kalahari) perspicace et plein de la sagesse des mythes de son peuple, souhaitant être initié à l'utilisation de la réalité virtuelle. Des milliers de kilomètres plus loin, en Amérique, un adolescent du nom d'Orlando Gardiner passe tout son temps dans le Pays du Milieu, une simulation tolkien-esque conçue comme une sorte de très grande avancée dans le domaine des MMORPGs, sous les traits de Thargor, un guerrier surpuissant devenu une légende dans son monde. Dans une base militaire, un étrange vieillard demande l'aide d'une fillette du nom de Christabel Sorensen ... Dans un contexte radicalement différent, un homme du nom de Paul Jonas tente désespérément de survivre en plein milieu de la Première Guerre Mondiale et finit par grimper en haut d'un arbre qui mène jusqu'aux cieux, pour se retrouver dans un étrange château et rencontrer une femme oiseau qui lui tient des propos énigmatiques.


Il ne s'agit là cependant que d'un très petit nombre de protagonistes même s'ils sont les plus importants, car leur nombre grandira au fur et à mesure de l'avancement de l'intrigue, qui se révèle absolument excellente et gagne sans cesse en complexité. Chaque chapitre commence par les Inforésos, l'équivalent de nos journaux télévisés, qui s'ils n'ont la plupart du temps rien à voir avec l'intrigue en elle-même, apportent un peu de profondeur à l'univers des romans de Tad Williams, ce qui est appréciable car les passages détaillant le monde lui-même dans la VTJ ne sont que trop rares et ils sont pour le moins pessimistes. Le contenu de chaque chapitre en lui-même est le point de vue d'un personnage, à la 3ème personne cependant, bien que pour un personnage en particulier la narration soit à la 1ère personne du singulier ou la 1ère du pluriel, pour des raisons liées au personnage. Certains chapitres sont par ailleurs composés de plusieurs points de vue, soit car les personnages en question sont secondaires et qu'un seul point de vue ne ferait qu'un maigre chapitre, soit pour renforcer l'intensité des évènements tandis qu'on voit clairement que des évènements sont parallèles à deux personnages et qu'ils le vivent de deux manières différentes. Certains points de vue sont ceux des antagonistes, comme les membres de la Confrérie du Graal dont on découvre les sombres projets ... ou encore de Terreur, l'assassin à la solde d'Osiris, le fondateur et le membre le plus puissant de la Confrérie. Les chapitres finissent d'ailleurs souvent par des cliffhangers, donnant terriblement envie de connaitre la suite. L'alternance des points de vue est cyclique et la plupart du temps suit un rythme plus ou moins défini.


Le nombre des personnages est au total faramineux et chacun a son importance, au moins ne serait-ce qu'à un seul point de l'histoire. Retirez-en un seul et plus rien n'est pareil. Le plus intéressant est encore que chaque personnage est lié à un ou plusieurs autres, ce qui fait qu'au final on peut dessiner un gigantesque schéma et relier par divers liens chaque personnage à d'autres, les liant même aux antagonistes. Il est très intéressant de voir un personnage en croiser un autre dans un contexte que l'on aurait pas imaginé, parfois même seulement très brièvement mais cela donne l'impression très juste que "le monde est petit", comme on dit. Les personnages en eux-mêmes sont très développés et ces développements ne cessent de devenir meilleurs jusqu'à la fin, chacun ayant sa raison d'agir comme il le fait, ses motivations, son passé, ses espoirs, ses amis, sa famille, ses doutes ... Quasiment chaque personnage a ses révélations, parfois extrêmement surprenantes.


Pour finir, je dois dire que j'ai eu quelques appréhensions jusqu'à la toute fin concernant certains points, pour finalement découvrir que la fin est extrêmement satisfaisante et que mon seul regret est d'avoir fini de lire cette saga, très certainement la meilleure série que j'aie jamais lu. Il est par ailleurs outrageant qu'Otherland ne soit pas plus connu, surtout en France. De mon point de vue, si vous n'aviez qu'une seule chose à lire, ce serait cette série. Ne vous laissez pas effrayer par la longueur, elle est nécessaire pour mener jusqu'au bout une telle saga et tout développer. Je l'ai personnellement découvert grâce à cette chanson de Blind Guardian, excellent groupe soit dit en passant. Et notons enfin qu'un MMORPG sur l'univers d'Otherland est prévu. Maintenant, si vous avez lu ceci jusqu'au bout, vous savez ce que je vous recommande de lire le plus tôt possible et je peux vous promettre que vous ne serez pas déçu.