vendredi 30 décembre 2011

De la décadence morale, culturelle et artistique

Il est un fait qui caractérise notre siècle plus qu'un autre : après que nous soyons sortis d'un âge de ténèbres et que nous ayons revisité notre héritage antique sous la Renaissance, nous nous trouvons désormais dans un âge caractérisé par l'ignorance et une décadence des mœurs telle qu'elle ne dispose même pas de la beauté et de l'extase des sens qui est le propre de l'hédonisme, qui bien que je la considère comme une doctrine avilissante, se révèle encore bien plus sophistiquée et raffinée que la débauche immorale et obscène de plus en plus présente au fil des générations en nos temps.

Notre époque n'est même plus caractérisée par de simples plaisirs libertins pratiqués dans une certaine élégance mais par une véritable dépravation jusque là rarement connue, tandis que les artifices intellectuels et artistiques qu'elle produit sont loin d'équivaloir la qualité et la beauté des génies des siècles passés. Le véritable amour est en exempt.

Prenons l'exemple de la musique. Évidemment, il existe toujours de grands orchestres et l'on joue toujours des symphonies de Beethoven, des œuvres de Wagner, Mozart, Chopin ou Bach, pour ne citer qu'eux. De même, et bien heureusement, la poésie existe toujours et l'humanité n'a pas encore perdu le sens de la beauté des choses, sans quoi nous serions bien damnés. Non, en effet, la splendeur musicale existe toujours et des génies de l'harmonie sonore savent encore recréer ce sentiment et cette majesté qui caractérise les œuvres des grands compositeurs et qui émeut l'âme. Là n'est pas la question, mais le fait est que de telles créations sont noyées dans la masse de pseudo-créations insipides et sans âmes qui sont pourtant si populaires de nos jours. Nous vivons une sombre époque où les génies demeurent majoritairement dans l'ombre tandis que brillent les adeptes d'une poésie hideuse et fade, quand du moins l'on peut nommer cela de la poésie, compte tenu du fait qu'il s'agit encore souvent d'une prose insensée. C'est un triste fait, mais la musique, qui existe depuis l'aube des temps et est un instrument sacré pour l'élévation de l'esprit et de l'âme, subit elle-même cette déchéance et flétrit de par la recrudescence de pseudo-musiciens sans talent qui ne font que déprécier leur art.

Concernant le cinéma, on peut là aussi noter un soudain engouement pour des films creux et sans message, sans style propre, sans âme, sans symbolisme ou même intérêt que ce soit, bien des films n'étant qu'une infâme poudre qu'on vous jette aux yeux, des images stupides défilant à toute allure sur un écran, mettant en scène une intrigue pitoyable écrite sur un post-it une après-midi pluvieuse. Là encore, l'espoir existe toujours et de nombreux réalisateurs excellent dans leur art avec cette fois très souvent le succès qu'ils méritent, mais j'en viens à me demander si l'on reverra un jour un Kubrick ou un Hitchcock. 

 La littérature est peut-être l'art le moins touché par cette décadence puisqu'il existe encore bien des romanciers, essayistes, philosophes et autres nouvellistes n'ayant point renoncé à l'art de l'écriture. On remarque là aussi néanmoins l'apparition, notamment dans le genre romanesque, d’œuvres ridicules élevées au rang de chefs d’œuvre, le même genre de créations littéraires qu'on porte ensuite sur le grand écran et qui rencontrent encore le même succès effronté qui n'a pas raison d'être, sinon qu'il fût bien plus modéré au regard de la qualité de l’œuvre. 

La peinture est un art fortement touché par cette popularisation de l'art, qui d'une certaine manière l'abâtardit. Nous sommes passés de courants artistiques aux productions sublimes, comme l'Impressionnisme, l'Expressionnisme, même le Cubisme et le Fauvisme, tiens, avec des noms aussi éternels que Rembrandt, Renoir, Cézanne, Delacroix, Picasso, Monet, Manet ... à des productions dénuées de toute beauté, que l'on nomme Art Abstrait. Enfin, il est tellement abstrait qu'il n'a plus rien d'artistique dans la majorité des cas. Certains peintres comme Kandinsky ont su faire de l'art abstrait intéressant, des créations légèrement surréalistes sans rien avoir d'un Dali pour autant, mais tant de ces toiles ne sont que des assemblages difformes de formes géométriques colorées et de lignes, comme si les mathématiciens s'essayaient à la peinture. J'ignore ce qu'il en est, et comment on peut considérer cela de l'art, mais je sais que cela me paraît bien laid et sans chaleur, du pseudo-art qui n'a rien de Beau, au point que quiconque barbouillant hasardeusement sa toile dans un état confus d'ébriété peut désormais s'auto-proclamer artiste et être considéré comme tel par les masses et les pseudo-critiques.

Et ironiquement, tandis que l'on élève en génies des personnes sans talent, nous oublions de contempler les créations du passé, alors que c'est bien dans le passé que l'on puise l'inspiration pour modeler l'avenir. Ce n'est pas un hasard si les plus grands génies des arts avaient pour la plupart une grande connaissance des auteurs antiques et une érudition remarquable : il n'y a que par la connaissance des œuvres passées de son art que l'on peut tirer de quoi briller réellement et avec tout le mérite dû. Rares sont les exceptions, les personnes capables de briller par leur talent sans avoir eu le loisir d'étudier leurs prédécesseurs, bien qu'ils existent bel et bien et qu'ils soient souvent les grands précurseurs d'une évolution majeure. Et qui plus est, si de telles personnes déjà remarquables de par leur simple esprit parviennent à tirer le meilleur de leurs études, nous obtenons là des gens exceptionnels qui brillent tels des flambeaux, des exemples qui éclairent leurs siècles. 

Enfin, le talent dans l'art est sans doute inné : n'est pas écrivain ou musicien doué qui veut, la pratique aidant simplement à forger ce talent déjà préexistant. Néanmoins, nos temps font que bien des gens ne disposant pas de ce talent inné s'essaient aux arts. S'il n'est rien de mauvais en soi en cela, bien entendu, cela pose néanmoins le problème du surplus d'informations. Les génies et gens talentueux finissent noyés dans cette masse de gens communs. De même, puisqu'une certaine part de l'humanité a perdu le goût de la littérature, de l'érudition et de la connaissance, c'est à travers notre ignorance que nous élevons en chefs d’œuvre des gens ne le méritant en réalité pas : ne connaissant que trop mal notre passé artistique, nous vénérons ce que nous connaissons le mieux, c'est à dire une époque moderne caractérisée principalement par cette médiocrité commune, d'où des standards de qualité remarquablement bas. 

