lundi 16 janvier 2012

Les Mésaventures d'Eugène le bien-né

Il était un jeune homme d'une remarquable beauté, prince de son état, fils d'un roi régnant sur un empire tel qu'aucun autre monarque n'eût jamais pu l'égaler, ayant asservi bien la moitié du monde, au sein d'une île où tout était abondance. Les richesses qu'on y pouvait trouver avaient tôt fait d'attirer la convoitise de tous les envieux et des concupiscents, aussi étaient-elles jalousement gardées au sein d'un palais fait d'or et de diamant qui semblait éclipser le soleil lors du crépuscule. Les conflits avec d'autres puissances, fussent-elles des ennemies de toujours ou des nations tombées sous la coupe de l'empire d'Atlantide, étaient si nombreux que l'armée insulaire était rapidement devenue la plus entraînée du monde tout entier. 

C'est dans ce cadre agité par des conflits, dont on entendait jamais que la rumeur, bien loin du palais, dans de petits villages pauvres qu'il était inutile de protéger, situés au bord de côtes rocailleuses, austères et accidentées, que grandit le jeune prince, qu'on avait nommé Eugène en raison sa grâce et de sa splendeur toute somme royales. Ayant vécu dans le luxe au sein de paradis de pierres précieuses, éloigné de tout ce qui pouvait s'apparenter à la plèbe, il avait bientôt acquis le dédain de ses parents pour le peuple et ce goût pour le pouvoir. Les constants compliments sur sa magnificence le rendirent arrogant et orgueilleux, méprisant quiconque ne reconnaissait pas l'harmonie de ses traits.

Lorsqu'il atteint sa majorité, il connaissait déjà la plupart des vices et des plaisirs que causaient l'opulence et l'excès de ceux qui possèdent trop de tout, marqué par une profonde avarice et un goût prononcé pour la débauche qu'induisait souvent la consommation démesurée de toutes sortes de spiritueux et d'opiacés. 

Parallèlement à son goût du pouvoir se formait en lui l'esprit de conquête. Fort de quelques entraînements militaires pour en faire un jeune homme robuste, il s'était découvert une prédisposition pour le commandement militaire et l'implacabilité. Il nourrissait déjà des désirs de souveraineté sur le monde tout entier et se voyait à la place de son père, un univers à ses pieds, priant sa grandeur et louant sa beauté.

En raison de son caractère qui se forgeait d'une détestable manière pour un simple mortel, de son impiété et de celles de ses pairs qui n'avaient plus goût que pour l'argent et les plaisirs matérialistes, ces affronts répétés provoquèrent le courroux des dieux, qui eurent tôt fait de déchaîner toute leur fureur sur l'île merveilleuse qui abritait des âmes si abjectes. Les eaux se soulevèrent dans des torrents d'écume mortels qui formaient des vagues monstrueuses, les cieux se fendirent en deux pour laisser échapper leur impitoyable jugement céleste, enfin la terre même se rebella, de sorte que d'innombrables volcans parsemèrent rapidement l'île, crachant fumées toxiques et coulées de lave ardente à foison, réduisant à néant l'ancien paradis.

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