mardi 17 janvier 2012

The Devils





The Devils (ou Les Diables) est un film de Ken Russell, sorti en 1971.
Se basant sur des évènements historiques survenus en France dans les années 1630 et connus sous le nom d'Affaire des démons de Loudun , il analyse ces faits d'un point de vue très profondément inspiré par
Les Diables de Loudun, étude d'histoire et de psychologie, récit d'Aldous Huxley qui interprète les évènements non pas comme un cas de possession démoniaque mais plutôt comme une machination menée par les puissants (et principalement le cardinal Richelieu) pour évincer Urbain Grandier, personnage central de cette affaire mené au bûcher après des accusations de sorcellerie et de possession à son encontre par les sœurs d'un couvent d'Ursulines et en particulier la mère supérieure, Jeanne des Anges.

Une chose est à noter : ce film n'est assurément pas pour tout le monde. Si on le classera en soit dans la catégorie dramatique, il fait preuve d'un réalisme brutal et est une critique profonde du fanatisme religieux et de la France du XVIIe siècle, il va donc de soit que je doute que les croyants apprécient ce film. Et même si vous êtes agnostique ou athée, il y a un autre facteur qui fait que le film pourrait vous déplaire : il se montre en effet très perturbant et violent, comptant des scènes assez sanglantes ou grotesques qui démontrent une intense horreur physique et un certain érotisme qui flirte avec le blasphème. En raison de ces faits, le film fut censuré un nombre incalculable de fois et banni d'un certain nombre de pays. Même à l'heure actuelle, il est pratiquement introuvable en DVD. Si vous parvenez à supporter cette horreur physique et à apprécier la frénésie grotesque qui se dégage de certaines scènes toutes particulièrement marquantes du film et qui servent délibérément le message du film, très clairement en faveur d'Urbain Grandier, alors vous aurez face à vous l'un des meilleurs films jamais réalisés et l'un des plus méconnus également.

Vous êtes prévenu.


Mais revenons au scénario du film en lui-même. S'il se permet quelques libertés au regard de la vérité historique, il reste néanmoins très fidèle par rapport à la réalité des évènements qui se sont déroulés à Loudun en ces temps troublés. 


Nous sommes à l'époque du règne de Louis XIII. Richelieu tente de le manipuler en le convaincant que les murailles de chaque ville de France doivent être détruites pour éviter que des protestants s'y cachent (oui, la corrélation entre les deux m'échappe aussi un peu). Si l'efféminé (et ce n'est pas peu dire) monarque acquiesce, il se refuse néanmoins à toucher aux remparts de la ville de Loudun pour respecter la promesse qu'il avait faite à son gouverneur.

Oui, c'est ça qui dirige la France à cette époque.


Pendant ce temps, à Loudun, ledit gouverneur a été emporté par la peste et le prêtre jésuite Urbain Grandier dispose désormais du contrôle de la cité. Grandier a une certaine fierté et est plutôt débauché mais reste très populaire et apprécié, principalement en regard de son intelligence et de sa beauté. Son manque de scrupules et son goût pour le plaisir de la chair l'amènent à coucher avec des femmes qu'il refuse de fréquenter sitôt qu'elles tombent enceinte mais malgré ces écarts de conduite, il reste un homme éclairé qui tient au bien-être de sa cité et parvient à voir par-delà ses remparts les machinations qui se trament et qui a sa propre vision des choses bien plus éclairée que celle de ses contemporains. Malheureusement pour lui, sa chute est amorcée dès lors que Jeanne des Anges, mère supérieure d'un couvent, déformée et névrosée, s'éprend éperdument de lui au point d'en avoir des fantasmes pratiquement blasphématoires et de faire tout pour l'approcher. Sa désillusion et sa déception lorsque Grandier se mariera secrètement, après avoir réussi à justifier auprès de sa compagne qu'un prêtre catholique se mariant n'avait rien de sacrilège aux yeux de Dieu, et qu'elle l'apprendra, la conduiront vers une folie et une hystérie qui touchera tout le couvent et qui ne pourra que le condamner.

Dans ses fantasmes, Jeanne des Anges voit Grandier comme le Christ.


Dès lors que la folie de Jeanne des Anges et sa déception la mèneront à calomnier Grandier, pourtant innocent, l'horreur véritable commencera et ne fera que croître, grâce à l'arrivée du Père Barré, un exorciste zélé dont les actions semblent n'être que la preuve du plus grand fanatisme religieux qui soit. Ses pseudo-méthodes d'exorcisme violentes, dépravées et barbares, comme l'introduction d'enemas ou le viol, se révèlent en soit inefficaces mais par la force du complot serviront à trouver des preuves grotesques pour condamner le jésuite. Par ironie, les seules personnes à être du côté de Grandier et considérant l'exorcisme de Barré comme grotesque sont un boulanger et un aubergiste. Pourtant, face à cette violence menée par l'exorciste, Grandier fait preuve d'un calme et d'une froideur exemplaires tandis qu'il sera accusé à tort de toutes les ignominies.

Le Père Barré est de loin le personnage le plus inquiétant de tout le film.


A travers l'exemple de la chute d'Urbain Grandier, qui est certainement le plus éloquent que nous ayons, le film dresse la critique très virulente du fanatisme religieux et de ses conséquences mais également des machinations politiques orchestrées par le cardinal Richelieu, véritable responsable de la condamnation à mort du jésuite pour ses propres intérêts, camouflés sous prétexte de sorcellerie et de soi-disante possession démoniaque. La scène du tribunal de l'Inquisition démontre parfaitement tout ceci : Grandier se défend de manière exemplaire et son argumentation, exposée calmement et avec raison, n'a pas la moindre faute mais face aux critiques violentes et infondées des alliés de Richelieu il se retrouve condamné à la torture et à la mort.

Le Ku Klux Klan a déjà décidé du sort de Grandier.


Au final, je ne saurais que vous conseiller de voir ce film que j'ai découvert par pur hasard.
Vous l'adorerez ; vous le détesterez ; mais il ne vous laissera pas indifférent.

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