Pour remédier à cela et redonner aux arts leur splendeur, il est sans doute nécessaire de passer par une éducation efficace et profonde par l'étude des écrits anciens. De même que les Lumières ont éclairé un Moyen-Âge décadent et que la Renaissance a redonné le goût pour l'Antiquité, il est de notre devoir de promouvoir la connaissance et l'érudition afin que nous nous échappions de la pauvreté artistique et culturelle dans laquelle nous ne faisons que nous enfoncer. La constatation de cet état de fait est très simple : étudiez les romans les plus vendus, en particulier ceux dédiés à la jeunesse, et comparez-les à leurs modèles plus anciens, ceux dont ils inspirent vaguement parfois même sans le savoir ; de même, écoutez les chansons et autres musiques de notre époque les plus populaires : il est rare qu'il s'agisse de chefs d’œuvre, et en réalité ils témoignent encore là de cette insipidité que nous devrions exécrer et que pourtant nous idolâtrons.

mercredi 28 décembre 2011

La Chute (en cours d'écriture)

Voilà un nouveau début de roman, que j'espère cette fois peut-être finir. Quelques éléments sont sans doute propices au changement et je ne suis pas pleinement satisfait, mais pour l'heure, je le poste tel quel, la fatigue ne me permettant pas d'être un bon juge.

La Chute

Il était assis face à son bureau, le visage éclairé par les lueurs mourantes d'un cierge, réfléchissant déjà depuis plusieurs heures. Il s'agissait d'une habitude ancrée depuis de si nombreuses années qu'il ne pourrait plus jamais s'en défaire et qu'il ne comptait pas d'ailleurs abandonner, en sa qualité d'écrivain, bien qu'il peina à trouver quelque idée depuis quelques temps. Ah, les nombreuses heures qui passèrent déjà sans qu'il n'obtint de ses réflexions autre chose que des feuilles froissées et un grand mécontentement ! Cette nuit ne serait pas différente des autres, cela il pouvait le sentir. Quelques concepts et idées lui étaient bien venus, mais il ne parvenait pas à les exprimer comme il le voulait, le laissant empreint d'un grand sentiment de frustration.

Cet homme, c'était Léon Wojzac, un auteur autrefois célèbre et mondialement reconnu. Enfant lors de la Seconde Guerre Mondiale, il était un rescapé de l'Insurrection de Varsovie au cours de laquelle ses parents avaient trouvé la mort. Immigré polonais résidant en France, il avait connu le succès après avoir publié son autobiographie dans laquelle il détaillait tout particulièrement le combat de ses parents face à l'horreur du stalinisme et sa vie dans la France d'après-guerre, au milieu d'un pays meurtri et en ruines. Sa soudaine ascension sur le devant de la scène sociale l'avait amené à une vie plus qu'aisée où les soirées mondaines étaient monnaie courante. On trouvait parfois le succès grâce à un seul ouvrage. C'est à l'occasion de l'une d'entre elles qu'il rencontra sa future femme, Eva Collins, la rédactrice en chef d'un grand journal parisien.

Durant cette période, il ne cessa d'écrire, ou du moins de tenter d'écrire, car l'inspiration semblait l'avoir abandonnée après un temps. Il parvint encore à publier un essai et un roman, mais ceux-ci reçurent des critiques pour le moins mitigées et le succès semblait s'en aller. Sa femme, qui s'intéressait en réalité plus à son argent et à sa réputation qu'à sa personne, voyant que sa popularité déclinait, eut bien tôt fait de divorcer après quelques années de mariage, l'abandonnant seul à l'amère contemplation de sa chute. Il lui semblait avoir été abandonné de tous et il ne faisait que devenir de plus en plus aigri en essayant en vain de produire quelque chose de valable, et ce depuis désormais de nombreuses années.

Aux yeux du monde, Léon Wojzac n'était rien de plus qu'un vieil écrivain ayant connu un simple succès éphémère et ayant désormais pour seul loisir le fait de songer à ses années passées, le coeur lourd.

Ce soir-là, cependant, tard dans la nuit, après des heures passées à ruminer son passé tout en tentant désespérément de trouver un sujet, il lui semblait avoir enfin une véritable idée, pour la première fois depuis des années. Il se mit à écrire frénétiquement, couchant ses idées sur le papier tandis qu'elles semblaient se déverser d'elles-mêmes de son stylo. Après tant de temps passé à l'inaction, il se dit qu'il se relirait plus tard et qu'il ne fallait pas laisser disparaître cette soudaine inspiration. Il continua d'écrire pendant quelques heures jusqu'à obtenir une dizaine de pages et un début d'intrigue qui lui semblait satisfaisant. Il l'avait baptisé 'La Chute', titre curieux en vertu du fait que cette ébauche d’œuvre faisait naître en son cœur une douce lueur d'espoir.

Les yeux brûlants, enfin un tant soit peu satisfait de lui-même, il se coucha et s'endormit avec le sourire aux lèvres, reposant d'un sommeil tranquille.

Lorsqu'il rouvrit les yeux le lendemain, il ne put rien voir d'autre que le néant. Ses pupilles étaient blanches. Léon Wojzac était soudainement devenu aveugle, frappé par la cécité.

*

lundi 26 décembre 2011

Jeux littéraires

Tandis que je ne me sentais pas l'inspiration d'écrire une nouvelle ou de coucher mes réflexions et mes pensées sur le papier, mais néanmoins brûlant de la volonté de créer, il m'est venu à l'idée de m'essayer à quelques jeux littéraires afin de stimuler ma créativité.  Ceux-ci se trouvent sur http://www.zulma.fr/luna-circus.html, si d'aucuns d'entre mes lecteurs, dont je viens parfois à douter de la réalité, tiennent à s'y essayer. Je devrais peut-être participer à un atelier d'écriture, ma foi ...

1) L'atelier 1
Le froid et la solitude s'étaient emparés de son âme.. Il se trouvait au milieu de ruines, entouré par des murs cyclopéens..

Le visage tâché de sang, il était mort.. On l'avait retrouvé dans un manoir, une épée effilée à travers le corps..

D'aucuns en nos temps ne désirent plus vivre seuls sur une île à grimper aux palmiers.. Non, en effet, ils préfèrent se pavaner à la lumière avec leur air arrogant..

Il était seul au milieu du désert, avec pour seule compagnie la Lune.. Le désespoir l'envahissait et, au sein de ce monde sombre et noir, l'envie d'hurler lui prenait. Seule le sauvait de la folie son éducation stricte qui lui avait imposé des manies et une gestuelle maniérée..

Tandis que j'étais à la tête d'un navire naviguant entre les glaciers, sous le ciel noir couvert d'étoiles, quelque chose devant le bateau remua.. Des plate-formes faites de glace polie émergèrent des eaux, laissant apparaître une somptueuse beauté qui s'avançait vers le vaisseau, le pas traînant..



 2) L'atelier 2


Pour information, les mots en gras sont relatifs aux mots choisis parmi une liste tandis que les expressions soulignées sont celles ayant un lien direct avec le tableau ou la gravure.

