Voilà un nouveau début de roman, que j'espère cette fois peut-être finir. Quelques éléments sont sans doute propices au changement et je ne suis pas pleinement satisfait, mais pour l'heure, je le poste tel quel, la fatigue ne me permettant pas d'être un bon juge.
La Chute
Il était assis face à son bureau, le visage éclairé par les lueurs mourantes d'un cierge, réfléchissant déjà depuis plusieurs heures. Il s'agissait d'une habitude ancrée depuis de si nombreuses années qu'il ne pourrait plus jamais s'en défaire et qu'il ne comptait pas d'ailleurs abandonner, en sa qualité d'écrivain, bien qu'il peina à trouver quelque idée depuis quelques temps. Ah, les nombreuses heures qui passèrent déjà sans qu'il n'obtint de ses réflexions autre chose que des feuilles froissées et un grand mécontentement ! Cette nuit ne serait pas différente des autres, cela il pouvait le sentir. Quelques concepts et idées lui étaient bien venus, mais il ne parvenait pas à les exprimer comme il le voulait, le laissant empreint d'un grand sentiment de frustration.
Cet homme, c'était Léon Wojzac, un auteur autrefois célèbre et mondialement reconnu. Enfant lors de la Seconde Guerre Mondiale, il était un rescapé de l'Insurrection de Varsovie au cours de laquelle ses parents avaient trouvé la mort. Immigré polonais résidant en France, il avait connu le succès après avoir publié son autobiographie dans laquelle il détaillait tout particulièrement le combat de ses parents face à l'horreur du stalinisme et sa vie dans la France d'après-guerre, au milieu d'un pays meurtri et en ruines. Sa soudaine ascension sur le devant de la scène sociale l'avait amené à une vie plus qu'aisée où les soirées mondaines étaient monnaie courante. On trouvait parfois le succès grâce à un seul ouvrage. C'est à l'occasion de l'une d'entre elles qu'il rencontra sa future femme, Eva Collins, la rédactrice en chef d'un grand journal parisien.
Durant cette période, il ne cessa d'écrire, ou du moins de tenter d'écrire, car l'inspiration semblait l'avoir abandonnée après un temps. Il parvint encore à publier un essai et un roman, mais ceux-ci reçurent des critiques pour le moins mitigées et le succès semblait s'en aller. Sa femme, qui s'intéressait en réalité plus à son argent et à sa réputation qu'à sa personne, voyant que sa popularité déclinait, eut bien tôt fait de divorcer après quelques années de mariage, l'abandonnant seul à l'amère contemplation de sa chute. Il lui semblait avoir été abandonné de tous et il ne faisait que devenir de plus en plus aigri en essayant en vain de produire quelque chose de valable, et ce depuis désormais de nombreuses années.
Aux yeux du monde, Léon Wojzac n'était rien de plus qu'un vieil écrivain ayant connu un simple succès éphémère et ayant désormais pour seul loisir le fait de songer à ses années passées, le coeur lourd.
Ce soir-là, cependant, tard dans la nuit, après des heures passées à ruminer son passé tout en tentant désespérément de trouver un sujet, il lui semblait avoir enfin une véritable idée, pour la première fois depuis des années. Il se mit à écrire frénétiquement, couchant ses idées sur le papier tandis qu'elles semblaient se déverser d'elles-mêmes de son stylo. Après tant de temps passé à l'inaction, il se dit qu'il se relirait plus tard et qu'il ne fallait pas laisser disparaître cette soudaine inspiration. Il continua d'écrire pendant quelques heures jusqu'à obtenir une dizaine de pages et un début d'intrigue qui lui semblait satisfaisant. Il l'avait baptisé 'La Chute', titre curieux en vertu du fait que cette ébauche d’œuvre faisait naître en son cœur une douce lueur d'espoir.
Les yeux brûlants, enfin un tant soit peu satisfait de lui-même, il se coucha et s'endormit avec le sourire aux lèvres, reposant d'un sommeil tranquille.
Lorsqu'il rouvrit les yeux le lendemain, il ne put rien voir d'autre que le néant. Ses pupilles étaient blanches. Léon Wojzac était soudainement devenu aveugle, frappé par la cécité.
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