 La Grâce du Fou 

Le fantôme sur la terrasse, Delacroix

Alors tu oublieras la lune et les étoiles. Tu vogueras au sein d'un désert, homme solitaire, inconnu de la société. A travers ton périple, t'amène-t-il dans un labyrinthe ou au sommet d'une sombre montagne, tu contempleras ton reflet, ce fantôme en armure qui jamais ne rompt son silence et qui languit d'amour pour sa dulcinée. Alors que tu songeras à tes blessures et au prix du sang, tu verras le véritable visage de Dieu.


Le Coup de Vent, Steinlen

L'homme était là, en retrait, à l'écart. Sa présence ne pouvait être devinée que grâce à une mince ligne de lumière qui tombait sur son visage, tel un éclair dans l'azur. Tout le monde dansait et s'amusait mais lui, il contemplait le dehors pour voir les dernières fleurs d'automne faner et disparaître. Au fond de lui, il n'avait jamais été qu'un enfant dans une corbeille, ce monde n'était pas pour lui, et le peu d'attention qu'on lui prêtait était pour lui propice à son évasion.


Gravure inspirée par La Divine Comédie de Dante Alighieri, par Gustave Doré

Il se trouvait dans un océan de folie, menaçant d'être englouti par les flots de la déraison. Il maudissait Dieu de lui réserver pareil sort et ses blasphèmes se retournaient contre lui tels les échos d'une plainte amère. Il ne parvenait pas à accepter la tournure des évènements qui l'avait menée à commettre pareil crime sous l'effet de l'ivresse.

samedi 24 décembre 2011

La main d'écorché

Abreuvé depuis bien longtemps par la littérature fantastique, j'ai récemment commencé à lire d'autres auteurs qu'Edgar Allan Poe et Howard Philips Lovecraft s'étant eux aussi illustré dans le genre. C'est aussi le cas de Maupassant, dont j'ai commencé à lire les nouvelles à caractère surnaturel, et si je dois dire que j'y trouve mon compte du point de vue de l'intrigue et de la manière dont le récit est mené, je trouve certaines nouvelles comme dénotant d'un fantastique trop détaché et académique. Selon moi, le fantastique doit être vu et ressenti par le lecteur de manière frappante afin de le marquer et de distiller dans son esprit ce sentiment de doute et d'angoisse qui est le secret des maîtres du genre. Sentant que certaines nouvelles ne le possédaient pas tout à fait, je me suis permis d'en offrir ma propre interprétation en gardant les grandes étapes de l'histoire tout en modifiant en bien des manières le récit. Il s'agit ainsi d'une réécriture mais aussi d'une sorte de renaissance de ces nouvelles dans un style que j'espère plus moderne et moins académique. Si quelqu'un désire lire la nouvelle originelle, qu'il suive ce lien : http://maupassant.free.fr/textes/ecorche.html

La main d'écorché, réécrit depuis une nouvelle de Maupassant

S'il est une chose qu'il est bon de savoir à mon sujet, c'est que je n'ai jamais en aucune manière été sujet à la moindre crédulité. Poursuivant des études poussées en sciences, je me sentais tout à fait capable de faire disparaître ces grotesques superstitions qui hantaient les esprits des gens trop crédules. J'en étais ainsi venu à m'intéresser aux mythes locaux et à disposer d'objets et de livres touchant de près ou de loin à la sorcellerie et à l'ésotérisme.

Un soir, tandis que je poursuivais une discussion animée avec certains de mes amis, la senteur de l'alcool mêlée à celle de l'opium envahissant la pièce, j'en vins à parler de ma dernière acquisition : il s'agissait d'une main que j'avais achetée à un marchand de fournitures en tous genres et de soi-disants artefacts magiques que je pris pour un charlatan. Il m'avait assuré qu'elle avait appartenu à un ancien meurtrier, connu pour la violence de ses méfaits et son goût pour le sang, au point qu'on l'eut surnommé le 'Démon'. Après que son propriétaire eut été exécuté, le bourreau avait cru bon de conserver l'une de ses mains afin d'en faire sa fortune et elle passait depuis de main en main depuis quelques siècles, parfois dans des conditions sanglantes puisque quelques uns des acquéreurs de cette main furent retrouvés étranglés sans que l'on trouva la moindre explication.

Loin d'en être inquiété, je la laissai traîner sur mon bureau, à côté d'un rare exemplaire du Pseudomonarchia daemonum que j'avais acquis lors d'un de mes séjours. Lorsque j'abordai l'origine de cette main, l'un de mes amis, étudiant en médecine de son état et déjà passablement éméché, se proposa de me l'emprunter afin de l'étudier et d'en déceler la vérité. Je n'y voyais aucune objection et la lui donna, mais une autre de mes connaissances, un jeune homme plus jeune que nous tous et que je n'avais jamais trop apprécié par sa trop grande naïveté, l'en défendit et me conseilla de m'en débarrasser le plus vite possible avant que malheur n'arrive. Mon ami lui rit au nez et s'empara de la main tandis que je revenais à l'un de mes débats sur la crédulité et l'absurdité de l'ésotérisme face à la science. La conversation perdura quelques heures et tout le monde rentra chez soi. Je m'abandonnai moi-même au sommeil.

Le lendemain, après m'être occupé de mes propres études et avoir commencé ma relecture du Discours de la méthode de Descartes, je me rendis chez mon ami afin qu'il me fit part de ses découvertes. Il se montra décontenancé en m'annonçant que si la main avait effectivement plusieurs siècles, il ne parvenait pourtant pas à s'expliquer comment elle avait si bien résisté à la putréfaction et du peu de traces de nécrose des tissus sans qu'il y ait de traces d'embaumement ou de gel. N'entendant que peu de choses à la médecine, je lui laissai mon hypothèse selon laquelle la main n'avait été tranchée que récemment et qu'elle ne datait pas d'aussi longtemps que la légende le disait, mais il se montra catégorique et m'expliqua en des termes médicaux complexes auxquels je ne compris pas grand chose ce qui l'amenait à croire qu'elle était si vieille.

Il fit ensuite preuve d'enthousiasme et m'annonça qu'il s'agissait peut-être de la plus grande découverte médicale qui ait été faite depuis bien longtemps et qu'elle pourrait avoir des répercussions gigantesques, car cette main lui paraissait encore pratiquement vivante.

Le laissant à son travail avec son enthousiasme effrayant, je m'en retournai chez moi. Curieusement, le sommeil me fut difficile à trouver, car en mon esprit je repensais à la légende, à ces histoires de démon et de main encore vivante, le doute se distillant lentement dans mon esprit cartésien. Bah ! A force de côtoyer des gens crédules, il semblerait qu'on le devienne aussi.

Je fus réveillé plus tôt que d'habitude à cause de grands bruits et d'une remarquable agitation au dehors. M'habillant à la hâte, j'en vins à sortir pour en voir la cause et constata un attroupement de villageois autour de la maison de mon ami médecin. Forçant mon passage au travers de la foule, je parvins à entrer dans la maison dans laquelle je me trouvais il n'y a pas si longtemps encore pour la retrouver dans l'état le plus effroyable.

Sans que d'après les apparences c'eut été dû aux nombreuses personnes présentes dans chaque pièce et à l'agitation qui y régnait, tout était en désordre, ce qui dénotait avec le caractère très pointilleux de mon ami et était tout à fait inhabituel de sa part.

En le cherchant du regard, j'en vins à trouver un grand nombre de personnes autour de son lit. M'approchant, je demandais ce qu'il s'était passé, ce à quoi un agent de la police me répondit de regarder par moi-même. Ce que je pus voir m'horrifia et me terrorisa : mon ami gisait là, allongé sur le dos, le teint terriblement blafard et le visage figé dans un rictus d'effroi, une marque noire de la forme d'une main tout le long de son cou. Les ongles de l'agresseur semblaient être même entrés dans sa peau, car des filets de sang en coulaient et maculaient les draps du précieux liquide.

Ne pouvant davantage supporter la vue de cet affreux spectacle, je détournai le regard et demandai à l'agent si une main avait été trouvée. Il me dévisagea d'un air étrange et me répondit par la négative. Se pouvait-il que ... Non, c'était ridicule, impossible, grotesque. La vérité était là : il avait été assassiné et l'on avait volé la main, c'était la seule explication logique. Alors que je me frayais un chemin vers la sortie pour prendre l'air et méditer sur cette sombre affaire, j'en vins à croiser le jeune homme de l'autre soir, les traits marqués par la tristesse et la peur. "Je vous l'avais bien dit, je vous avais prévenu ... La main, elle est maudite.", voilà les mots qu'il prononça à ma rencontre. Le pauvre était visiblement en état de choc, ce qui le conduisait aux plus folles pensées, voilà tout.

Lorsqu'on l'enterra dans l'après-midi, les fossoyeurs firent une étonnante découverte. En-dessous du trou creusé pour abriter sa tombe se trouvait un autre cercueil, bien plus ancien. Lorsqu'on l'ouvrit, force fut de constater que le défunt n'avait qu'une main et qu'il lui en manquait une. Alors que tout le monde s'interrogeait sur les raisons d'une telle plaisanterie, un terrible doute s'empara de moi, me forçant à courir pour rentrer chez moi.

J'ignore quelle horrible prémonition me conduisit à cela, mais je pus voir la main, tachetée de sang, siégeant fièrement mon bureau, ses doigts et ses ongles encore vermeils tournés vers moi. Il me fallut quelques secondes pour reprendre mes esprits. L'assassin devait jouer avec mes nerfs et s'amuser à faire pression sur moi. Je m'emparai de la main et me rendit sur une colline où je l'enterrai à plusieurs mètres sous terre. C'était une action absurde, mais dans mon esprit ce doute continuait de grandir et il s'agissait du seul moyen de me préserver de la folie grandissante en moi.

Lorsque j'eus fini ma besogne, la lune se trouvait au-dessus de moi, pleine et menaçante, semblant vouloir m'avertir. J'ignorais tous ces signes de folie latente et me promis de prendre des vacances loin d'ici le plus tôt possible afin de reposer mon esprit. Sur cette motivation, je rentrai chez moi. Mon sommeil fut cette fois agité par d'étranges rêves et un cauchemar me laissa trempé de sueur et sonné par la stupeur. Je ne pouvais m'empêcher de penser à cette main et l'oppression et cet infâme doute que je ressentai me conduisirent à retourner à cette colline.

Oh, ciel, puisses-tu veiller sur mon âme ! Lorsque j'y revins, je ne pus trouver que les traces d'une excavation, le trou où j'avais enterré ce maudit appendice était béant, de la forme d'une simple main.

Depuis, je ne parviens plus à trouver le sommeil. Agité de tremblements et sujet à des crises d'angoisse, je suis persuadé que la mort viendra bientôt me chercher et que le Démon s'emparera de ma vie d'ici peu. L'autre avait raison, cette main était maudite, c'était celle du Diable !

lundi 19 décembre 2011

Du ciel d'hiver

Il est des moments où, tandis que je contemple le ciel d'hiver, je ne puis empêcher les larmes de me monter aux yeux. La beauté d'une telle scène me captive et m'émeut de la plus belle manière qui soit, en remplissant mon cœur d'une doucereuse tristesse.

J'ai déjà abordé, je le crois, ce point : ma peur la plus grande est de disparaître dans l'indifférence la plus totale. J'ai pu voir les ravages du temps sur les souvenirs et la mémoire. Rien ne saurait être plus triste que ces cimetières de tombes anonymes, ces morts inconnus abandonnés par l'humanité et oubliés de l'Histoire. Il n'est pas de destin pire que finir oublié, mais je suis d'avis que je préférerais encore être oublié que connu pour mes crimes.

J'abomine le fait de pouvoir un jour rejoindre ces inconnus, reposant sans jamais recevoir de visites ou sans qu'on évoque leur histoire ou leur nom. Ils restent là, existant toujours un peu jusqu'à ce que vienne le jour où plus personne ne pourra jamais parler d'eux à nouveau, et alors ils disparaissent pour toujours de la mémoire de l'humanité. Certains parviennent à survivre à travers les âges mais au fil des siècles même leur renommée commence à se dissiper.

Ainsi, en devenant célèbre, nous n'obtenons qu'un sursis, nous ne survivons que quelques années de plus que le quidam lambda et le temps finit malgré tout par nous rattraper pour nous emmener rejoindre nos négligés disparus.

Rien n'est éternel et la volonté même de l'être n'est qu'un désir humain profondément égoïste, je le réalise et l'accepte. C'est précisément pour cette raison que je tiens à ne pas faire partie des premiers oubliés. Dussé-je mourir jeune et que mon nom survive un peu plus longtemps, j'en serais là plus satisfait certainement qu'en mourant vieux pour disparaître aussitôt des mémoires.

C'est pour cela que la vue du ciel d'hiver m'émeut tant : il montre clairement la froide étreinte du temps sur les choses et les flocons de neige qui en tombent ont tôt fait de dissiper les choses les moins hautes et de les cacher à la vue des Hommes.

Nos vies ne sont jamais que de petites choses sous une éternelle pluie de flocons qui finit par tout recouvrir. Afin que d'aucuns par le monde gardent notre souvenir le plus longtemps possible, montrons-nous grands par nos âmes, nos actions et notre volonté pour mieux perdurer  et marquons le monde par notre passage !

vendredi 16 décembre 2011

De l'art des débats stériles, ou celui de la stagnation sociale ; de la réalité du monde

S'il est une chose qui m'agace plus qu'une autre en ce monde, c'est bien la tendance qu'a notre société de faire des pseudo-débats sur des questions d'éthique, de moralité et d'égalité que nous aurions dû depuis déjà bien longtemps résoudre. Fut-ce quant au choix de la sexualité des individus, au sujet de l'inégalité salariale entre hommes et femmes, à propos d'autres thèmes soi-disant controversés, quel est le besoin d'en faire des débats et d'où tirons-nous l'arrogance de pouvoir déterminer que telle chose est morale tandis qu'une autre ne le serait pas ?

Les anciens Grecs et antiques Romains pratiquaient déjà l'homosexualité et aucun pseudo-courroux divin ou décadence morale n'a pu être observé, à part la déchéance induite par les conflits fratricides et les complots de politiciens véreux, qui n'ont rien à voir avec le choix de la sexualité. De telles mesures ne peuvent être prises que par les individus eux-mêmes et par eux seuls. Il n'appartient à personne d'émettre quelque jugement que ce soit, et j'abhorre quiconque pense le contraire. Alors quelle est cette religion qui se prétend proférer les mots de Dieu et condamne ceux qu'elle nomme vulgairement 'sodomites', si ce n'est une aberration causée par le fanatisme ? L'excès en toute chose est mauvais ; aussi l'excès de foi ne peut-il nous mener qu'à des situations aussi ridicules que la répression de l'homosexualité au sein d'une société qui se prétend libre et ose mentionner le concept d'égalité quand elle ne l'applique pas à quelque degré que ce soit.

S'il est un Dieu qui observe les Hommes et qu'il n'est ni chimère fantasmagorique ni squelette brisé suspendu à la voûte des Cieux, attendant de s'écrouler enfin, n'est-il alors pas un être oisif qui se contrefiche de l'avenir de l'humanité puisqu'il laisse ainsi les gens faire profession de haine en Son nom, ou est-il au contraire derrière toute cette haine ? Je désavoue l'existence d'une telle divinité et méprise quiconque s'y soumet de la sorte qu'il en vienne à blesser ses semblables en poursuivant l'application des affabulations d'un livre si ancien, symbolique et écrit dans un langage si sibyllin que tout un chacun peut y voir ce qu'il veut.  

Nous sommes libres : aussi devrions-nous disposer de tous les choix possibles, sans avoir à subir la pression de mentalités décadentes ou l'oppression de croyances religieuses désuettes. Le fait que l'homosexualité puisse être vue comme un signe de débauche ou une anomalie ; ceux qui dénigrent les femmes ou celles qui au contraire méprisent les hommes ; tout cela montre bien la principale faille de l'Homme : sa tendance à constamment tout juger et à rapporter à ses propres valeurs intrinsèques tout ce qui existe, sans avoir la moindre once de sagesse ou une vision plus modérée des choses.

Ainsi, ce sont les gens tels que les homophobes, les fanatiques religieux, les misogynes, les androgynes et les xénophobes qui empêchent tout progrès au sein de la société. Ce dont nous débattons dans des discours insensés ne devrait pas même être sujet à débat : il s'agit de la liberté et du principe d'égalité, qui nous sont des droits inaliénables.

Tous les hommes et femmes sont égaux en droits. La simple existence d'une inégalité salariale entre les hommes et les femmes est l'une des preuves d'une société qui malgré sa prétendue modernité continue à faire prospérer une vision trop archaïque de la société où les femmes restent tranquillement au foyer tandis que les hommes doivent travailler. Grands dieux, que l'inverse serait inimaginable ! Voir un homme s'occuper de sa maison et chérir ses enfants avec la même ferveur qu'une femme, cela choque les mœurs et marque les mentalités, cela est remarquable, inhabituel, inouï !

Ainsi, d'aucuns pensent qu'il est nécessaire de limiter les possibilités de carrières des femmes, afin que l'économie en fonctionne d'autant mieux. Mais enfin ! Sommes-nous là encore de tels esclaves de notre système que nous en venions à dénigrer la naissance d'enfants ? Sous prétexte qu'une femme peut tomber enceinte, elle ne doit pas être embauchée ? Et si par miracle elle venait à obtenir un travail, elle devrait gagner moins qu'un homme pour l'exacte même quantité de travail sinon davantage ? Mais quelle est cette société sinon une abomination caractérisée par l'injustice, je vous en pose la question ! L'intolérance la ronge depuis tous temps, il nous serait temps d'évoluer et d'apprendre enfin le respect.

Il me paraît inconcevable que nous en soyons encore à une société où de telles inégalités subsistent. Nous nous prétendons modernes, évolués ; la vérité est qu'à l'égard de la morale l'Antiquité était bien en avance sur nous ! En venir à débattre du fait de oui ou non diminuer les inégalités salariales est une hérésie caractérisée par l'idiotie : il faudrait simplement abolir ce concept d'inégalité, non pas simplement diminuer ou même de débattre de si c'est bien ce qu'il faudrait faire !

Ces pseudo-débats insipides et inutiles ne font nullement avancer les choses ; à force de proférer de belles paroles sans rien faire, nous n'avançons pas, nous ne faisons que stagner, si nous ne reculons pas.

Et il en va évidemment de même pour bien des questions éthiques et morales supposément très importantes en nos temps. D'aucuns d'entre nous font partie des catégories empêchant l'avancée correcte de la morale, de la justice et de l'égalité. Forts de leurs convictions, ils dénigrent d'autres catégories de personnes et font preuve de la plus grande intolérance sans même prêter attention à la débauche morale et à la décadence de la culture qui caractérise nos temps ! Ah, mais personne ne semble s'intéresser à ces affaires, alors que c'est là les véritables questions de nos temps.

Il serait temps que l'humanité toute entière cesse de s'agiter en tous sens et que nous brisions l'individualisme qui s'est emparé de chacun d'entre nous à des degrés divers, car en ne pensant pas à notre prochain et en ne faisant que démontrer le plus grand égocentrisme qui soit, nous nous détournons de toute morale et de tout concept de fraternité. Les discours de la plupart de nos politiciens n'ont plus de sens, ce sont des mots privés de toute connotation qu'on nous crache au visage, en pensant que la vieille expression de Juvénal 'Panem et circenses' est toujours d'actualité. La vérité, cependant, c'est que nos jeux ne sont plus que des spectacles abrutissants et que notre pain est rassis, si nous trouvons tout juste le pécule pour l'acheter. Pendant ce temps, nos chers oligarques que nous tenons en si haute estime et qui tiennent une place si importante en nos cœurs, nos tyrans modernes agitant le grand sceptre corrompu de l’Économie pour imposer leurs lois liberticides et prônant l'iniquité et l'intolérance, ces grands pontes festoient, se complimentent et nous saoulent occasionnellement de fumée en nous crachant au visage des mots qui n'ont qu'une senteur d'opium. 

Peu de gens semblent se rendre compte que nous vivons dans un univers de mensonges et encore plus rare sont ceux à oser le clamer. Au cas où ils viendraient à se faire remarquer, on leur colle l'étiquette d'extrémistes politiques, d'idéalistes, de fous ou de sectaires afin de mieux réduire leur parole à néant et de les discréditer. La foule est cependant trop occupée à gérer sa propre vie individuelle pour proprement réfléchir quant à la nature de notre monde moderne, incapable de distinguer l'homme bon du menteur. Elle ne se pose jamais pour réfléchir, sa vie est frénétique et pourtant constante, elle forme une triste routine trop peu formée au raisonnement. C'est là qu'il est nécessaire d'agir.

La culture est la voie vers la connaissance : lorsque celle-ci est acquise, elle permet à l'humanité d'apprendre de ses erreurs et de ne jamais plus les réitérer, tout en forgeant son esprit et son goût pour la philosophie et les arts. Bien des affaires qui peuvent nous paraître tout à fait modernes et nouvelles ont en réalité déjà été traitées par les Anciens que nous négligeons trop. Je vous le dis : la culture et la connaissance forment la voie vers la sagesse et une société meilleure. Une telle société formée d'hommes éclairés par la pensée n'est point dupe ; elle est propre à se remettre en question et à changer les choses. En ce qui me concerne, j'attends de voir les temps futurs afin de mieux juger quelle société nous sommes. Je ne forme cependant que peu d'espoirs quant au fait que nous soyons particulièrement plus éclairés que nos ancêtres, sinon moins. Ce ne sont jamais qu'une poignée d'hommes par siècle qui semblent l'être, d'où le fait que chaque avancée sociale est également contemporaine d'une série d'ignominies provoquées par la folie des Hommes.

lundi 12 décembre 2011

De l'asservissement par le système monétaire international

Plus j'en viens à y penser, plus il me semble que les bases mêmes de notre système économique décadent reposent sur une énorme erreur n'ayant jamais été rectifiée ou trop peu souvent remise en question, faute de pouvoir la considérer autrement. Rousseau le disait déjà : le fondateur de la société est l'homme qui a décidé qu'un tel endroit lui appartenait et a ainsi créé la propriété privée. Rien n'est plus vil et infâme que ce concept : de quel droit peut-on oser s'approprier une terre sur laquelle vivent tant de créatures et ne la faire que sienne ? Comment peut-on défier la Nature et lui voler les biens qu'elles dispensaient avec générosité ? Par quel égoïsme déraisonné ? Par quelle terrible erreur en sommes-nous arrivés là ?

La vérité est là : la Terre n'appartient à personne, ou plus précisément elle appartient à tout ce qui est, pas même aux Hommes seulement. Qui serions-nous pour nous juger supérieurs à la Nature dans son ensemble quand nous sommes nous-mêmes ses produits les plus évolués ? Ne devrions-nous pas être l'exemple-même ? Eh bien, contre toute attente, force est de constater que l'évolution ne nous a pas doté de suffisamment de raison et de sagesse : à la vérité, avec notre ego démesuré, nous ne valons pas bien mieux que des primates, bien que nous clamions haut et fort à quel point nous nous en sommes éloignés.

Il nous est nécessaire d'opérer là une profonde réforme dans nos vies, afin que nous cessions de détruire notre si précieux monde afin d'obtenir des ressources du sang de la terre. Refermons les veines de notre planète et réfléchissons sur le sens de nos actions. Le paradoxe est saisissant : nous avons tant dévié de notre pureté originelle que nous ne nous rendons pas compte que, pris dans l'engrenage d'un système défaillant, nous détruisons le monde sur lequel nous voulons continuer à prospérer.

A la vérité, que se passerait-il si nous retirions nos plateformes pétrolières et cessions toute autre action d'agression vis-à-vis de notre ancien Eden ? Le monde tel quel ne pourrait continuer à tourner et commencerait à dérailler. Cependant, d'un point de vue écologique, c'est bien là la plus normale des choses à faire. Voilà la démonstration de notre paradoxe, voilà la preuve de notre mode de vie décadent, voilà la dérive de l'humanité ! Si tournés sur nous-mêmes, égoïstes et aveugles aux plaintes de notre bienveillante et éternelle Mère Nature qui nous a engendré, nous en venons à la meurtrir et à la saigner pour subsister afin de mieux finalement nous écrouler.

En accordant une valeur abstraite à des choses aussi ridicules que des bouts de papiers et des morceaux de ferraille, nous sommes dans l'erreur et nous nous sommes lentement faits prisonniers d'un système financier qui n'en viendra bientôt à ne plus profiter à qui que ce soit et causera la ruine de l'humanité toute entière. Je vous le demande : que se passerait-il si l'argent disparaissait ? Si vous n'en êtes jamais venu à considérer une telle option, c'est que vous êtes vous-même la preuve de cet emprisonnement. D'aucuns vous rétorqueraient qu'une telle chose serait impossible, qu'une pareille idée est le fruit de l'esprit d'un idéaliste nourri de folles utopies ... Mais les utopies ne sont-elles pas des modèles ? Ne devraient-elles pas être ce vers quoi nous devrions tendre et ce qui devrait alimenter nos rêves ? L'argent nous corrompt et nous abîme ; il crée des ravages et détruit des vies en les appauvrissant et en les exploitant tandis qu'une grasse élite se dresse à travers l'ombre pour mieux asservir l'humanité, sans qu'elle se rende compte elle-même qu'elle est prisonnière. 

Si vous ne croyez pas en cette corruption, je vous mets au défi : prenez un billet et brûlez-le. Prenez-en un autre et brûlez-le aussi. Brûlez toutes vos économies, vos chèques et essayez de ne rien ressentir. Je pense pouvoir affirmer que vous n'oseriez pas. C'est en cela que vous êtes esclave de l'argent. Mais vous n'êtes pas seul, car le système monétaire international qui nous enclave touche chaque être sur cette Terre. Observez la réaction des gens si vous placez un billet d'une somme alléchante bien en évidence ou si vous laissez tomber votre porte-monnaie. C'est le combat de la morale contre la cupidité, et les temps et la société font que la morale ne gagne que trop rarement. Réfléchissez-y. 

Je suis tout à fait d'avis qu'un retour à une vie plus saine est faisable : seule la volonté est nécessaire. Ce que notre civilisation sur le déclin détruit, nous pouvons encore le sauver. Ces âmes que l'argent damne, celles que le système détruit : elles peuvent encore se repentir ! Celui dont le dos ploie sous la difficulté de sa tâche, celui qui doit nourrir sa famille et travaille dur pour cela : ils ne méritent pas leur condition, alors changeons-la ! La quasi-totalité de nos vices ne sont provoqués que par l'argent : débarrassons-en nous ! En prisonniers du système, il est notre devoir de briser nos chaînes ! 

La prise de conscience est la première étape importante à franchir et sans doute la plus ardue : constatez comme moi le paradoxe de nos vies et tentons de le changer. Rien n'est fait qui ne peut être défait : unissons-nous et créons un autre monde, meilleur. L'accès à des vies plus saines ne dépend que de nous ... Il n'a toujours dépendu que de nous et c'est là le but vers lequel nos vies doivent tendre. Si tel but nous est inaccessible actuellement, faisons le nécessaire pour qu'il puisse être atteint. 

Et si nous ne pouvons nous défaire de l'argent, tâchons au moins d'arrêter cette ridicule destruction de notre planète et de créer une société plus égalitaire. Cessons les querelles, les débats stériles et agissons enfin. Il n'appartient qu'à nous de changer le monde.

jeudi 8 décembre 2011

Du mal-être social, de la considération d'un amour sain et du non-jugement d'autrui

Nous prenons bien peu le temps de réfléchir à nos vies. Pourtant, il est des instants où la reconsidération de soi, du monde et la réflexion sont nécessaires. Ces instants de longueur variable paraissent semblables à des fantômes de conversations n'ayant jamais eu lieu, des évènements n'étant pas arrivés et des aspects d'une vie différente et que nous nous plaisons à imaginer, avant de remarquer avec mélancolie qu'il ne s'agit pas là de la réalité et qu'il reste encore à donner à ces fantômes une certaine tangibilité. Leur survenue peut elle aussi varier, mais cela semble se produire naturellement dès lors que l'on tente de s'offrir à l'étreinte du sommeil sans y parvenir réellement ou que l'on achève une longue journée. La réflexion peut dès lors commencer, et ce qu'il en ressort dépend de chacun. La tenue de carnets relatifs aux pensées, aux états d'âme, aux émotions, aux ressentis et aux sentiments peut sans doute être bénéfique voire enrichissante, et c'est ainsi que ces carnets débutent.

A bien des égards, je dois avouer avoir la sensation de n'être pas dans mon siècle, de me trouver à une époque où la société et la civilisation en viennent à me répulser et où les moeurs en deviennent effrayantes. J'ai ainsi depuis toujours cultivé une vie de solitaire, peut-être en certains lieux semblable à celle d'un ascète, limitant mes relations sociales et n'en désirant que peu. J'entends davantage des auteurs antiques et plus modernes décédés depuis bien des âges que mes contemporains, qui semblent n'avoir pas la moindre once de sagesse. J'ai toujours su apprécier cette solitude bien loin de soucis futiles et elle a sans doute toujours été ma plus fidèle alliée, me permettant d'aiguiser mon esprit pour mieux considérer le monde et d'acquérir une relative culture. 
 
Néanmoins, force m'est de constater que j'en viens à l'apprécier moins depuis quelque temps. Par une puissance que je ne saurais expliquer, sans doute l'action de l'instinct animal et l'effet de l'âge, il vient à me paraître nécessaire de m'ouvrir un tant soit peu. Curieusement, j'en viens à rejeter ma solitude qui a fini par se transformer en isolement, bien qu'elle fut toujours volontaire et pleinement acceptée. J'ai beau dénigrer la plus grande partie du genre humain, son contact finit par me paraître nécessaire. En particulier le fait de trouver ce que d'aucuns nommeraient une âme-sœur, bien que je ne sois pas sûr que le terme convienne particulièrement : quelqu'un à même de me comprendre, une personne avec laquelle je serais capable de pleinement m'entendre et de longuement converser. 

Mais ce titre pourrait tout aussi bien revenir à un ami éclairé par la pensée et la réflexion, je n'y vois pas particulièrement de connotation amoureuse, ou alors s'agit-il d'amour principalement platonique ou d'un amour partagé pour la rhétorique ;  mais plutôt un concept plus proche du 'double spirituel'. Je suis cependant d'avis qu'une fréquentation plus assidue de la gente féminine ne saurait que m'être bienfaitrice, tandis qu'un lien plus fort que ceux qu'on rencontre ordinairement avec l'une de celles que l'on dit venir de Vénus pourrait remplir ce rôle d'âme-soeur, fut-elle encore là encline à débattre des choses de l'esprit et à tolérer ma compagnie. Tels critères semblent remarquablement rares en nos temps, tout particulièrement avec les jeunes personnes de mon âge, aussi suis-je très tatillon sur mes choix en la matière, regardant davantage l'esprit que toute considération physique de prime abord.

A ce sujet, si j'ai eu bien des vues sur quelques personnes et malgré ma plus grande courtoisie et application, mon ressenti dans le domaine de l'amour s'apparente aux sentiments d'un Werther que rejette sa Charlotte et cela m'amène à en être bien marri, renforçant mon impression que nous vivons une époque bien étrange.

Qu'on me pardonne de ma vanité, mais j'en viens à me considérer comme une sorte de création d'un Prométhée moderne : incapable de véritablement comprendre le monde dans lequel il évolue et d'y vivre, en réalité peut-être ne le comprenant que trop bien ; rejeté par ce qu'il tente d'approcher. J'en suis venu à la conclusion que pour dépasser ma présente condition qui finit par me causer bien du tort, il me serait bien nécessaire de trouver telle âme-sœur qui soit à même de m'accepter et de me comprendre, et ce malgré tous les échecs que je pus m'apprêter à essuyer.

Hélas, telle personne paraît bien difficile à trouver, tant les passions de mes contemporains paraissent brèves, fougueuses et manquant du véritable sentiment d'amour qui est pourtant indispensable à toute sincérité. Il est par ailleurs bien regrettable que les dieux ne m'aient guère doté de ce que nous considérerions comme une apparence physique plaisante et agréable, car les gens en nos temps tendent à émettre la plupart de leurs jugements sur des critères purement physiques et visuels, sans tenir compte de la qualité de l'esprit et de l'âme. C'est sans doute là pourquoi la brièveté de ces passions de ces personnes que j'ai bien du mal à comprendre en nombre d'aspects, et de même la raison de ma solitaire condition. Je dois bien l'avouer : qui, effectivement, n'émet pas au moins de temps à autre un jugement purement hâtif basé sur la seule vision ? Il serait terriblement hypocrite de clamer le contraire, et j'en viens ainsi moi-même à de tels jugements, malgré toute la mesure que j'emploie à les limiter. En effet, le besoin est non pas de ne jamais émettre de tels jugements car notre condition naturelle et nos instincts mêmes semblent nous y pousser : ce serait renier notre nature. Considérez simplement d'agir ainsi le moins possible, de sorte que vous puissiez découvrir la perle cachée derrière la rustre coquille de l'huître, car de même la belle carapace vers laquelle vous êtes enclins de vous tourner peut n'être que vide ou vilaine en son intérieur. Je suis persuadé qu'une telle démarche ne ferait qu'améliorer le monde.

Là s'achève cette première pensée, ce sentiment à expier et ces ressentis à écrire. D'autres suivront sans la moindre doute, car les sujets sont nombreux et il en va de même pour ce qu'il en est d'en débattre.

lundi 5 décembre 2011

Lautrec de Carim, ou la Cupidité

Lautrec de Carim, ou la Cupidité, inspiré par Dark Souls

Face à la menace des Déchus et à la déchéance que représentait désormais la mort, les réactions de ceux qui parvenaient à survivre étaient diverses. Certains attendaient leur trépas dans l'angoisse tandis que d'autres s'employaient à le précipiter, mais d'autres encore se voyaient perdre tout sens moral et toute empathie : à ceux-là, seule importait désormais la survie, et qu'importe des moyens à mettre en oeuvre. La peur et l'anxiété détruisaient leur humanité et en faisait des pillards et des assassins, se retournant contre les leurs dans l'espoir de vivre quelques jours de plus. Ces hommes-là devenaient rapidement des maîtres dans les arts de la sournoiserie, de la tromperie et du meurtre, abandonnant tout sentiment qui aurait pu mettre en péril leur précieuse vie.

Par ironie, de tels scélérats ne survivaient généralement guère plus longtemps que le quidam lambda, chassés et poursuivis qu'ils étaient par le dernier Ordre en ce monde s'attelant à exécuter un semblant de justice. Il s'opérait alors une sorte de sélection : ceux qui échappaient aux différents avatars de la mort que revêtaient les esprits de ces chasseurs devenaient aptes à la survie en pratiquement tout milieu et ne dormaient jamais que d'un oeil. Sachant qu'ils étaient constamment traqués, ils n'en étaient alors que plus vigilants et efficaces, ne cessant cependant guère les massacres qu'ils perpétuaient au nom de leur propre vie.

Parmi ces invididus, l'un s'était démarqué tout particulièrement par sa cupidité et son arrogance. Autrefois noble chevalier au service du royaume d'Anor Londo, Lautrec de Carim avait été l'un des premiers à pouvoir témoigner des horreurs de la mort. Pas qu'il mourût, non, mais son village fut dévasté alors qu'il rentrait de permission, par des hordes de démons aux apparences si infâmes qu'il vaudrait mieux ne pas trop les mentionner. Son monde entier ne tarda pas à changer, se teintant de la couleur pourpre du sang et de l'odeur pestilentielle des cadavres.

Lorsque, choqué et meurtri, il tenta de retourner à la grande cité d'Anor Londo, il ne trouva qu'une ville déserte sur laquelle régnaient des chevaliers déchus et des immondices impies. Il n'avait alors plus de raison de vivre, trait commun qu'il partageait avec la majorité des survivants de l'humanité. Plus d'endroit où revenir, plus de familles, plus de connaissances, plus d'allégeances, plus de supérieurs ni de subalternes ... Il se trouvait à errer au milieu des ruines de son ancien village, attendant la mort, trop couard pour se l'apporter lui-même, ses hurlements de rage et de désespoir ponctués de profonds sanglots, lorsque quelque chose changea en lui, à jamais.

Le plus grand danger pour un homme est de ne plus rien avoir. Sans point d'attache précis, l'esprit est libre de voguer en marge des flots de la raison au sein d'un océan de confusion et de terreur. Dans ces conditions, d'aucuns perdent la raison ou se mettent à drastiquement changer. Lautrec de Carim opta pour la seconde option. Lorsque ses larmes séchèrent et qu'il n'eut plus même la force de pleurer, il parvint à se relever et fit finalement le choix de résister à l'étreinte de la mort.

Il avait décidé de survivre par tous les moyens possibles. En ces temps chaotiques, il ne ferait qu'assurer qu'il ne mourrait pas. Il en était venu à se persuader que sa vie ne pouvait pas s'éteindre tandis que dans son esprit torturé et détruit apparaissait l'ombre de la mégalomanie. Ayant toujours sa raison mais n'ayant guère plus sa moralité, il se mit à errer de village en village, massacrant chaque survivant, fort de son entraînement militaire et d'avoir servi au sein de la garde royale. Le fait qu'il n'ait pas été emporté avec les autres signifiait pour lui qu'il était protégé des dieux : sa défaite devenait la plus inconcevable des hérésies et ses victoires démontraient sa supériorité.

Il en avait échafaudé une théorie selon laquelle, en absorbant les âmes des survivants, il viendrait à accéder à l'immortalité qu'il méritait amplement, d'où ses meurtres. Il semait désormais la mort comme d'aucuns semaient jadis leurs futures récoltes, avec la même satisfaction. Naturellement, l'Ordre s'intéressa rapidement à lui et nombreux furent les Chasseurs à sa poursuite. Aucun ne revint, faisant de Lautrec l'un des criminels les plus craints qui soient.

Conscient de sa nouvelle notoriété, il vint à s'entourer de quelques bandits renégats, qui n'étaient pas durs à trouver en ces temps troublés, afin d'assurer davantage sa protection. Les justiciers potentiels ne cessaient d'affluer, mais le chevalier les défaisait d'autant plus rapidement que sa puissance ne cessait de croître.

Un jour, il décida de s'emparer d'âmes plus fortes à même de mieux satisfaire sa soif de pouvoir : il commit l'infâme erreur, l'horrible blasphème d'assassiner une Gardienne qui veillait sur l'un des rares feux sacrés. Ramassant son âme, imbu de lui-même, il décida de se rendre à Anor Londo où il irait détruire ce qu'il restait des dieux, le laissant lui-même acquérir un statut divin. Il en était capable, de cela il était persuadé.

En route pour le trône avec une troupe de gardes qu'il maintenait sous sa coupe, il sentit soudain quelque chose se matérialiser dans l'air. Un esprit vengeur, l'un de ceux qu'envoyait l'Ordre pour triompher des assassins. Qu'importe, il en avait déjà vaincu des centaines. Néanmoins, son arrogance diminua quelque peu lorsqu'il vit que l'esprit qu'il avait courroucé avait tout de l'apparence d'un déchu et non pas d'un simple chasseur de l'Ordre.

L'intrus tua sans problème l'escorte de Lautrec, à un point tel que cela en parut grotesque. Un duel à mort s'engagea entre l'esprit et le chevalier à l'armure d'or. Le combat ne dura que quelques minutes, mais chacun des deux adversaires était d'avis que cela dura plutôt une éternité. Chacun parant, chargeant tour à tour l'autre tandis que s'enchaînaient les estocades et esquives. Sans que personne ne commit la moindre erreur, l'affrontement ne cessait de perdurer, usant lentement les nerfs de chaque parti au point où l'on put sentir l'air vibrer de la tension que le duel faisait naître. A un moment, l'esprit faillit décapiter le chevalier mais celui-ci, usant d'une force incroyable, parvint à utiliser l'une de ses serpes pour bloquer le coup pendant quelques instants, avec qu'elle ne finisse par céder et se briser. Estomaqué, Lautrec de Carim continua ainsi le combat, sentant clairement qu'il était en désavantage mais trop fier pour s'abandonner au renoncement et à l'échec, il batailla ainsi encore quelques minutes. L'intensité du combat était remarquable, chaque combattant maîtrisant son art au sommet, lorsque l'épée de l'ennemi parvint à totalement désarmer le chevalier avant de lui transpercer la poitrine.

Sa vision se troublant et se teintant de pourpre, les pensées confuses, le corps vacillant et tremblant de douleur, le chevalier Lautrec de Carim n'eut que l'occasion de pousser un dernier soupir pour exprimer ses craintes, ses déceptions, sa peur, ses angoisses et les raisons qui avaient fait de lui l'homme qu'il avait été.